SCENE VI
Les Mêmes, Un HÉRAUT D'ARMES suivi d'archers.
LE HÉRADT.
Au nom du gouverneur, et pour conserver à la garnison le peu de vivres qui restent à délivrer, ordre est donné aux vieillards, aux femmes et aux enfans étrangers à la ville de sortir de Beauvais à l'instant même. Ordre est aussi donné aux archers du roi de contraindre par la force tous ceux qui refuseront d'obéir. Soldats, que la volonté du gouverneur soit faite.
Les archers font un mouvement vers les femmes , celles-ci se jettent toutes du côté de la maison de Jeanne en prenant leurs enfans dans leurs bras; André', Bonaventure et quelques bourgeois se sont jete's entre les archers et les femmes.
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Les Mêmes, JEANNE.
JEANNE, paraissant sur U seuil de la porte. Que se passe-t-il?
LE HÉBADT.
Soldats , entrez dans ces maisons, et faites-ca sortir toutes les personnes désignées par le gouverneur.
Deux soldats vetdént entrer dans la maison de Jeauner
JEANNE
Que voulez-vous î
BONAVENTDRB.
Jeanne I
LE BÊRAUT.
Visiter cette maisoH.
JEANNE
Qu'y cherchez-vous donc î MARCELiçiE, reconnaissant Jeanne et courant à elle, à voix basse.
Ah! femme! femme I si tu l'as pu sauver, cache bien ton enfant.
LE HÉRADT.
Jeanne, on nous a dit qu'un enfant était depuis quelques jours dans votre maison. Si cela est vrai , n'essayez pas de le soustraire à nos recherches. Cet enfant doit sortir de la ville comme les autres, livrez-le-nous.
Vous livrer cet enfant?
MARCELINE
Pour qu'ils le jettent avec les nôtres aux Bourguignons. Le pain qui leur reste, disent-ils, appartient aux soldats, et ils n'en ont plus pour nous.
ANDRÉ
Des soldats! où en trouveront-ils? Si cet ordre odieux s'exécute, je ne me bats plus.
JEANNE, comme frappée d'une pensée soudaine.
Ah I {Courant à André.) Mais si ta femme, qu'on veut chasser, restait dans la ville si elle combattait à tes côtés, ne sentirais- tu as doubler ton courage et tes forces?
BONAVENTURE
Que dit-elle?
JEANNE, au Héraut.
Par grâce I suspendez l'exécution de l'ordre cruel que vous avez reçu. Cet ordre sera rapporté par le gouverneur lui-même. Ce que désire messire Hugonnet, c'est le salut de la ville. . . eh bien I la ville sera sauvée... oui, Dieu le veut, car c'est Dieu qui m'éclaire et m'inspire. Écoutez-moi tous ; et d'abord pour bien me comprendre, connaissez-moi bien ; ne vous étonnez plus d'un pareil langage dans la bouche d'une jeune fille; le secret de sa force et de sa résolution est dans un mot : cette jeune fille est mèrel
TOCS.
Mère !
Si vous ne vojez pas monter la rougeur à son front en vous faisant cet aveu, c'est que l'honneur de la jeune fille n'est plus rieu auprès de la vie de son enfant.
TOUS
Son enfant!
Et cet enfant, je suis allée l'afrachcr moi-m^mo aux mains des Bourguignons , je le leur ai payé de mon sang. On ne vous a pas trompés; il est là, cet enfant; mais n'espérez pas que je me soamcttrai à l'arrêt barbare du gouverneur. Au nom de toutes les mères que frappe cet arrêt, je vous crie : Nous ne livrerons pas aux bourreaux de Bourgogne l'enfant que Dieu nous a donné. Il ne reste plus , dites-vous , que pour deux jours de vivres; c'est assez pour qui veut vaincre ou mourir. Si l'ennemi nous donne enfin cet assaut dont il nous menace, qu'il trouve des soldats déterminés là où il ne croira trouver qu'une faible résistance ; ou, s'il attend que la faim lui livre sa proie sans combat , ouvrez alors toutes les portes de votre ville; élancez-vous sur les retranchemens ennemis, et pour repousser l'assaut comme pour attaquer le camp de Bourgogne, vous aurez, je vous le jure, d'énergiques auxiliaires. Ces femmes, qu'on veut chasser comme un embarias inutile, ces femmes seront près de vous ; sur le champ de bataille ou sur la brèche , elles marcheront à vos côtés ; elles combattront s'il le faut. Je leur donnerai l'exemple, moi. Rappelez-.vous qu'une femme a déjà sauvé la France ; comme cette femme je m'appelle Jeanne , et plus que cette femme, j'ai mon enfant à défendre.
BONAVEUTURE.
Qu'allez-vous faire, Jeanne?
JEANNE
Femmes, me suivrez-vous?
MARCELINE
Oui, Jeanne, partout.
JEANNE
Eh bien douct à l'hôtel du gouverneur; nous lui demanderons non pas du pain, mais des armes. Une mère ne fera pas moins pour son enfant qu'un soldat pour son drapeau. Si vous savez combattre, nous saurons mourir. Des armes I
TOUTES
Des armes 1...
Elle sort, suivie de Ik-naventure.des hommes et des femmes du peuple.
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