‹ Magasin théâtralChapitre 425 sur 1711 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

RANUCCIO, JULES, FABIO CAMPIREALI, Valets, arrivant }mr la droite.

JCLES.

Que Yois-je!... Fabio !... Mais c'était votre père que l'on m'avait annoncé!...

FABIO, avec une colère sourde.

Mon père viendra à son tour; mon père pariera comme il convient à son âge... mais nous sommes jeunes tous deux... avant de causer avec le "i'ieillard , vous devez désirer, il me semble, vous expliquer avec le jeune homme.

RANUCCIO.

Est-ce un piège?

FABIO

Non, mais un duel!... Car tu ne penses pas, sans doute, que je laisse impuni ton insolent amour. Hier la présence de mon père m'a empêché de venger comme je le voulais l'outrage fait à ma famille; mais aujourd'hui je viens te demander satisfaction.

RANUCCIO.

Ah! c'est un cartel! Oh ! c'est bien différent... jamais nous n'avons refusé pareille partie de plaisir. Oii est votre second? [faisant le geste de ferrailler ) nous ferons partie carrée.

JULES, à Raniiccio , sévèreihent, Ranuccio, tais-toi; c'est à moi qu'a été porté ce défi, c'est à moi de répondre. {A Fabio, avec modération.) Seigneur Fabio, votre fureur, je la conçois, et je l'excuse; mais à toutes vos injures, à toutes vos provocations, je ne répondrai qu'un mot : Vous êtes le frère d'Hélène, je ne me battrai pas avec vous.

RANUCCIO , vivement.

Ne pas te battre!... y penses-tu?

JULES

Tais-toi, te dis-je !

FABIO

Oh! laissez-le!... ne voyez-vous pas qu'il a trouvé un excellent prétexte pour colorer sa lâcheté? ♦

JULES

Seigneur Fabio !

FABIO, ne pouvant plus se contenir.

Oui, tu es un lâche, un misérable, et tu me prouves aujourd'hui que ton sang n'est pas plus noble que l'étoffe de ton pourpoint.

JULES

Eh bien... (Se maîtrisant, et avec une intention marquée.) Eh bien, soit, je me battrai !

RANUCCIO.

Ah! à la bonne heure! je n'y comprenais plus rien.

JULES

Vos armes?

FABIO, à un valet.

Piétro, mes pistolets de voyage !

Un valel .npporle oeux paires de pistolets *.

RANUCCIO, passant au milieu, et prenant deux paires de pistolets des mains de Piétro. Un instant! comme témoin, c'est moi qui dois régler les conditions du combat. Il s'agit de savoir ici qui tirera le premier.

JULES, vivement.

C'est inutile; le seigneur Fabio est l'offensé; à lui de tirer le premier !

RANUCCIO.

Ah çà! mais...

JULES

Je le veux.

FABIO

A moi donc !

Ils se placent à distance.

RANUCCIO, passant à l'avant-scène de rjauche. Qu'est-ce que j'éprouve donc?... Est-ce que j'aurais peur?... Oui, j'ai peur, peur pour lui! FABIO, ajustant Jules.

Que Dieu ait pitié de ton âme!

RANUCCIO, sans regarder.

Et la madone de sa tête! {Le coup part; Jules est immobile. Ranuccio se retourne et fuit son compliment à Fabio.) Ah! bravo! bien visé! c'est tout ce que je vous demandais. A nous, à présenti

]1 l'cmonte au fond en se fi-oU;nl les mains. FABIO.

Damnation ! ma main tremblait de colère, et cette arme a mal servi ma haine.

JULES, lentement.

Voyons si c'est la faute de l'arme ou de celui qui ne sait pas la manier.

FABIO, furieux et relevant fièrement la tête. Fais donc, et jusqu'à la mort de l'un de nous deux!

JULES, avant de lever son pistolet.

Seigneur Fabio, vous portez la tête bien haute; quand j'ai essuyé votre l'eu, j'étais découvert. FABIO, renfonçant son feutre.

Et moi, je resterai couvert en face de toi, manant!

* Il est important de donner à Jules et à son adversaire deux pi^lets,daus le cas où l'un des deux lerait long feu, {Note de i'. dateur.)

L'ABBAYE DE CASTRO

JULES, l'ajuslant.

Fabio Campireali, saluez-moi I

Le coup jiarl el renverse le cliapeau Je Faljio.

RANCCCio, vivement.

II a salué!

JDLES.

Et à présent, croyez que celui qui a touché le feutre pouvait aussi facilement toucher la tête, si la tête lui eût servi de but.

Un valet a ramassé le chapeau de Fabio. FABIO, furieux.

Une grâce! une grâce, à moi! et de toi!... oh! défends-toi, défends-toi , mendiant, car j'ai soif de ton sang.

Jl tire son épe'e.

JULES, froidement. Vous m'assassinerez donc, car je ne tirerai jamais mon épée contre vous.

FABIO, hors de lui.

Défends-toi, tedis-jel

RANUCCio, prenant Fabio à bras-le-corps.

Halte-là, mon gentilhomme! Si vous avez tant envie de batailler, eh bien! me voilà! moi! et je vous le jure, je ne m'amuserai pas à vous faire de quartier!

1 se place, l'épée à la main, en face de FaLio; Campireali paraît au milieu d'eux.

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