‹ Magasin théâtralChapitre 473 sur 1711 · ACTE 1, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IV

DON LÉOiN.

UONA JUANA,

Mais si vous refusiez de m'aimer, donaJuana, vous prononceriez l'arrêt de mon e.vil , comme votie père autrefois prononça celui de ma mère ! Oh ! j'ai tant besoin d'être aimé ! J'ai tant souffert! Ma pauvre mèreK. J'étais bien jeune quand je la perdis... je m'en souviens pourtant! l'rès di'elle j'avais été heureux; mais elle ne l'était pas... elle ne m'embrassait jamais sans pleurer!... Alors, au contraire , je faisais l'orgueil de mon père, encore plus que son bonheur!.. Mais quand ma mère mourut, je perdis à la fois deux parens. Depuis ce jour, mon père, triste et austère, m'éloignadc lui... Rien ne manqua à mon éducation , à mes besoins , à mes plaisirs même , mais je ne retiouvai plus son allection d'autrefois, et, chaque jour, l'élan de la mienne se glaçait devant sa sombre et inexorable bienveillance!.. Enfin, il y a deux mois, vous le savez , je le perdis !.. Le seul parent de mon père que nous voyions, s'éloigna brusquement sans que je pusse savoir ce qu'il était devenu. Je restai seul au monde... Je me souvins alors que j'avais en Sicile des parens qui ne se souvenaient pas de moi , eux... Mais je me dis , quel que soit le motif de cette inexplicable aversion qui commença dans le cœur de don Baltbazar d'Ayamonte , contre sa sœur , le jour de 6on mariage , elle doit s'éjeindre sur deux tombes!.. Et je suis venu vers vous, doua Juana; et, comme ce voyageur dont nous parle l'Écriture , en allant à la maison de mes derniers parens j'ai trouvé un ange sur le seuil.

DONA JUANA

Pauvre Léon!., nous ignoronsle secret de l'aversion de mon père pour sa sœur , mais il ne résistera pas, j'espère, à mes supplications, à mes larmes.

DON LÉON , lui prenant la main.

Chère Juana!..

DONA JUANA

Mais songez-y, Léon, ce n'est qu'une cousine qui vous reçoit ici à l'insu de son père.

DON LÉON

Ainsi, toujours le même langage!., vous ne m'accordez que l'affection d'une parente , tandis qu'à cette affection se mêle dans mon âme un amour insensé!., par grâce!., par pitié! un mot!., quelque chose qui me donne une espérance , quelque chose qui m'encourage à vivre encore jusqu'à demain... repousserez-vous un malheureux orphelin qui vous demande si peu.

DONA JUANA

Eh bien!..

BÉATRIX, paraissant tout-à-coup.

Voici Monseigneur qui revient... sortez sur-lechamp.

DONA JUANA, à part.

Je vous rends grâces, mon Dieu ! j'allais tout avouer.

DON LÉON

Juana !..

DONA JUANA

Si mon père vous voyait... vite, vite, disparaissez de ce côté.

DON LÉON

Mais pourtant... c^

Fuyez, vous dis-je!,. je vais parler à mon père , et bientôt vous saurez sa réponse ; Béa- Irix vous l'apportera.

DON LÉON

Non , non, c'est de votre bouche seule que je veux apprendre...

DONA JUANA

Eh bien! oui, je vous le promets... mais, fuyez ! fuyez !

DON LÉON

J'obéis!.. (Il sort.)

•eeeesseeseoïAeeseeeeoeeeeeceeeea

Page 1