‹ Magasin théâtralChapitre 483 sur 1711 · PANDOLFO, ALTAVILLA · texte numérisé non relu

PANDOLFO, ALTAVILLA

PANDOLFO, sans voir Altavilla.

C'est une infamie !

LA CROIX DE MALTE

ALTAVILLA , à part.

Le bravo!., c'est mon déoion familier qui me l'envoie...

PANDOLFO

Saint-Janvier étoufle toute cette famille d'Ayamoiitc... depuis ronde, ([ui est gouverneur, jusqu'au neveu qui va épouser sa fille.

ALTAVlLr,A, à part.

Que dit-il ?.. (Haut et s'approchant.) A qui en as-tu donc, maître Pandolfo?.. que t'ont fait ces gens-là ?..

PANDOLFO

Ce qu'is m'ont fait? vous allez en juger. Vous savez ce qui est arrivé ce matin?.. Si jamais aflaire a dû rentrer dans mes attributions, à moi, redresseur public des torts, et soutien patenté de l'opprimé, ce fut celle-là !.. Eh bien !.. le Gouverneur a fait chercher son neveu, et, connaissant sa force à l'épée, l'a envoyé, sans pudeur, défier son ennemi que ce maudit neveu a tué ignoblement en duel... Vous comprendrez facilement, Monseigneur, qu'il ne faudrait pas plus d'un gaillard comme celui-là dans chaque famille pour que je perdisse toute ma clientelle... et, s'il vous plaît, j'ai une femme et quatre enfans, et je n'ai pas de quoi payer le baptême du dernier.

ALTAVILLA , avec intérêt.

Continue...

PANDOLFO

Enfin... j'avais tout oublié!.. Je savais don Luis d'Ayanionte duelliste, et je lui pardonnais ce vice odieux en faveur de son e.xiréme jeunesse, mais, tout-à coup, j'apprends qu'il se marie... Je me dis alors qu'il va se ranger... il épouse sa cousine, la plus jolie femme de Palerme... Les adorateurs ne manqueront pas autour d'elle, quand ce ne serait qu'à titre de représailles contre la vie de garçon de don Luis... Je suis venu lui offrir mes services, et, vu le besoin fréquent qu'il en aurait, je voulais même lui faire une remise sur la quantité et m'arranger avec lui au mois... Eh bien ! pas du tout! je viens de lui parler à l'instant; il m'a envoyé à tous les diables; il veut continuer à faire ses affaires lui-même, et sa femme, eût-elle trentf amans de suite, il aime mieux les tuer tous l'un après l'autre ou par eux être tué, que de I. lisser paisiblement gagner sa vie au pauvre monde. Oh î ce n'est pas vous. Monseigneur, qui commettriez ces infâmes lésineries... vous à qui les saints préceptes de votre ordre défendent le duel, et qui êtes le protecteur né de la veuve, de l'orphelin... et du bravo...

ALTAVILLA

Oh ! c'est inexcusable !..

PANDOLFO

11 n'y a plus d'eau à boire dans l'état ; aussi, voyez-vous, je prendrai un parti désespéré... je quitterai Palerme pour Naples.

ALTAVILLA

Mais puisque la famille d'Ayamonte va s'embarquer pour Naples... tu y trouveras toujours la même concurrence.

PANDOLFO

Oh ! si je vais à Naples, je changerai d'état... j'ai un oncle dans la police du Saint-Office, un t^

•^ digne homme , dont les cheveux ont blanch' dans l'espionnage. Mais je ne voudrais pas attendre pour me venger de don Luis.

ALTAVILLA

Oh ! lu voudrais te venger...

i PANDOLFO.

j Si quelqu'un avait besoin de se défaire de don Luis, j'aurais tant de joie à le servir, que je lui passerais cela pour un morceau de pain ; je ne sais même pas si je résisterai long-temps à la démangeaison que j'ai de le tuer... pour mon plaisir... oui... pour mon plaisir, comme si j'étais un gentilhomme... Je me permettrai peutêtre ce luxe-là.

ALTAVILLA

Et qu'est-ce qui te retient alors? on peut bien, quand on n'a qu'une fantaisie dans sa vie...

PANDOLFO

Oh ! vous savez, il y a un principe de l'état. un statut de la profession... Nous ne tuons pas gratis... nous y mettrions du nôtre... et puis, ensuite, j'ai une femme et quatre enfans... je n'ai pas le temps de m'amuser à la bagatelle. Il faut que j'aille chercher quelque occasion lucrative.

ALTAVILLA

Comment ! ta famille est dans le besoin, et tu ne t'adresses pas à tes amis ?.. Je t'aurais prêté quelque argent.

PANDOLFO

Comment! vous daigneriez... J'avais bien envie de vous demander... quelques avances... et vous venez vous-même... Ah ï Monseigneur... tout ce qui pourra vous être agréable!.. Tenez, je crois que si vous en vouliez à l'ai'chevêque de Palerme lui-même...

ALTAVILLA

Moi! Du tout, mon ami... si je t'oblige de cet argent, c'est uniquement pour te donner la liberté d'esprit de faire tes affaires, de suivre tes fantaisies... Fais comme pour toi, mon ami, faistoi un instant gentilhomme, et considère cet argent comme reçu pour le motif qui te plaira le plus.

PANDOLFO

Je comprends... Vous aurez donc la charité de m'avancer une poignée de ducais?

(Il lui tend la main.) ALTAVILLA.

Silence! on vient de ce côté... Je ne me trompe pas... c'est dona Juana, et Léon qui la suit... Qu'est-ce que cela veut dire? oh! je le saurai... Viens! viens!..

PANDOLFO

Mais, Monseigneur, ce que vous m'avez promis...

ALTAVILLA

Reviens ici dans une heure, et peut-être je te prêterai le double. Mais, à présent, sortons ! (Il l'entraîne par la porte secrète.) PANDOLFO.

Comme il paraît occupé de la Senora... Ah! je commence à comprendre... mais, chut!., ce n'est pas mon métier. (H sort.)

DONA JUANA, DON LÉON, ALTAVILLA, qui

reparaît derrière la porte secrète.

DOXA JUANA

Laissez-moi... laissez-moi, don Léon.

DON LÉO>"

Ce billet que vous venez de m'écrire, ce mariage qu'on m'annonce, tout cela n'est pas vrai... Oli! parlez ! parlez!..

UONA Jl A>'A.

Tout cela est vrai , don Léon ! (A part.) Don Luis a été sans pitié.

DON LÉON

Que dites-vous?.. Vous, h un autre !.. vous, perdue à jamais pour moi !..

ALTAVILLA, à part.

Je l'entends bien ainsi.

DON LÉON

Vous !.. hier, libre encore ; hier, bonne et compatissante pour un malheureux... aujourd'hui, froide et cruelle pour lui !..

DONA JUANA

Don Léon , vos reproches , que je suis bien loin de mériter, me blessent et m'allligent surtout... Ce mariage esl ordonné par mon père ; je ne puis qu'obéir.

DON LÉON

Ainsi, c'est par obéissance seulement que vous allez épouser votre cousin don Luis!.. Si vous étiez libre...

DONA JUANA, d'une voix brisée.

Don Léon, je n'ai rien à vous dire...

DON LÉON

Juana, un mot, un mot encore... Au nom de ma mère, déjà morte victime de sa famille!., dites-moi, non que vous m'aimez, ce serait trop de bonheur, mais qu'on vous contraint à cette union... dites-le moi, et je cours trouver votre père. Soit menaces, soit prières, je saurai bien empêcher ce lâche mariage, imposé par violence. Et si votre père est inexorable... eh bien! don Luis, un spadassin, ne reiusera pas mon défi... et je ne vous dis pas que je survivrai à cette horrible lutte, dona Juana; je ne vous dis pas que je vaincrai Don Luis, mais je vous jure que je le tuerai.

ALTAVILLA, à part.

Il vient d'avoir là une idée excellente pour moi.

DONA JUANA

Et en quoi mes paroles ont-elles pu vous autoriser?..

DON LÉON

Ah ! dites-moi, alors, que vous vous êtes joué à plaisir de mon amour et de mon malheur... dites-moi que ce que j'ai cru surprendre dans votre âme n'était pas même de la pitié... dites-moi que vous me haïssez... et donnez-moi, du moins, la mort d'un seul coup. DONA JUANA, à part.

Moi, le haïr !.. Oh! mon Dieu ! c'est trop souffrir!., prenez pitié de moi!

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