SCENE XI
Les Mêmes, NICOLAS, une lettre et les clefs ù la main .
NICOLAS
Allons, je me décide.
; HUGONNET
. llolà I messire gardien , d'où vtuez-voua Joue avec CCS clefs ?
NICOLAS
Ah ! je suis perdu I
Il cherche à cacher la lettre et les clefs. HUGONNET.
Pourquoi ce trouble? quel est ce papier que vous essayez de cacher? Nicolas Galland, un coupable vient de sortir de la ville , il n'a pu sortir que par cette porte dont on vous a fait gardien... Au nom du roi, je vous arrête.
NICOLAS
Je suis innocent ; je n'ai ouvert à personne , je le jure sur les cendres de mon saint patron 1
TRISTAN
Voyons, voyons, mon ami, donnez-nous ceci de bonne volonté, il ne vous sera fait aucun mal. NICOLAS, le lui donnant.
Vous me le promettez, seigneur?
TRISTAN
Certainement. ( lisant avec Hugonnet. ) Ah 1 ahl une lettre pour recommander le rebelle ! et VOUS tenez encore en main les clefs qui devaient lui ouvrir les portes... Ceci n'est pas bien, l'ami.
- NICOLAS
Je vous atteste...
TRISTAN
Par votre fait la potence aurait pu chômer , mais heureusement que vous êtes resté pour l'occuper un peu.
NICOLAS
La potence!... miséricordal... si jamais je rends des services, je veux être...
TRISTAN
Vous le serez bientôt. Faites ouvrir le guichet aux manans que monseigneur de Bourgogne a pourchassés jusqu'ici... moi, j'emmène cet homme.
NICOLAS
Et mon neveu qui n'est pas là pour prendre ma place 1
TRISTAN
Marchons !
On emmène Nicolas.
HUGONNET
Qu'on ouvre le guichet... tenez vous prêts à relever le pont-levis et à baisser la herse, car les Bourguignons tenteront peut-être de poursuivre
les fuyards jusqu'ici.
II sort.
^ SCENE XTI.
Tous LES Paysans entrent dans la ville; JEANNE se place près de la porte.
Qu'ai-je appris?... les portes de la ville vont s'ouvrir aux habitans des campagnes voisines... au milieu de cette foule qui se presse dans les faubourgs se trouvera pcut-ctre la femme à qui fut confié mon enfant... oh 1 oui, elle doit être là. ( On a oxtvert le guichet; on entre précipitnm-
rnent. ) Je vais le revoir... le rciromcr... Pas encore, mon Dieu... pas encore... et là, sur celte route... plus personne... [Bruit audehors. ) Ah I l'ennemi a pénétré dans le faubourg.
UN BOURGEOIS
Baissons la herse.
JEANNE
Arrêtez I ne voyez-vous pas cette femme qui accourt à nous?
UN BOURGEOIS
Il y va du salut de tous.
JEANNE
Cette femme porte un enfant... cet enfant est le mien peut-être... Ah! vous ne baisserez pas cette herse.
Elle relient la main decelui qui allait la laisser tomber,
MARCELINE entre en courant et en tenant son enfant dans ses bi-as.
Ah !
Elle tombe e'puisee par la fatii^ue.
JEANNE, courant à Venfant.
Ce n'est pas lui!
MARCELINE
Ils ne me poursuivront pas jusqu'ici... ils ne tueront pas le dernier enfant qui me reste!
JEANNE
Les Bourguignons sont sans pitié, n'est-ce pas? et la pauvre créature qu'ils trouveront abandonnée...
LA l'AYSANNE.
Ils la tueront comme ils ont massacré le frère de celui-là. Oh ! c'est un châtiment du ciel, peutêtre; mais devais-je abandonner un demes enfans pour sauver l'étranger?
JEANNE
Un étranger! que voulez-vous dire?