‹ Magasin théâtralChapitre 1694 sur 1711 · FIDELI.AL · texte numérisé non relu

FIDELI.AL

Je vous ai vu triste, malheureux, n'était-il pas du devoir d'une sœur de venir consoler son frère.

PHOSPHORIEL.

Ah! Fideline !

FIDEtlîVE.

Voyons, mon bon petit Tonio, parlez et parlez vite... non que je m'ennuie près de vous... [soupirant] oh ! non, mais toute la famille est rassemblée et le tabellion est déjà gravement assis devant le registre des mariages.

PHOSPHORIEL.

Ah! Fideline, ne prononcez pas ce mot-là devant moi.

riDELIISE.

Et pourquoi ?

PHOSPHORIEL.

Aimeriez-vous votre mari ?

FIDELIjXE.

M. Jobardinès'?. .. oh! mon Dieu, je n'en sais rien... Mais mon père, ma famille, tout le monde dit que c'est pour mon bonheur.

PHOSPHORIEL.

Dites-moi... Fideline... quand il est près de vous, êtes-vous heureuse?

FIDELIÎVE.

Près de lui... mon Dieu non... Mais cet effet là, je l'ai souvent éprouvé {baissant les yeux] près d'une autre personne.

PHOSPHORIEL.

Et quand il est loin de vous, son souvenir occupe-t-il votre pensée ?

FIDELINE.

Jamais... mais il ne faut pas croire pour ça que j'ai un mauvais cœur. . . Quand je suis seule, je songe à mon père... à ma pauvre mère qui n'est plus {baissant les yeux),et puis à une autre personne.

PHOSPHORIEL,

Une autre personne.

FIDELII^E.

Celle dont je vous parlais tout-à-l'heure.

PHOSPHORIEL.

Et cette personne, c'est. . .

FIDELIIXE.

Ain Si ça t arrive ciirorc.

A TOUS faire un pareil aieu J'rprouTe un embarras élrauge.

PHOSPHORIEL.

Parlez.

FIDELINE,

Eh bien ! cVsl vous.

PHOSPHORIEL.

Gra;idDieu!

FIDELISE.

Oh! oui, je pense à tous!

PHOSPHORIEL.

Qu'enlends-je î Tonlez-Tong abuier moa cœur.

DU CIEL

Mail non, n'ett-ii pas ordinairA Quand on est une bonne sœur l3e penser à son frère.

2c COUPLET.

PHOSPHORIEL.

De ce lilre je suis jaloux, Un frère a certaine puissance, En renonçant à cet époux Moutrez-Iui votre obéissance.

FIDELINE.

Quoi, TOUS Toulez...

PHOSPHORIEL.

Votre bonheur.

Et puis n'cst-il pas ordinaire Quand on est une bonne sœur D'obéir à son frère.

FIDELISE.

Oh! Tonio. . . une pareille rupture. . . le désespoir do mon père. . . ce que vous me demandez là est impossible.

PHOSPHORIEL.

Quand je suis à vos pieds, quand je vous supplie. . .

FIDELINE.

Et que vous importe à vous, Tonio, qui ne m'aimez pas. . .

PHOSPHORIEL.

Moi, je ne vous aime pas.

CHOEUR DES LUTINS, dons la coulisse,

Sou?ieng-toi de l'arrêt que lo sort a porté,

Songe à Ion immortalité.

PHOSPHORIEL, à part.

Cet avertissement de mes frères. . . Malheureux, j'allais me perdre.

FIDELINE.

Ah! sien me mariant avec M. Jobardinès je devais causer le désespoir de quelque pauvre garçon qui m'aimât en secret... car il y a des jeunes garçons qui vous aiment en secret.., j'hésiterais peut-être... C'est si terrible d'avoir à se reprocher le malheur de quelqu'un. Mais non, dans le pays personne ne songe à moi... autour de moi, personne. PHOSPHORIEL, avec désespoir.

Et ne pouvoir parler {on entend au loin le bruit des clochts). Oh ! ciel ! ces cloches.

FIDELINE.

Celles de la paroisse.

ENSEMBLE

Musique nouvelle de M. Guénée.

FIDELINE.

C'est pour mon mariage Qu'elles sonnent, je gage, A leur lugubre bruit Monpan>rr cœur fréinit.

PHOSPHORIEL.

C'est pour son mariage Qu'elles sonnent, je irage, A leur lugubre bruit' Won pauvre ccur frémit.

FIDELINE.

Adieu, Tonio.

PROSPÎÎORIEL.

Vous si douce et si bonne Voulez-Tous donc briser mou cœur.

Adieu, Tonio.

PHOSPHORIEL.

Besle? je tous l'ordoaBe,

LA FILLE DU CIEL

PIDILIME.

Mon âmi, tous me faites penr.

ENSEMBLE

C'est pour mon mariage, etc.

PHOSPHORIEL.

Restez de grâce.

FIDELINE.

Pourquoi me retenir?

PHOSPUORIEL.

Fidelinc!

FIDEtlNE.

Je dois partir.

PHOSPHORlEt.

Ecoutez-moi.

CHOEUR DES LUTiKS , dans la coulisse.

Souviens-toi de l'arrêt que le sort a frappé, Songe à ton immortalité.

PHOSPHORIEt.

Votre Toix n'est pas assez forte, Et j'ie sens, l'amour l'emporte.

FïDELIIVE.

On m'attend.

Par pitié.

FIDELIWE.

Laissez-moi.

PHOSPHORIEL.

Des dieux je brave i'anathéme, Je vous aime !

A ce moment Phosphoriel disparaît dans le bosquet, et une petite flamme bleu vient se balancer à la place qu'il occupe.

FIDELIPJE.

Tonio, où êtes-vous donc?... Parlez encore... Je ne vous vois pas.

PHOSPHORIEL.

Chargé par les Dieux de veiller sur ton existence, je n'ai pu te voir sans t'aimer, t'aimer sans te le dire, et les Dieux m'ont puni... Tu vois cette petite flamme , de lutin je suis devenu feu-follet... Fideline, si tu veux me revoir, à minuit je t'attendrai.

FIDEtlIXE.

Où donc?

PHOSPHORIEL.

Dans le vieux cimetière, sur la tombe de ta mère...

On entend les cloches «?c la paroisse retentir au loin, — Le feu-follet s'éloigne, et Fidelinc le euit.

7me TABLEAU.

Page 1