I.E COMTE
Il faut pourtant vous y décider: je compte partir demain, moi.
J'en suis sincèrement fâché, monsieur; j'avais espéré jouir plus long-temps de l'honneur de votre compagnie.
LE CO.MTE.
Je compte partir demain, et je ne veux pas vous laisser derrière moi.
GIULIO
Ah! Et pourrais-je savoir, monsieur, d'où vient cette soudaine résolution?
LE COMTE
Je vais vous le dire. Je suis le fiancé de M'i'^de Nangis : dans quelques mois elleseramafemme... je me fie en ses promesses, en sa vertu... j'ai la parole du baron de Cadenet... Mais il y a ici une vieille dame dont je me méfie ; elle a tenté de me nuire dans l'esprit de M"« de Nangis; elle me hait; elle est, dit-on, pleine de bon vouloir pour vous ..voila pourquoi, lorsque jepars.je ne veux pas vous laisser derrière moi.
GIULIO
Il y a beaucoup de franchise et de modestie dans une telle explication; elle vous honore, monsieur. J'avoue cependant que je ne m'y attendais pas. Vous avez le cœur sur la main, monsieur.
LE C0.MTE.
Je ne suis ni diplomate, ni courtisan.
GIULIO
Et vous avez pensé que je souscrirais sur-lechamp aux exigences de votre susceptibilité?
LE COMTE
Au contraire, monsieur ; j ai jugé que vous me refuseriez cette satisfaction.
GICLIO.
Eh bien, alors, pourquoi me l'avez-vous demandée ?
LE COMTE-
Parce que cela me convenait pour en venir au point de vous en proposer une autre... Vous êtes gentilhomme, monsieur?
*■ GIULIO
Oui, monsieur.
LE COMTE
Alors vous pouvez prévoir comment ceci va se passer. Vous partirez demain matin, monsieur; vous partirez avant moi, sinon nous nous battrons... nous nous battrons sans témoins, et l'un de nous deux restera dans ce château pour y être enterré. Je ne pense pas que vous ayez la condescendance d'accepter la première de ces deux propositions; je vous la fais pour l'acquit de ma conscience; quant à la seconde, je liens son ac-
LE CHATEAU DE SAINT-GERMAIN
complissement pour inévitable. Votre arme est sans doute l'épée, monsieur?
Gll'LIO.
Ceci est une plaisanterie, monsieur?
LE COMTE
J'ai parlé fort sérieusement, monsieur. Demain nous nous battrons à l'épée, jusqu'à ee que mort s'ensuive.
Non ; car votre défi est celui d'un fou.
LE COMTE
Et votre refus serait celui d'un lâche. Vous êtes mon rival, monsieur; vous aimez M"'^ de Xangis, et la proposition que je vous fais doit vous mettre à l'aise.
GICLIO.
Vous oubliez, monsieur, que les édits défendent le duel sous peine de mort. Le baron Drouet, Bouchavannes et bien d'autres ont été traînés sur la claie et pendus par les pieds, pour avoir failli aux ordres du roi notre maître.
LE COMTE
Cette considération ne saurait m'empêcher de vous donner toute satisfaction après vous avoir insulté. D'ailleurs nous sommes sur la frontière de Provence, à quelques lieues seulement d'Avi-
gnon : si vous me tuez, vous vous sauverez en terre papale. Votre arme, monsieur, votre arme?
On entend le son des cloches.
GICLIO.
Pardon, monsieur.. . c'est le service funèbre qui va se célébrer.
LE COMTE , avec colère.
Monsieur, vous ne m'avez pas répondu.
Le Baron euire^ suivi du chevalier Dcsgravaux, de Le'ona el des valets.
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Les Mêmes, LE BARON, LE CHEVALIER, LÉONA, Serviteurs du château.
LE COMTE, bas.
Pour la dernière fois, votre arme?
GIULIO, à part.
Mais ce duel, je ne puis l'accepter I
LE COMTE, avec le dernier emportement.
Répondez... ou une insulte publique!...
GIULIO, Pœil fixé sur l'armoire de fer. L'épée, monsieur. [A part.) Mais ce duel, mon devoir, mes sermens... je partirai.
Le Baron entre dans la chapelle, suivi de tout le monde. Guilio et le comte de jMauléon y entrent après lui.
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