SCENE IV
LÉONOR, PREMIÈRE PENSIONINAIRE, JOLIBOIS, DEUXIÈME PE^"SIO^'^'AIRE , LA TOURIÈRE, LA SUPÉRIEURE, PENSIONNAIRES, Sœurs surveillantes.
LA TOURIÈRE, àJoUbois,à demi-pliô sous une énorme balle Entrez, entrez, bonhomme.
LES PENSIONNAIRES, COliraM à lut.
Ah! voyons, monsieur le marchand, voyons ce que vous nous apportez.
LA TOURIÈRE
Un instant, mesdemoiselles, un instant... douncz-lui le temps de se débarrasser de son fardeau.
PREMIÈRE PENSIONNAIRE
Tenez, monsieur le marchand, mettez votre balle là, sur ce banc.
JOLIBOIS, qui a déposé sa balle sur un long banc quifg rouve placé auprès de la porte de droite.
Ah ! ça soulage.
PREMIÈRE PENSIONNAIRE
Allons, maintenant, ouvrez-nous vite votre boutique.
JOLIBOIS, à part.
Quel joli petit troupeau de béguines!
LES PENSIONNAIRES, à JoHboiS .
Eh bien! voyons donc.
JOLIBOIS
Tout de suite, mes petites mères.
PREMIÈRE PENSIONNAIRE
Tiens-tu, Léonor? •
Me voilà!
JOLIBOIS, à part.
Elle est là, bon! (Haut aux pensionnaires en leur montrant sa balle, qu'il vient d'ouvrir. )Tenez, choisissez là dedans, mes charmantes pratiques; et pourtant j'aurais pas dû vous servir les premières, car à tout seigneur tout honneur... c'est comme ça du moins au régiment. *
LA TOURIÈRE
Au régiment?
JOLIBOIS
San» comparaison... {A part.) J'ai dit là une bétisc.
LA SUPÉRIEURE
Vous avez donc été soldat, brave homme?
JOLIBOIS
Un peu, ma commandante.
Lc'onor assise à droile, Joliljois, la Toiuicrc, la Suf cricuxe.
LA TOURIÈRE
Dites donc madame la supérieure.
JOLIBOIS
E.\cusez, c'est juste. {A part.) Ah ça! mais prenons garde à nous. {Haut.) Après ça, voyez-vous, il n'y a pas long-temps que je porte la balle, j'ai pas encore l'usage.
Ça ne fait rien... vous êtes bon catholique?
JOLIBOIS
Si je suis bon catholique! mille tonner... {Se reprenant vivement.) Je suis un excellent catholique. {A part.) Heureusement que je me suis mordu la langue à temps. (Ilaut.) Je voudrais que vous eussiez pu vous informer de moi à mon cousin Jareccio, le portier du couvent de la sainte Inquisition, qui a eu le malheur de tuer hier un Français d'un coup de couteau dans les fausses côtes.
LA SUPÉRIEURE
Le malheur !
JOLIBOIS
J'dis le malheur parce qu'il s'en est suivi qu'il a été fusillé après vêpres. Pauvre cousin! Dieu veuille recevoir son ame dans son saint paradis; mais voilà le livre que vous m'avez demandé.
LA SUPÉRIEURE
Et les agnus-Dei.
JOLIBOIS
Oui, je sais bien , agnus-Dei; les voilà, excusezmoi, s'il vousplait, j'ai encore la tète si troublée de ce qui est arrivé à mon cousin.
LA SUPÉRIEURE
Consolez-vous, mon ami, votre parent est mort pour la bonne cause, je ferai dire une messe à sa mémoire.
JOLIBOIS
Je vous en serai bien reconnaissant. ( A part. ) Allons, il n'y a rien à dire, je ne me suis pas toiità-fait perdu dans les feux défile, mais pendant qu.; cette vicillebigote a ses yeux dans ce livre d'offices, tâchons de couler deux mots à la bonne amie di; mon lieutenant. Pauvre chère amour, comme elle parait triste. {Ilaut à Léonor.) Eh bien! scnora, trouvez-vous quelque chose à votre goût dans la boutique du colporteur?
LÉONOR
Je n'ai rien à acheter pour moi; mon brave homme.
JOLIBOIS, à mi-voix.
Quand vous ne prendriez qu'un petit bouquet d'immortelles pour placer devant l'image de saint Anatole.
LÉONOR, sicrprise.
Saint Anatole!
JOLIBOIS, bas.
Le protecteur des belles filles affligées,
LÉONOR
Qu'entends-je?
JOLIBOIS
Chut! tâchez que je puisse vous parler un instant sans que nous ayons tout ce mondc-là autour <■'« nous.
L'ELEVE DE SAINT-CYR
LÉONOn, à part, avec élonnement.
Eh quoi! cet homme...
PREMIÈRE PENSIONNAIRE, aCCOXlvanl.
Tiens, Léonor, trouves-tu ce dessin-là joli? {On entend le son d'une cloche.) Ah ! mon Dieu, déjà l'heure d'aller au réfectoire.