‹ Magasin théâtralChapitre 1637 sur 1711 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

XEON, écrivant, MONT XL AJS, paraît à la porte secrète des apparlemens.

HONXALAIS, sans être vu de Léon.

Joseph ne m'a pas trompé... le voilai... lui seul à présent peut me perdre ou me sauver. ( S'approchant de Léon. ) Que faites-vous donc là, monsieur le duc?

J'écris au conseiller, et je quitte le château.

MONTALAIS

Pourquoi écrire au conseiller et quitter le chfcteauî

LÉON

Pour révéler à M.'d'Orbesson ce qui s'est passé entre nous et aller loin d'ici cacher ma honte et mon malheur.

MONTALAIS

Vous n'écrirez pas à M. d'Orbesson, et vous resterez ici.

LÉON

Qui pourrait m'y contraindre?

MONTALAIS

Moi... Et d'abord voici pour la lettre.

Il la prend et la de'chire.

LÉON

Que faites-TOUS^ misérable !

MONTALAIS

Vous m'appelez misérable ?

LÉON

N'est-ce pas toi qui m'as perdu? N'est-ce pas toi qui m'as amené ici, et qui, à l'aide de mensonges ingénieux, d'espérances si douces pour un cœur épris d'amour, m'as précipité dans l'abîme?

MONTALAIS

Et dans quel abîme êtes-vous donc tombé?

LÉON

Le médecin Delmar ne m'a-t-il pas signalé comme n'étant pas le duc de Verneuilî

HONTALAIS.

Mais ce savant docteur, qui condamne les gens qui reviennent à la vie; ce docteur qui ne sait rien que par des on dit ; qui n'a d'autre preuve que la déposition d'une femme qui redemande son fils et qui ne peut le reconnaître. ( Vous entendez! une mère qui ne peut reconnaître son fils!) Croyez-vous donc impossible de prouver que ce docteur est tombé dans une erreur grossière?

LÉON

Non, non, Delmar connaît tout. Mais toi, toi, qui veux encore que je brave une accusation terrible et vraie, réponds-moi : suis-je le duc de Verneuil ?

MONTALAIS , froidement.

Non.

LÉON

Ainsi donc, j'ai été le jouet de tes paroles insidieuses, de tes récits mensongers?

Oui, et vous avez bien fait, dans l'intérêt de deux personnel.

LÉON

Deux personnes ?

MONTALAIS

Vous d'abord.

LÉON

Ensuite ?

MONTALAIS

Votre père...

LÉON

Mais qui donc est mon père?

MONTALAIS

C'est à moi que vous le demandez... à moi!... et rien dans ma conduite ne vous a fait deviner... LÉON, terrifié.

Ah! mon Dieu... quel soupçon!... oh! ce serait horrible... Tais-toi, tais-toi... je ne veux pas connaître mon père.

MONTALAIS

Et moi, je veux que vous le connaissiez... ton père, Adrien, c'est...

LÉON

Non! non!... N'achevez pas!... C'est impossible!... Je ne veux pas vous croire!... Mon cœur me dit que c'est une nouvelle imposture!... Je sens là que je ne suis pas...

Tu es mon fils !

LÉON

Oh! par pitié, ne me donnez pas ce nom!... Laissez-moi, laissez-moi!... je cours trouver le conseiller.

Il se lève et va pour sortir.

MONTALAIS

Va trouver le conseiller, et tu envoies ton père àl'échafaud!

LÉON, s'arrêtant.

A l'échafaud!

MONTALAIS

Tu avais pris la place du duc; le duc, qui passait pour mort, respirait encore; un des deux devait être sacrifié : c'était toi qui étais désigné ; mais tu prononças le nom de ta mère, je reconnus mon fils, mon choix fut bientôt fait.

LÉON

Ainsi, ce malheureux trouvé au Bourget...

MONTALAIS

Est le duc...

LÉON

O mon Dieu ! mon Dieu !

MONTALAIS

Veux-tu connaître l'assassin ?

Non, non... Taisez-vous, par grâce, taisez-vous I

MONTALAIS

Soit ; mais si tu dis un seul mot, si un seul instant tu renonces à être le duc de Verneuil ; si tu hésites à me seconder, je suis perdu ! Il n'existe aucune preuve, tout dépend de toi. Ainsi, d'un côté, les honneurs, les richesses, la main de la femme que tu aimes ; de l'autre , l'opprobre , la misère... Lucie perdue pour toi, et une mort ignominieuse pour ton père.

LÉON

Fuyez, fuyez, pendant qu'il en est temps encore... J'ai de l'or, des bijoux ; je vous donnerai tout ce que je possède.

MONTALAIS

Fuir!... Ce serait m'avouer coupable; je resterai. C'est dans ce château que je saurai si mon fils sait tout braver pour sauver son père, comme j'ai su, moi, tout oser pour assurer la fortune et le bonheur de mon fils.

LÉON, avec désespoir.

Mon bonheur !

MONTALAIS

Je te laisse, Adrien; mais je te reverrai devant le conseiller, le médecin Delmar, et ta mère, ta mère!

LÉON

Ma mère l

MONTALAIS

Qui ne doit être à tes yeux qu'une étrangère, qui ne doit voir en toi que le duc de Verneuil.

Il sort.

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