DE MALTE
•ses... Croyez-moi, don Léon, à votre âge, cette croix que nous portons, est lourde comme était celle du Sauveur, et le Sauveur a plié sous le poids de la sienne!..
LÉON
A mon âge, il n'y a plus d'existence, lorsqu'il n'y a plus d'espoir ! La religion est un tombeau, dites- vous, c'est pour cela que je veux y entrer. La seule affection que j'avais sur cette terre est brisée à jamais ! celle que j'aime est perdue pour moi; je viens de lui écrire que j'étais mort pour elle, je vais mourir en prononçant mes vœux... Ce ne sera plus que mou âme qui survivra pour de nobles devoirs, et dans ces devoirs que vous m'avez faits si terribles , vous en avez oublié un surtout dont la pensée fait bondir mon cœur d'une dernière joie... c'est la guerre î la guerre sainte qui mène à la gloire ou au martyre.
le prieur.
Malheureux!., tu rêves la gloire!., tu ne sais pas que, dans les triomphes des chevaliers , les périls sont pour eux... mais la gloire est à Dieu seul... un chevaher de Malte, sur le champ de bataille, n'a plus de nom... toutes les croix s'y ressemblent... mais quand tu l'aurais acquise', cette gloire , pour toi seul , elle ne serait plus qu'un poids insupportable... après la victoire, tu chercheras un père... une famille... une femme peut-êU'e... quelqu'un dont le nom aura manqué sur tes lèvres pour t'encourager dans les dangers , quelqu'un qui puisse se parer de tes succès, et tu te sentiras éternellement seul... tes douleurs seront comme tes joies... tu ne pourras les dire... alors, cet amour que tu crois éteint se rallumera plus ardent et plus implacable!.. Tu ne sais pas que le cloître silencieux ne vous laisse écouter que la voix intérieure de ces passions qui, peu à peu, s'alimentent par votre oisiveté et ressaisissent enfin l'homme tout entier. Alors, tu maudiras tes vœux, qui ne t'auront servi qu'à te faire commettre deux crimes au lieu d'un !.. lu invoqueras la Providence en pleurant des larmes de sang, et la Providence restera muette au ciel pour te punir d'avoir cédé à un moment de désespoir... Oh ! tu ne peux savoir quelles seront alors tes tortures, et de quelles jouissances, saintes et légitimes pour tout autre, ion imprudence t'aura privé pour jamais. LÉON.
Ah ! pour croire qu'un cœur brisé comme le mien puisse un jour se ranimer, vous n'avez jamais senti , je le vois , ce que c'est qu'une semblable souUrance...
LE PRIEUR
Insensé !.. écoute, Léon , je veux te citer un exemple terrible que la Providence a placé sous mes yeux ; il fut un chevalier de Malte plus fort et plus courageux que toi , il recul la croix de Malte en naissant et vécut toujours dans un cloître, cependant il vit une femme, il l'aima malgré lui... épouvanté de sa passion, il voulut l'oublier, mais en vain!., une force surhumaine retint ses pas; emporté par sa démence, il osa parler d'amour à cette femme, s'en faire aimer enfin, et i! devint parjure à sa foi, à son Uoimeur, à s son Dieu.