SCENE VIL Les Mêmes , GALLAND
GALLAND
Nous sommes perdus ; on attaque la porte de Presle; les soldats qui la défendent, mourans de fatigue ou de faim, ne tiendront pas longtemps ; on a reconnu le duc de Bourgogne , il est à cheval dans le faubourg de Presle, et dirige lui-même l'attaque. C'est notre dernier jour.
On entend sonner le tocsin.
PLUSIEURS HAB.1TANS, accourant. Jeanne I Jeanne! les Bourguignons.
JEANNE, revenant à elle.
Ohl puisque vous me laissez vivre, amis, j'elfacerai, je vous le jure, la honte de Jacques. Bourguignons maudits , vous avez tué mon père et flétri mon époux 1 vous m'allez rendre compte du sang de l'un et de l'honneur de l'autre.
Elle sort, Bonaventure veut la suivre. Le tocsin sonne toujours.
ANDRÉ, à Bonaventure.
Où vas-tu?
BONAVENTURE
A la porte de Presle.
ANDRÉ
Assez de braves la défendent ; si tu crois que la porte d'Amiens puisse se passer de toi, tiens, regarde... vois-tu cette troupe de Bourguignons qui débouche du bois? les vois-tu mettre leurs pièces en batterie pour nous foudroyer? et maintenant, veux- tu nous quitter encore?
JEANNE HACHETTE
ây
BONAVENTUHE.
Dieu protège Jeanne... une arquebuse, André et mort auy. Bourguignons.
On euteud des cris lapproclics.
Ils veulent ouvrir la brèche,
BONAVENTDRK.
Il faut leur répondre, André.
André et quelques autres se placent aux pièces d'artillerie qui défendent le rempart.
ANDRÉ
Les boulets «tla poudre nous manqueront.
BONAVEHTCRE.
On nous en fournira. Agitez la cloche d'alarme, on l'entendra du quartier Saint-Remi; il nous enverra du renfort et des provisions.
On agite la cloche d'alarme, qu'on entend par-dcssus le tocsin qui est plus éloigné; aussitôt on voit accourir des écoliers et quelques soldats, des femmes et des en' fans.
BOSAVENTURE.
Voici les Bourguignons. De la poudre, des baU les et des pierres ; faites une barricade à l'entrée de cette rue ; c'est le dernier assaut , il faut aujourd'hui vaincre ou mourir.
Les hommes vont sur le rempart, et se joignent à André pour charger les pièces et tirer des coups d'arquebuses, les femmes el les enfans font rouler des tonneaux de poudre ou portent des pierres. Galland a monté dans une des maisons et paraît à la fenêtre la plus éloignée. Le canon des Bourguignons fait écrouler une partie du rempart, et chasse un moment André et les autres, qui redescendent pour ne pas être mitraillés.
On apporte des échelles , ils vont monter à l'assaut.
BONAVENTURE
Tant mieux... Camarades, à l'abri derrière ces murs à moitié écroulés , faites un feu continuel; vous, retranchez-vous dans ces maisons; démolissez-les pour en jeter les débris à la tête de ceux qui pénétreront ici... On combat toujours à la porte de Presle... les Bourguignons ne forceront pas celle-là; car c'est Jeanne Hachette qui la défend ; ferons-nous moins qu'elle ?
TOUS
Non, non.
BONAVENTURE
Aux barricades, mes amis, aux barricades , et nous aux remparts.
GALLAND
Les voilà, les voilà.
Pendant que les ordres de Bonaventure s'exécutent, et que l'on voit se garnir chaque maison de femmes et d'cnfans roulant des pierres sur les balcons, on a vu se planter des têtes d'échelles sur les débris du rempart ; les premier! BoursuigttgftS quisc presçuleut sçnt renverses;
mais ils reviennent toujours plus nombreux à la charge; enfin la porte est brisée à coups de hache, et René entre le premier, suivi de quelques Bourguignons,
RENÉ
Nous y voilà ; en avant!
Bonaventure et les siens en voyant tomber la porte d'Amiens , ont quitté le rempart et se sont retranchés dans jes maisons.
BONAVENTURE, à wn balcOTl.
En avant, dis-tu 7 mais le passage sera difficile, je t'en avertis.
En effet, les Bourguignons cherchent à pénétrer dans la rue; mais de toutes les croisées partent des coups d'arquebuses ou tombentdes pierres et des meubles. Les Bourguignons reculent ; à ce moment quelques coups de canon très-rapprochés se font entendre.
RENÉ
Un dernier effort, amis ; c'est le canon du duc; de Bourgogne qui enfonce la porte de Prcsles. JEANNE, paraissant au bout de la rue, suivie d'écoliers , de femmes et de soldais.
Tu te trompes, c'est le canon du roi Louis XI ; en avant.
Jeanne, armée de sa hachette, s'élance la première au milieu des Bourguignons. Bonaventure.et les siens quittent leurs retranchemens, et se joignent à la troupe de Jeanne. On combat corps à corps. Jeanne et René sont en présence et sur le devant de la scène ; Jeanne est un moment renversée, René va la frapper ; mais Bonaventure s'élance et détourne le coup ; entraîné par les combaltans , obligé de se défendre lui-même, il laisse Jeanne en face de René. Jeanne s'est relevée, elle évite le coup que Veut lui porter René, lui lance un coup de hachette qui le renverse ; elle se jette sur lui alors, et lui arrache l'étendart qu'il portait. C'est le signal de la défaite des Bourguignons, qui sont partout rais en fuite ou terrassés.
TOUS
Victoire I
GALLAND, à sa fenêtre.
Victoire!... je ne me trompe pas, c est le roi.
Le roi t
On entend sonner la trompette des hérauts. Ceux-ci paraissent suivis d'une troupe d'archers; après eux ([ualre hommes d'armes ; le roi 'a cheval, suivi de quatre autres hommes d'armes, puis une seconde troupe de soldats, enfin du peuple criant ; ^ice le roi .' LOUIS.
Peuple, ce n'est pas vers moi que doivent s'élever vos actions de grâce... Pour vous sauver et me garder ma bonne ville, qu'un traître avait vendue... Notre-Dame Marie a fait choix d'une pauvre jeune fille. Jeanne Laisné. .. où étes-vousî
BONAVENTURE
La voilà, sire; vous l'auriez dû reconnaître â cet étendard de Bourgogne qu'elle vient d'arrao cher à nos ennemis.
touis.
Approche, jeune fille... et ce que tu demanderas en récompense de ta belle action, je jure Dieu de te l'accorder.
JEANNE
Sire , j'ai un fils , un fils qui n'a plus de nom, car son père l'a déshonoré. Sire, donnez un nom à mon...
JACQUES
Arrêtez... notre fila s'appellera de Villiers, car c'est un noble nom.
Jacques l
On court à lui et on le transporte entre Louis et Jeanne.
JACQUES
Sire, un traître nous avait tous vendus à Charles de Bourgogne , ce traître, c'est Hugonnet.
LE ROI
Hugonnetl
«ACQUES.
Pour accomplir sa félonie, que j'avais décou* verte, il m'a frappé ; mais, lorsqu'il voulut me précipiter du haut des remparts, je l'entraînai avec moi dans ma chute, et Dieu aidant, je l'ai tué.
LE ROI
Bien , jeune homme ; c'est ainsi qu'on réhabilite la mémoire de son père. ( A Jeanne. ) Jeanne, Je ne pourrais trouver pour ton enfant un plus noble nom que celui de Villiers.
JACQUES
Merci, mon Dieu , merci t
TOUS
Vive le roi 1
LE ROI , faisant signe de se taîrê.
Gloire à Jeannet
TOUS
Gloire à Jeanne l
FIN
PARIS — IMPBlMeRlE DE V^ DONDET-BUPRi,
rue Saint-Louis, n» 46, au Marais.