ACTE TROISIEME
Le tliéâlre repri'scnle un petit salon mculile' avec beaucoup Je luxe. Des lal)leaux, Je liclies ttulurcs, un tapis, des meu- Lies élégans ; à droite de racteui-,une porte allant dans l'inle'iieur de la maison ; plus loin, de ce côte' et eu Liais, une fenêtre de laquelle on découvre la campagne et au loin le cLâteaude Saint-Germain; dans le fond, une large portefenêtre ouvrant sur un joli jardin au milieu duquel, el un peu dans le lointain, on aperçoit un élégant pavillon praticaLle ; à gaucLe, et faisant pendant à la fenêtre de droite, une porte-fenêtre ouvrant sur une autre partie du jardin.
LÉOxNA, LAURE.
Au leverdu rideiui, Léona, assise pn's d'une taLleà droite, arrange ses caries ; Laure est assise du côté de la lenêtre.
LÉOXA.
Là... voici mon jeu de cartes tout préparé. Si la fantaisie vous en reprend, je pourrai me souvenir de mon ancien métier, et vous dire votre bonne aventure...
LACRE.
Giulio!.. Giulio'... viendra-t-il donc aujourd'iiui ?
LÉONA
Mais il nesl pas tard... quatre heures viennent de sonner à l'église du Pecq ; et quelquefois le seigneur Giulio vient à minuit... vous savez qu'il ne quitte guère la cour, et que son service le relient souvent dans les appartemens de la reine!
LALRK.
Oui, son service le retient à la cour... Oh! quand je regarde les fenêtres de ce royal château de Saint-Germain, qui le soir resplendissent de clartés mouvantes; quand, a^pportés par le vent les sons d'une musique éloignée s'élèvent par intervalle, répétés par les échos de la forêt, mon cœur se sent, il me semble que mon malheur doit venir de là.
LÉOA.
Quelles pensées, madame!
Si tu savais combien je voudrais me reposer enlin de ces terribles agitations! quelles peines amères, quels doutes déchirans m'assiègent! oui, il est riche, il est puissant; il vit à la cour, et pourtant on t'a dit que personne n'y connaissait Giulio de Larj... 0 mon Dieu, mon Dieu! qui m'éclairera!
LÉONA , riant.
Mes cartes ! [D'un ton majesiueu.x. ) Vous l'avez voulu, madame... l'oracle va parler.
Elle étale son jeu de cartes sur la taLle. LAURE.
Je le veux bien... va, je suis folle I
Elle va s'appuyer sur la cLaise de Léona.
LÉO'A , d'un ton grave.
Et d'abord ce roi de cœur entre le sept de pique et l'as de carreau vous annonce d'une manière certaine que le seigneur Giulio s'appelle véritablement Giulio de Lara, qu'il occupe un emploi près de la reine , qu'il vous aime et qu'il ne vous a jamais trompée I
LAURE
Oh ! puisses-tu dire vrai !
LÉOKA , gravement.
Les cartes ne trompent jamais... Oh! oh! voici de tristes nouvelles de quelqu'un que vous avez oublié, sans doute !
LAURE
Eh! qui donc?