‹ Magasin théâtralChapitre 284 sur 1711 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LA SENTINELLE, sur le rempart; puis JEANNE SI BONAVENTURE.

LA SENTINELLE

Par saint Jean! la nuit a été froide.

BONAYENTURE, Sortant de la maison de Jeanne ci s' arrêtant sur le seuil de la porte.

Je vous le répèle, Jeanne, vous n'avez plus rien à craindre pour la vie de votre enfant. Depuis trois jours et trois nuits vous n'avez pas quitté son chevet... maintenant que sa fièvre s'est éteinte, que le sommeil répare ses forces, prenez à votre tour quelques instans de repos.

JEANNE

En veillant sur mon fils, je n'ai fait qu'accomplir un devoir... mais vous, bon jeune homme...

Pouvais-je vous laisser souffrir et pleurer seule ? L'existence de votre enfant est encore un secret pour tous, et ce secret, le hasard me l'a fait découvrir à Troissereux; j'ai compris qu'une mère seule pouvait faire ce que vous avez fait; j'ai compris encore que vous n'osiez appeler personne pour vous aider à secourir l'enfant que vous veniez d'arracher faible et mourant aux mains des Bourguignons; j'ai compris tout cela, et je suis venu à vous ; je vous ai dit : A mon âge, on n'est ni calomniateur ni méchant; laissez-moi franchir le seuil de votre porte; devant moi ne retenez plus vos larmes ; devant moi couvrez de caresses, entourez de soins votre pauvre enfant malade. La mort vous a enlevé votre père, l'exil vous a pris votre époux, votre infortune vous donne un frère, vous avez eu confiance, vous m'avez tendu la main, et vous avez moins souffert, car quelqu'un était là qui souffrait avec vous.

JEANNE

Oui , votre présence , vos franches et loyales paroles ont soutenu mon courage.

BONAVENTURE

Rentrez, Jeanne; car cet air du matin est fioid et humide.

JEANNE

Non, cette fraîcheur me ranime, et ma bonne tante est auprès de mon fils. Ami, nous ne nous séparerons pas sans que vous ayez éclairci le doute affreux qui m'est venu... vous m'avez dit hier que Jacques vousavaitsauvélavie : où donc? comment? à quel titre? comme hier votre regard se détourne encore... mon Dieu ! ai- je deviné l'affreuse vérité? Jacques est-il donc dans le paiti de Bourgogne?: BONAVENTURE, vivemeni.

Jeanne, je ne vous ai pas dit que cela fût.

Mais vous n'avez pas voulu jurer que cela n'était pas... Ainsi donc mon amour, mon orgueil, na gloire, Jacques enfin est un traître; entraîné par un aveugle désir de vengeance, il a manqué au plus saint des devoirs... il s'est fait déserteur et

in^me.. . Oh I les Bourguignons tics Bourguignons! ils ont tué mon père, et ils déshonorent mon époux. Oh I pourquoi nesuis-jc qu'une femme?

BON AVENTURE

On vient à nous, c'est une troupe de gens armés... rentrez , Jeanne, et n'accusez pas trop le sire deVilliers, c'est un loyal et brave gentilhommel

JEANNE

Ami, cette nuit tu me guideras, nous irons chercher Jacques jusque dans le camp de Bourgogne; nous l'en arracherons; oui, nous trouverons encore de l'écho dans son ame en y jetant les mots sacrés d'honneur et de patrie.

BONAVENTL'RE.

Nous irons, Jeanne; car c'est ici, c'est dans nos rangs qu'est la place du sire de Villiers. Mais on vient ; rentrez, Jeanne, rentrez .

Jeanne rentre; André' et quelques soldats de la garde bourgeoise entrent en scène.

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