‹ Magasin théâtralChapitre 182 sur 1711 · ACTE II , SCENE XII · texte numérisé non relu

ACTE II , SCENE XII

MARIE

Oui, et je sais que pour lui c'est une misérable somme que celle que nous lui devons, je sais qu'il peut vous racheter, Dominique, et sauver votre mère.

LOUISE

Racheter mon Dominique, me le rendre ! qui dit cela? qui donc nous prendrait ainsi en pitié ? Mais non , on veut me ti'omper encore et prolonger ma vie avec un peu d'espoir... Tu ne peux rien pour nous, n'est-ce pas?

MARIE

Je peux... je peux vous sauver tous.

(Elle s'approche de la table et saisit une plume.)

DUVAL , allant à elle.

Et qui portera cette lettre, Marie... Sera-ce votre oncle ou votre flancé ?

MARIE

Duval ! (Elle rejette la plume.) Mais je ne peux pas la laisser mourir, voir son fils arraché de ses bras, et son mari déshonoré... je vous jure que toute pensée de fortune pour moi-même me fait horreur en ce moment... mais au prix de mon avenir, je voudrais les tirer de l'abîme ! ]\Ia vie, ma vie tout entière, je la donne à qui les sauvera...

DLVAL.

Souvenez-vous de ces paroles, Marie ; moi , je ne les oublierai pas!., et maintenant achevez.

MARIE

Vous voulez...

DUVAL

Oui, mettez l'adresse, « à M. Jules Bidaut...) bien... ce "sera moi qui lui porterai cette letti-e.

MARIE

Vous!..

DU VAL

Oh! ne redoutez de ma part, ni emportement ni violence ! Avant de la remettre à son adresse , j'aurai frappé à la porte de tous mes, amis, j'aurai iwploré la pitié de l'homme dont l'argent répond à la Banque de ma fidélité, j'aurai épuisé enfin tout ce qui me reste de ressources et d'espérances; et si tout me fait faute, si ce recours est le dernier, le seul qui nous reste, je me soumettrai, Marie; j'irai trouver Bidaut, je lui donnerai votre lettre ; mais comme je le connais bien, moi! comme je le sais sans cœur et sans miséricorde, dès qu'il aura franchi le seuil de cette maison , j'aurai cessé de vivre !

MARIE

Cette lettre, Duval, rendez-moi cette lettre!

DUVAL

L'un de nous deux vous la rapportera!.. Priez Dieu , Marie , pour que ce soit moi !..

(Il sort.)

Les Mêmes , hors DUVAL.

FAGEROLLES, à part.

Si je ne m'abuse , tout marche au gré de M. Bidaut. (Haut.) Maintenant, nous pouvons, je suppose, entrer dans cette chambre.

LOUISE

Entrez, Monsieur, entrez! (ils çmr«nt dans Ja ^^

Ma chambre de Louise.) Que se passe-t-il donc, Marie? Duval est sorti bien pâle, bien agité!..

MARIE

C'est qu'il va dans ce moment tenter deux grandes chances de salut... les dernières!

DOMINIQUE

Mais à quel prix , Marie ?

MARIE , à part.

Au prix de sa vie, ou de la mienne.

LOUISE

Tu ne nous réponds pas...

MARIE

j\Ia bonne tante , vous m'avez toujours tenu lieu de mère , votre tendre affection ne s'est jamais démentie , et , quoi qu'il arrive , vous ne cesserez pas de m'aimer?

DOMIMQUE.

Que dites-vous là, Marie?

Ne plus t'ainier! toi qui as partagé nos joies, si rares, et nos peines de chaque jour?.. Mais explique-toi! parle, parle donc...

(La porte s'ouvre et Marigaon paraît.)

MARIE

Mon oncle! oh! pas un mot... pas un mot!.. SCÈNE XII.

Les MÊMES, MARIGNON, chargé d'une lourde sacoche.

MARIGNON.

Je suis remonté en passant, Louise, pour avoir de tes nouvelles , et puis pour mettre un peu d'ordre dans mes comptes... car mon esprit est bouleversé, et je crains qu'une erreur... (S'approchant de Marie et de Dominique.) J'ai revu ce pauvre Moulinet : « Père , Marignon , m'a-t-il dit, j'attendrai Dominique jusqu'à demain avec ses ôOO francs ; passé ce délai, je serai forcé d'accepter les 1,500 francs d'un autre.»

:\IARIE.

Encore tout un jour ! j'ai bon espoir...

MARIGNON.

Où trouver cet argent? je ne possède rien, moi...

(Il secoue la sacoche et la dépose sur la table.)

DOMINIQUE

Et n'avoir pas même la ressource de me vendre ! car mon départ tuerait ma mère ! FAGEROLLES , en dehors.

Plus, une commode d'acajou en bon état...

UNE voix.

Une commode...

MARIGNON.

Ah! encore là!., et Duval à sa recette? Allons ! (Il tire des billets de banque et les compte.) Sept, huit, neuf, neuf mille... neuf et quinze, vingt-quatre... vingt-quatre mille francs...

FAGEROLLES

Un lit en noyer !

UNE voix.

Un lit en noyer !

LOUISE

Le Ut de mon pauvre fils!

LES r. ARÇONS DE RECETTE.

M.vnifi.Nox. c®3gnon, je l'oxigo; il refuserait pciit-èlre un si

Viii£»t-f(iiaire et douze, trente-six... trente-six

mille cinq cents

rAGEUOLES.

Plus, un secrétaire...

MAP.lGNON, se levant.

Oh ! ce misérable me rend fou!..

LOUISK.

Mon ami...

(Marignon se rassied , essuie une larme et compte (le nouveau , mais à voix basse.)

• FAGEUOLLES, sortant.

Voilà qui est lini.

MAniGNON.

Comment... une erreur dans mes comptes!

FAGEnoi.ES, s'approcliant de Marignon.

Oh ! que d'argent !

MAUIGNON, le repoussant violemment.

Arrière, Monsieur, c'est l'argent de Ja Banque... ( Se remettant à table.) Cette erreur, il faut que je la trouve... (rageroUes s'éloigne.)

FAGEROLLES, aux rccors.

Je crois que nous avons oublié celle table ?

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