‹ Magasin théâtralChapitre 233 sur 1711 · SCENE YII · texte numérisé non relu

SCENE YII

Les Mêmes, excepté JEANNE.

LAINÉ

Eh bien 1 chacun de vous garde le silence!., et

JEANNE HACHETTE

cependant j'ai à rappeler à chacun des paroles qu'il vient de prononcer. Messire Jacques, tout-àl'heure, quand le fer de cette arme effleurait votre poitrine, vous vous êtes écrié : Si je vous ai fait injure, je suis gentilhomme et prêt à réparer ma faute... J'attends.

JACQUES

Laine, vous aviez laissé ici un ange de candeur etde vertu, par moi cet ange estdéchu de sa gloire; mais sa faute, qui fut mon ouvrage, me le rend plus cher et plus sacré; à défaut de la noblesse du nom, Jeanne a la noblesse du cœur, et jamais la couronne des comtes de Villiers ne se sera posée sur un front plus pur. Matthieu Laine , moi, Jacques de Villiers, je vous demande la main de Jeanne, votre fille.

LAINE

L'ai-je bien entendu? Jeanne, mon enfant, lu pourras encore lever la tête, je pourrai encore m'enorgueillir de toi!... Ohl messire Jacques, vous m'avez paye d'un seul mot tout ce que vous m'avez fait souffrir.

DE VILLIERS

Vous oubliez trop tous deux qu'il faut mon consentement à ce mariage.

JACQUES

Vous le donnerez, mon père ?

Jamais!

Jamais I

JACQUES et LAINE.

DE VILLIERS

Cette union serait une mésalliance. La famille de Morey a d'ailleurs ma parole, et je n'y manquerai pas.

LAISÉ.

A Dieu ne plaise, monseigneur, que j'oublie vos largesses et la liberté que je vous dois; mais n'oubliez pas à votre tour ce que vous me disiez toutà-l'heure.

DE VILLIERS

Je n'ai rien oublié... le poignard peut faire ce que ne fera point un prêtre... voilà ce que je t'ai dit. Au lieu d'un poignard, prends ton épée, et .celle des de Villiers ne refusera pas de se cro'iser avec la tienne.

JACQUES

Oh! que dites-vous, mon père?

LAIKÉ.

Messire, le soldat vous doit remercier de la réparation que vous lui offrez. Le sang de votre fils répandu jusqu'à la dernière goutte, satisferait ma vengeance peut-être, mais ne rendrait pas l'honneur à ma fille... Sire de Villiers, pour ma liberté que vous m'avez donnée, je vous laisse votre fils... nous sommes quittes, n'est-ce pas? et maintenant, messire Jacques, je ne vous demande que votre parole de laisser enseveli entre nous trois ce Çuneste secret; il ne restera, je vous jure, aucune trace de la faute de Jeanne.

JACQUES

Il en est une cependant...

LAINE

Je vous comprends. Celle-là, je l'ai fait disparaître.

JACQUES

Malheureux! qu'avez-vous fait de mon enfant?

LAINE

Il est mort pour le monde et pour vous.

JACQUES

Mort !

LAINE

Pour ne revivre et ne vous être rendu que le jour où vous me rendrez l'honneur que vous m'avez pris.

JACQUES

Oh ! pauvre Jeanne, quelle sera sa douleur! Oh! grâce, grâce, mon père, pour nous tous!

DE VILLIERS

Encore une fois, cette union est impossible, j'ai engagé ma foi de gentilhomme.

JACQUES

Eh bien! je cours tout avouer au sire de Morev et il sera moins inflexible que vous; cette parole' que vous ne voulez pas lui reprendre, c'est lui qui vous la rendra... Et vous, Laine, avant de bnser le cœur de la pauvre Jeanne, attendez encore!... {il son) attendez!...

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