‹ Magasin théâtralChapitre 380 sur 1711 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LÉOXOR, ANATOLE.

ANATOLE

Ah! ma Léonor, je vous revois, je puis vous parler, vous dire que je vous aime, vous le répéter'' avant de partir, avant devons quitter; vous qui tterl oh ! voilà mon tourment, mon malheur I

LÉOXOR.

Mais ce départ est pour nous une faveur du ciel!

ANATOLE

Une faveur du ciel, parce que je pouvais être tiécouvert , reconnu comme l'auteur du crime dénoncé par votre père; parce que je pouvais être condamné, fusillé! mais quelques jours, quelques heures, libre dans cette maison... près de vous... avec vous... puis mourir! et je ne me serais pas plaint. D'ailleurs je n'aurais pas été reconnu... j'aurais pu braver impunément la vengeance de votre père et la justice du général.

LÉONOR

Insensé, tout-à-l'heure, il n'y a qu'un instant, à cette fatale revue, la douleur et les souffrances ont failli vous trahir et vous perdre.

ANATOLE

Sans doute, la force du mal a triomphé de mon courage, mais maintenant j.^ souffre moins, beaucoup moins; à la vérité, vous êtes là près de moi, etvotre présence me ferait oublier les plus cruelles tortures. Croyez-moi, je vous ai dit vrai, mes douleurs sont moins vives, et s'il fallait me sou- Mettre à de nouvelles épreuves, je serais sans erainte; nul ne soupçonner.iit que c'est moi dont la main est tombée sous la hache du seigneur Ferez.

LÉONOR

Pauvre Anatole, si jeune, et déjà...

ANATOLE

Eh I ne suis-je pas militaire, n'est-ce pas mon état d'être blessé, mutilé, tué?... mais cette blessure, elle ne m'est pas moins chère que si je l'eusse gagnée dans un combat, elle me rappellera sans cesse la nuit fortunée où pour la première fois j'ai reçu l'aveu de votre amour, car vous m'avez dit que vous m'aimiez, Léonor, vous me l'avez dit?

LÉONOR

Hélas 1

ANATOLE

Pourquoi ce soupir? est-ce un regret ?

LÉONOR

Un regret! Eh bien, non; mais là, tout-à-l'heure, mon père a jeté dans mon cœur un doute qui m'épouvante; il me disait que les Français n'avaient ni foi , ni sincérité; il me disait que vous ne m'aimiez pas.

ANATOLE

Mensonge! mensonge! Moi ne pas vous afmerl ah ! j'en jure par Dieu, par le ciel, vous êtes ma bien-aimée, l'ame de ma vie; je ne respire que pour vous, que par vous.

0 mon père, vous me trompiez, il m'aime I

ANATOLE

Et quand je reviendrai, car je reviendrai bientôt, tu auras la preuve, la preuve certaine de cet amour saint et sacré; mon père connaît mes sentimens pour toi, il les approuve; oui, il m'a promis ta main, il la demandera à ton père, il l'obtiendra... il l'obtiendra, le dis-je, nous serons unis, nous serons heureux.

LÉONOR

Eh bien! oui, peut-être, espérons en l'avenir. {A part.) Oh ! ne lui disons pas qu'il me trouvera morte à son retour, morte de la main de mon père, car mon père l'a juré, il me tuera si je ne lui nomme pas le coupable, et mon père n'a jamais fait un vain serment.

ANATOLE

Léonor...

LÉONOR, sans lui répondre et à elle-même. Mais s'il arrivait en ce moment...

^ ANATOLE

Léonor, qu'est-ce donc? qu'avez-vousî que doisje penser?.

LÉONOR

Anatole, le ciel nous a favorisés. ..mais il en est temps... séparons-nous... partez...

ANATOLE

Déjà?

Un plus long relard pourrait vous devenir fatal. [A elle-même.) Je ne sais... mais j'ai comme le pressentiment d'un malheur. (.4 Anatole.) Anatole je vous en prie... je vous en supplie... partez... partez...

ANATOLE

Eh bien! remettez-vous, calmez-vous, je vous obéis, je pars.

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