‹ Magasin théâtralChapitre 471 sur 1711 · DONA JUANA, BÉATRIX · texte numérisé non relu

DONA JUANA, BÉATRIX

DONA JUANA , à la fenêtre.

Encore cet homme devant ma fenêtre... C'est le même qui me suit opiniâtrement depuis longtemps déjà.

BÉATRLX.

Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant à cela, Senora,

gouverneur espagnol , inspire de l'amour à un jeune homme?

DONA JUANA

Mais ce n'est pas un jeune homme , c'est un chevalier de Malte... Comment supposer qu'il veuille faire la cour à une femme?

BÉATRIX

Pourquoi pas?

DONA JUANA

que la plus jolie femme de Païenne, la fdle due^ Oh! il n'oserait, luil.. Il est vrai que da)i3

LA CROIX DE MALTE

les réunions d'étiquette que mon père a don- <^j'ai si peu d'espoir de ramener mon père à des

nées dans ce palais , et auxquelles il assistait son regard était toujours fixé sur moi ; plusieurs fois il s'est approché comme pour m'adresser la parole, mais je l'ai toujours évité... Je ne sais, cet homme m'épouvante d'autant plus que je ne puis deviner dans quel but il me cherche et m'épie sans cesse.

BÉATRIX

C'est qu'il guette l'instant favorable pour vous trouver seule , et pour le motif que je vous ai dit.

D0>A JUANA

Quoi! tu es certaine...

BÉATRIX

Pas plus tard que ce matin , il m'a donné de l'argent pour l'introduire ici, quand votre père serait absent.

DONA JUANA

Et tu as refusé.

BÉATRIX, à part.

Non de prendre l'argent. (Haut.) Mais de l'intioduire. D'ailleurs , quand même il ne serait pas chevalier de Malte, il perdrait ses pas... Votre cousin don Léon de Cabrera a marché plus vite que lui.

DONA JUANA

Ah! oui, Béatrix... et je suis déjà bien coupable !.. J'ai consenti à voir mon jeune parent à l'insu de mon père, à le rencontrer aux promenades... Mais toi, qui es toujours là, tu sais quelle est mon excuse. Le pauvre gentilhomme est repoussé par mon père de notre famille, et pourtant il n'a plus que Jious au monde ! Qui ne s'intéresserait à tant de bonté , de candeur et de souOrance.

BÉATRIX

Et vous l'aimez par esprit de conciliation, vous avez donné votre cœur pour unir deux familles.

DONA JUANA

C'est qu'il faut convenir que mon père est bien injuste!.. Il a un neveu à Païenne, qui est, dit-on, un très mauvais sujet... eh bien ! il consent à le recevoir... il lui ouvre sa maison, il paie quelquefois ses dettes... tandis qu'impitoyable pour l'autre , son neveu d'Espagne , qui a tant de droits à son estime, il n'a jamais voulu entendre parler de lui.

BÉATRIX

Oui... mais Dieu est juste , et il a envoyé à l'honnête jeune homme une bien charmante compensation, et je lui ai promis de l'introduire ici... 11 n'a eu besoin de me rien donner pour cela, lui...

Ici! mais quand donc?

BÉATRIX

Mais... aujourd'hui, à l'instant même, et aussitôt que Monseigneur le gouverneur sera parti... et, tenez, dans ce moment, votre père monte à cheval... le voilà qui sort de la grande cour.

DONA JUANA

Quelle imprudence !.. si mon père...

BÉATRIX

Soyez tranquille... je ferai bonne garde.

DONA JUANA

11 n'importe , ma bonne Béatrix , tu as tort ; ^^

sentimens plus justes !..

BÉATRIX

Ah! Senorà!., Si vous aviez vu ses larmes, son désespoir...

DONA JUANA

Il pleurait?.. Ah ! tu as bien fait, alors...

(On frappe à une petite porte à gauc4ie.) BÉATRIX.

Le voici !

DONA JUANA

Ouvre-lui, puisqu'il le faut ; mais qu'il ignore, jusqu'à des temps meilleurs , tout ce que j'éprouve pour lui. (Béatrix sort.)

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