‹ Magasin théâtralChapitre 301 sur 1711 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les Mêmes, HUGONNET, sans masque et sans manteau.

HUGONNET

L'échange demandé par M. de Bourgogne est consenti par moi... Monsieur l'envoyé, tous les prisonniers vont vous être remis.

JACQUES, à lui-même.

Mon Dieu! mon Dieu! inspirez-moi.

HUGONNET

Messire de Villiers, voici votre épéc, vous pouvez partir.

Cette épée m'est-elle rendue sans conditions?

HUGONNET

Sans conditions.

JACQUES

Du haut de votre cathédrale, on n'aperçoit donc pas à l'horizon les étendards de l'armée que Louis vous devait amener 7

BONAVENTURE

Ou le roi Louis nous a oublié, ou il ne peut nous secourir; on ne voit rien dans la plaine que les croix rouges de Bourgogne

JACQUES

Et pourtant vous êtes déterminés à ne capituler jamais.

TOCS.

Jamais.

JACQUES, à lui-même.

Ainsi donc, au dehors, des ennemis nombreux, au dedans la famine, le désespoir et la trahison... ohJ je n'hésite plus. [Haut.) Monsieurl'envoyé, dites à votre maître qu'un miracle seul peut sauver la ville de Beauvais, et qu'il n'aura pas besoin de mon bras pour vaincre un aussi faible ennemi... Reportez-lui cette épée qu'il m'a donnée, et qui, grâce à Dieu, ne s'était pas encore trempée dans le sang de mes compatriotes; et maintenant je n'appartiens plus qu'àmoi-même... et maintenant, vous que j'appelais autrefois mes frères, vous qui ne pouvez plus que vous ensevelir sous les débris de nos remparts, voulez-vous encore de moi pour mourir avec vous ?

Que dit-il î

JACQUES

Ohl tu disais vrai, Jeanne. Mon culte pour la mémoire de mon père m'avait aveuglé ; ce que je croyais un devoir était une honte. Mes yeux se sont ouverts enfin: j'ai pu voir tout-à-I'heure la profondeur de l'abîme où j'étais tombé. Mais pour que je pusse sans lâcheté revenir à vous, il fallait que cette cause fût bien désespérée, il fallait n'avoir à partager avec vous que le martyre. Par pitié, mes frères, ne me repoussez pas; une mère pardonne toujours au repentir, et la patrie est notre mère à tous. A qui veut mourir pour elle ne refusez pas une épée.

JEANNE, courant à Jacques,

Ohl bien, bien celât

nUGONNET.

Mais doit-on se fier à vous?

JACQUES

Interrogez, messire, mon visage et ma main. {Il lui prend la tnain.) D'où vient quec'est la vôtre

nui tremble ?

BDCONNET.

La mienne t

JACQUES, à part: Ohl non, non, c'est impossible.

HCGONNKT, vivemetil.

Habitans de Beauvais, acceptez-vous l'offre que le sire de Villiers vous fait de ses services?

BONAVBNTDRE.

Oui, par Dieu ! je réponds de lui comme de moimême.

JEANNE

Amis, je réponds de Jacques de Villiers sur la tête de mon enfant.

AMSKÉ,

Messire, il vous manque une épcei voici la mienne I

JACQUES

Monsieur l'envoyé, dites à votre maître ce que vous avez vu, dites-lui surtoutque c'est Jacquesde Villiers qui défendra la porte d'Amiens. nuGONNET, à part.

Et la porte d'Amiens sera le tombeau de Jacques de Villiers.

L'Envoyé se relire en saluant le gouverneur ; Jeanne est près de Jacques, qu'entourent les habitans de Beauvais.

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