SCENE IV
DE VILLIERS, paix LAINE.
D*E VILLIERS
Kon, j.e n'irai pas clic/j Jehan de Morey, c'est
ici que je vais attendre... Pauvre Laine 1 tout entier à des préoccupations politiques, j'ai mal rempli le devoir que je m'ét.iis imposé... mais l'heure s'écoule, et il ne vient pas au rendez-vous donné. (Allant vers la porte de Laine.) Aucune lumière, aucun bruit... il n'est pas de retour
LAlNÉ
Me voilà, monseigneur!
Enfin !
LAINE
J'ai bien tardé, n'est-ce pas? c'est qu'il y avait là bas plus à faire que je ne pensais; c'est qu'il y avait pour moi plus de honte et de malheur quenous ne le soupçonnions tous deux.
DE VILLIERS
Explique-toi.
LAINE
Monseigneur, votre famille avait toujours été la providence de la mienne, vous me traitiez non pas en vassal, mais en ami, et lorsque la guerre m'appela, je n'hésitai pas à vous confier mon uniqueenfant. Laissé pour mort sur le champ de bataille, je fus fait prisonnier et trois années s'écoulèrent sans qu'il me fût possible de faire savoir à Jeanne que son père existait encore... Ahl pourquoi If. hasard a-t-il voulu que vous en fussiez instruit par un déserteur bourguignon? vous n'auriez pas racheté le pauvre prisonnier, et Laine serait mort dans les fers sans avoir rougi de son enfant.
DE VILLIERS
A ton arrivée, je dus te faire part de mes craintes, de mes soupçons; je dus t'apprendre que l'an dernier Jeanne me demanda comme une gràre la permission de passer quelque temps chez dame Inès, sa tante, qui habile un des faubourgs de la ville. Elle était pâle, amaigrie par la douleur quelui causait ta perle, et je consentis... Là, sans doute, elle connut celui qui l'a perdue.
LAINE
Vous vous trompez. Là, monseigneur, elle allait cacher à tous les regards son malheur, sa honte et son enfant,
Son enfant!
LAINE
Oui, c'est un secret que j'ai su arracher à ma pauvre vieille sœur, que les larmes et le désespoir de Jeanne avaient faite sa complice. Éplorée, suppliante, ma sœur m'a tout appris, tout, excepté le nom du séducteur qu'elle ignore... J'ai voulu le voir, cet enfant; Inès craignait pour lui mon désespoir et ma haine, car celte horrible révélation avait bouleversé mon ame... à sa vue cependant, la raison me revint tout-à-coup. L'amante, me suis-je dit, ne voudra pas me révéler le nom de son complice; mais une mère aime plus qu'une amante, mais un enfant est plus cher qu'un époux; et j'emportai dans un village voisin l'enfant, que je confiai aux soins d'une pauvre paysanne. C'est mon otage à présent, et, pour le racheter, il m%
faudra le nom de son père. Voilà ce que j'ai fait, monseigneur.
DE VîLLIEBS.
Et maintenant nous connaîtrons Tinfâme... s'il est d'égale condition, il réparera son outrage en donnant son nom à ta fille.
LAINE
Et si c'est un noble, il refusera.
riE VILLIERS.
Eh bienl ton poignard fera ce que ne pourra faire le prêtre ; tu le tueras.
LAINE
Voilà ce que vous feriez à ma place, monseigneur ?.. . aussi ferai-je. Je suis venu en toute haie, et voyez, je suis armé.
DE VU.LIEr.S.
Sais-tu donc déjà ...?
LAINE
Parmi les aveux de ma sœur, il en est un que je me suis rappelé. C'était toujours le matin, un peu avant le lever du soleil, que le séducteur se rendait ici pendant mon absence. Or on me croit absent aujourd'hui : voilà pourquoi jesuis accouru, voilà pourquoi j'ai pris cette arme. J'attends.
DE VILLIERS
Mais il est jeune, son bras serait plus fort que le tien; peut-être... je reste avec toi.
LAINE
Vous, monseigneur !
DE VILLIERS
Je suis père aussi, moi... je reste, te dis-jc.
lAINÉ.
Parlez plus bas, j'aperçois dans l'ombre un nomme qui se dirige vers nous. Si c'était... il approche. Vous ici, monseigneur, et moi de ce côté.
Laiué se blottit derrière un des piliers de sa porte et de Villiers sous le porche.
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Les Mêmes, JACQUES, enveloppé d'un manteau.
JACQUES, à voix basse.
Ils m'ont retenu bien tard, le jour va paraître, elle ne m'attend plus sans doute. Entrons î LAiNÊ, lui arrôlanl le bras.
Où vas-tu, misérable?
Il le terrasse et lève sur lui sa dague. JACQUES.
Que voulez-vous?
LAINÉ
Ton sang pour laver ma honte.
JACQUES
Si je vous ai fait injure, je suis gentilhomme et prêt à vous donner réparation.
DE VILLIERS
Grand Dieu.' celte voix...
LAINE
Tu es gentilhomme, dis-tu? je n'ai plus rien à espérer de toi. Je suis Matthieu Laine, je suis le ^icre de Jeanne. . . meurs donc !
JACQUES
Trahison 1
DE viLLiEPs, s' élançant Arrête, malheureux I
JACQUES
C'est Jacques de Villiers.
LAINÉ
Lui!
DE VILLIERS
C'est mon fils !
LAINÉ
Son fils!
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