SCÈNE IV
DON BALTHAZAR, un Domestique, puis PANDOLFO.
LE DOMESTIQUE
Monseigneur!., l'homme que vous avez envoyé chez monseigneur don Luis d'Ayamonte est là , et demande à vous parler.
DON BALTHAZAR
Qu'il entre... qu'il vienne à l'instant.
(Pandolfo entre ; le domestique se retire.) DON BALTHAZAR.
Eh bien! mon neveu?
PANDOLFO
Il n'y était pas. Un de ses gens est parti pour le chercher et l'avertir de se rendre aux ordres de votre seigneurie... Mais Monseigneur le gouverneur ne m'avait donc pas compris , lorsque tout à l'heure sur la place de Palerme je lui avais offert mes services?..
LA CROIX DE MALTE
DON BALTHAZAR
Tes services... mais je les ai acceptés, puisque je t'ai envoj'écliercher mon neveu... Ali! je comprciitis , lu n'es pas content de la recompense qu'on l'a (ionnée... lions, voici encore quelques (lucals... (Il lui jellesa bourse.) El laissc-moi !.. PANDOLFO , avec dignité.
Moîîseigneur , ce n'est pas pour l'argent que je suis venu ici... (il met la bourse dans sa poche.) mais pour l'honneur.
DON BALTIIAZAR.
Pour l'honneur!..
PANDOLFO
Je ne suis point un lazzarone, je suis un bravo, artiste en châlimens, et professeur en vengeances!..
DON BALTIIAZAR.
Un bravo!., toi!., et tu oses?..
PANDOLFO
Que voulez-vous, Monseigneur... j'ai une femme et quatre enfansà nounir... et mon père ne m'avait laissé pour tout héritage qu'une excellente laine... un autre auraitmendié... mais, moi, j'ai trop de (ierté dans l'àme.
DON BALl'HAZAR.
Un bravo!., je croyais avoir chassé de Sicile tous ces artisans de vols et de crimes, qu'un lâche abus y faisait tolérer...
PANDOLFO
Monseigneur, je n'ai jamaisvolé mon prochain, et si on avait pu douter de la nécessité de l'état que j'exerce, ce jour en aurait fournit une pieuvc éclatante.
DON CALTHAZAU.
PANDOLFO
Aujourd'hui, un vieillard, revêtu des plus éminentes dignités, entouré du respect de tous, a été accosté et insulté grièvement sur la place de Palerme par un gentilhomme espagnol... La vengear,c3 n'cst-cUe point, de sa part, toute simple et bien iégilime ?
DON RALTHAZAR.
II était plus simple encore d'empêcher qu'on louchât à un cheveu de cet homme, cl c'est ce que j'ai fait.
PANDOLFO
Votre seigneurie a pardonné en public, et elle a bien fait... en public, on pardonne toujours; mais cela ne tire pas à conséquence... on fait grâce à ses ennemis, mais on s'en défait... sans quoi l'humanité jouerait trop gros jeu et la pitié reviendrait trop cher... que diable ! il est impossible degouverner sivonsne rentrez pas un peu en secret dans vos frais de clémence oincielle.
DON BALTIIAZAR.
Insolent!..
PANDOLFO
Excusez-moi, Monseigneur... j'ai été si indigné de voir un seigneur cnslillan abuser de sa force et de sa jeunesse pour iusuller un vieillard, que j'ai cru juste de vous proposer, pour punir celle lâcheté, de m'embusquer un soir au coin d'une rue, d'y attendre votre ennemi, et...
DON BALTIIAZAR.
Silence, misérable!., rends grâces à mon indulgence : le palais de don Balthazar d'Ayamonte
«®» ne sera jamais sur la route des prisons de Palerme ; je veux bien oublier ta figure... je ne te demande pas ton nom, mais, sors... sors, ou j'appelle mes gens.
PANDOLFO
C'est inutile, Monseigneur, je me retire... (A part.) Oh! ces Espagnols qui viennent opprimer la Sicile et nous imposer leurs préjugés féroces... oh! cotnme j'aurais du plaisir îi immoler un de ces tyi ans, pour peu qu'il y eijt récompense honnête !
LK DOMESTIQUE
Monseigneur don Luis d'Avaraonte.
DON BALTIIAZAR.
Ah ! enfin!..
PANDOLFO, ù part.
Je comprends pourquoi il a envoyé chercher son neveu... un vil duelliste !.. Il fera faire ses atfaires gratis... vieil avare!.. C'est bien indigne d'un gouverneur de protéger si peu les arts.
(U passe devant don Luis sans le saluer et sort.)