‹ Magasin théâtralChapitre 198 sur 1711 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, Plusieurs Forçats et Gardes, MARIGNON et CHAMBORAN. Quelques-nns sont chargés de divers fardeaux ; Marignon porte une poutre , il la laisse tomber et s'arrête accablé.

l'adjudant. Eh bien ! est-ce là qu'on t'a dit de porter celte poutre ?

MARlGNQiN,

La force m'abandonne.

^ L adjudant.

Allons, allons, racharge tes épaules et marche, ou sinon...

(Il va pour frapper ; Cha^nboran vient se placer entre

eux deux et re'.oit le coup de canne.)

CBAMBORAN.

Bravo !

l'adjudant.

Que viens-tu faire ici , toi?

ccamboran.

Allez toujours, mon Adjudant; lui, voyezvous, c'est un brave et honnête homme... moi, au contraire, je ne suis qu'un mauvais garnement fini , et puisqu'il faut que votre colère se passe , autant vaut que ça soit sur moi que sur ce vieux débile.

l'adjudant.

Va-t'en !

MARIGNON.

Oui, retire-toi, malheureux... laisse-moi souffrir seul.

CHAMBORAN

Non, ne vous gênez pas, mon Adjudant; voyez-vous, vos coups de canne, ça ne me touchequeles épaides, à moi, tandis que le vieux père chose ça lui retombe sur le cœur, et c'est plus malsain. Voyons, passons c'ie petite colère, j'ai les reins solides. . .

l'adjudant.

Encore une fois éloigne-toi , je ne châtie qu'avec justice , et tu n'es coupable (ie rien en ce moment.

CIIAMRORAN , lui enlevant son mouchoir par la poche de derrière de sa redingote et le lui présentant. )

C'est ce qui vous trompe . mon bon Adjudant, voilà un peu de mouchoir que je vous avais subjugué.

l'adjudant.

Mon mouchoir...

CHAMjiORAN, à Marignon.

Et toi, file donc, vieux... tu vois bien qu'il t'a oublié.

MARIGNON.

Je me rappellerai que tu m'as épargné cette honte...

(Il s'éloigne.) l'adjudant, à Chamboran.

Prends garde que je ne te mette à la double chaîne et que je ne t'enferme au cachot,

CIIAMaORAN.

Merci du petit cadeau, faut garder ça pour ceux qui l'adorent; j'en mange pas, nioi, du tout...

l'adjudant.

Ah! tu raisonnes... eh bien, demain...

CHAMBORAN

Demain, mon Adjudant, si vous avez des commissions pour les Grandes-Indes , je m'en «®s charge avec reconnaissance»

LES GAnCO.NS DK r.IiCI^TTE.

J.'ADjrUA.NT. *^

Ce ne sera que dans di\ ans que ton temps sera Cni.

CliAMIîOlSA.V.

Oui , mais j'ai, pour dans trois mois, un fendez vous d'aninin- avec une ha} adore, rt j'essaierai de m'y rendre. ,.d'ai!lcai-s, ma s:uilO s'altère

L'AnjrDANT.

Vraiment!., et quand tu parviendrais à l'cn- Tair, crois-tu (lu'on r.c te reprendrait pas?

CllAMlîOr.AN.

Si fait... o!i ! je sais bien que la justice a l'œil grand et !e bras très lonjjf... je sais bien qu'on nous repince toujouis, ctque chaque fois le châtiment s'aggrave... témoin moi, qu'un vol avait conduit ici pour cinq ans, et (jue mes tentatives de promenades ont fait condamner à vingt... mais enfin, c'est plus fort que moi, et malgré les obstacles sans nombre, et !a peine qui m'attend au retour , j'ai toujours des espèces de fourmis dans les jambes... il faut que je déménage... l'évasion, c'est ma maladie, c'est mon infirmité; le cachot, voilà le médicament; par malheur le mal est plus fort que le remède. l'adjldam'.

C'est bon ; merci de l'avis , nous le surveillerons.

LE SERGENT

Cest qu'il tenterait de s'évader comme il le dit.

l'adjidant.

On y aura l'œil.

(tl s'éloigne suivi du sergent.)

MAFilOO.N.

Espérez-vous réellement vous enfuir ?

CIIAMBORAN.

Un peu... je dirai même beaucoup...

l'AGEUOLLES.

Alors, il n'est guère malin de les prévenir... demain, ils veilleront sur toi.

CUAMr.ORAN.

Demain, c'est possii)le, maisje file aujourd'hui.

Page 1