‹ Magasin théâtralChapitre 387 sur 1711 · SCENE IIL LE COLONEL, ANATOLE · texte numérisé non relu

SCENE IIL LE COLONEL, ANATOLE

ANATOLE

Bon père , c'est vous que je revois , que j'embrasse.

LE COLONEL, à part.

Voyons, sacredieu, voyons, remettons-nous, et cachons-lui le plus long-temps possible l'affreuse vérité.

ANATOLE

Mon père, pourquoi cet abattement, cette tristesse? Vous ne l'avez pas oublié, mes juges m'ont recommandé à la clémence du général , et le général ne sera pas sans pitié pour moi. Oui, j'aurai ma grâce, mon père, j'aurai ma grâce. 11 y a quelques instans encore, je ne pensais pas ainsi ; mais maintenant tout médit que votre fils ne vous sera pas enlevé. Oui, je ne sais ; mais, pour moi, ce n'est pas un simple pressentiment, c'est comme une certitude.

LE COLONEL, à part

Sacredieu, il me fend le cœur I

Tenez, là, tout-à-l'heure, je m'étais endormi... eh bien! dans mon sommeil, j'ai vu le général... oui, il était troublé, agité ; il murmurait mon nom, il vous a appelé, vous avez paru ; il vous a dit : Ton fils te sera rendu I ton fils vivrai

LE COLONEL

Anatole 1

ANATOLE

Mon père t

LE COLONEL

La mort te ferait-elle donc peur?

ANATOLE

Peurl Ah! mon père, vous ne pensez pas ce que VOUS dites... qu'elle arrive, la mort, et je saurai l'affronter sans pâlir... Mais loin de nous toute idée de malheur et de deuil... Oui, oui, croyezmoi, mon père, croyez-moi, bientôt , dans un instant, tout-à-l'heure peut-être, le général va vous faire appeler, et il vous rendra votre enfant.

LE COLONEL

Biais je viens... je viens de chez le général... et tu le vois, tule vois... je pleure.

ANATOLE

Ahl

LE COLONEL

Il a été inexorable.

ANATOLE

Malheureux père!

Je ne voulais pas te dire ça tout de suite, mais mon cœur s'est brisé, et je n'ai pu te cacher plus long-temps la vérité.

ANATOLE

Eh bien! je mourrai, mon père; je vous l'ai dit, je vous le répète, la mort ne me fait pas peur... Mourir! qu'est-ce donc après tout? C'est la chance de tous les jours qui m'arrive aujourd'hui! douze balles au lieu d'une, qu'importe I mon père ne sera pas déshonoré pour cela... je n'aurai pas laissé une tache sur sa vie noble et glorieuse ; l'honneur est sauf! Mon père, allons, allons, n'affaiblissez pas mon cœur par trop de tendresse; songez que je dois à tous l'exemple du courage, et qu'il faut que je tombe digne de vous.

LE COLONEL, essuyotit ses larmes.

Oui, oui, tu as raison, pas de faiblesse; après tout, sacredieu, se quitter un instant plus tôt, un instant plus tard... et puis on dit que là-haut on se retrouve, et si je ne t'y rejoins pas aussi vite que je le désire, c'est que les boulets et les balles de l'ennemi y mettront de la mauvaise volonté.

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