‹ Magasin théâtralChapitre 553 sur 1711 · SCENE Y II · texte numérisé non relu

SCENE Y II

LàURE, MAULÉON.

MACLÉON.

Ce que je vois est-il bien réel? Mais je vous ai crue morte, ensevelie pour jamais dans le gouffre de Vaucluse !

LACRE.

Ah! plût à Dieu que je fusse véritablement morte alors! Mon agonie n'eût duré qu'un moment, et depuis cinq ans! est-ce vivre, de n'oser paraître à la face du monde, et de traîner misérablement sa honte sous la volonté d'un homme? Est-ce vivre d'avoir renoncé h sa famille, à son nom, à cette estime de soi-même qui soutient et qui console? Mais si vous saviez tout, vous auriez encore pitié de moi, monsieur!

MACLÉ0>.

Oh! l'Italien! l'Italien!... Giulio de Lara!...

LACRE.

Il m'a déshonorée... et il aime à présent une autre femme... il me quitte pour elle !...

MAULÉON

Traître et lâche! Oh! je le reconnais bien là. Il n'a eu dans sa vie qu'un seul moment de courage... c'était pour défendre son secret... dans ce fatal duel où le sort a trahi mon bras! Mais j'irai le trouver, cet homme, et il faudra bien qu'il vous épouse, il le faudra! Car maintenant, Laure, vous avez un appui, un protecteur!... Voyons, Laure, voyons... il faut tout me dire, et nous aviserons ensuite aux moyens de réparer votre malheur... Courage!

LACBE.

Oh ! vous saurez tout un jour... Mais d'abord ne songeons qu'à la trahison qui me menace.

MACLÉON.

Mais cette trahison, qui vous l'annonce?

LACRE.

Depuis cinq ans je me lie aux promesses de Giulio... mille fois, il m'a déclaré que tout son désir était de m'épouser, mais qu'il fallait attendre .. Au commencement de cet été, il nous a fait quitter l'asile retiré que nous occupions à Paris, pour nous faire habiter cette campagne... Depuis que nous sommes ici, ses visites deviennent plus rares de jour en jour, et il me donne pour prétexte son service qui le retient à Saint-Germain, près de la reine-

MAULÉ0>'.

Mais quel emploi y occupe-t-il?

LACRE-

Je l'ignore .. Il ne souffre pas volontiers les questions, et il n'y répond jamais... Mais ce qui augmente mes soupçons, ce qui annonce un mystère que je veux éclaircir à tout prix, c'est que depuis quelque temps, a certains jours, et sous les plus légers prétextes, il nous fait mystérieusement partir pour Paris, Léona, Cliristine et moi. Aujourd'hui encore, nous devons quitter cette maison... et un air de lête et de luxe, des préparatifs dans le pavillon du jardin, me donnent l'assurance qu'il reçoit une femme en ce lieu... Oui, tout me présage cette abominable trahison.

Page 1