‹ Magasin théâtralChapitre 565 sur 1711 · SCENE ly · texte numérisé non relu

SCENE ly

Les MÊMES, hors Lk TOURIERE, CHRISTINE

derrière la grille.

SOEUR DE LA MISÉRICORDE, prés de la fjrille et appelant d'une voix tremblante.

Christine!...

CHRISTINE, derrière la yrille et en pleurant. Qui m'appelle? est-ce vous, ma mère?

§OEUR DE LA MISERICORDE , à part.

Elle pleure ! ( Haut. ) Oui, mon enfant ; oui c'est moi, moi, votre mère!

CHRISTINE

Vous ! ah ! je ne vous espérais plus ! je croyais qu'il ne me serait pas même permis de vous parlera travers cette fatale grille. . et je pleurais.

SOEUR DE LA MISÉRICORDE

Séchez vos larmes... je suis là.

CHRISTINE

Oh: je ne pleure plus.. .je suis heureuse ! Mais, ma mère, parlez, parlez-moi... toujours, toujours ! que j'entende votre voix... Hélas! il y a si longlemp qu'elle n'a retenti à mon oreille, cette voix si douce et si chère à mon cœur !

SOEUR DE LA MISÉRICORDE

Oui, il y a douze ans que nous sommes séparées, mon enfant, il y a douze ans que je vous ai dit adieu, en appelant sur votre tête la bénédiction du ciel !

CHRISTINE

Depuis ce triste jour, je suis venue bien souvent vous demander au parloir... mais sans doute on ne vous l'a jamais dit... Oh! non... et vous alors, vous m'accusiez... vous me reprochiez de vous avoir oublié... Vous oublier!... vous, ma mère... non... non!... tous les jours je pense à vous; tous les jours je prie Dieu pour votre bonheur.

SOECR DE LA MISÉRICORDE, à part.

Chère enfant I

CHRISTINE

C'est que je vous aime, ma mère! cet amour est ma force, ma consolation, ma vie... mais que je voudrais vous voir... vous voir seulement un instant!... Hélas! si vous écartiez ce rideau...

Sœur Mailcleine el sœur Marie lournent aussitôt leurs re- Cards .lu côte Je sœur de la Miséricorde.

SOEUR DE LA MISÉRICORDE , S apercevant de leur mouvement.

Rassurez-vous, mes sœurs, rassurez-vous... la règle m'ordonne de ne pas ouvrir ce rideau, j'obéirai. [A part.) 0 mon Dieu, c'est à toi que je dois ce courage !

CHRISTINE

Mais que je voie du moins quelque chose de vous, ma mère, votre main, votre robe.

SOEUR DE LA MISÉRICORDE

Chistine, mon enfant, agenouillez-vous, baisez ce rosaire.

SOEUR MARIE , à sœur Madeleine.

Que de résignation, que de calme!..

SOEUR DE LA MISÉRICORDE, retirant vivement sa

main d'entre les plis du rideau et la portant à

ses lèvres.

Ah! sa main, je crois, a touché la mienne !

CHRISTINE

Ma mère, ce rosaire est le vôtre ; donnez-le-moi, par grâce, par pitié, donnez-le-moi I

SOEUR DE LA MISÉRICORDE, détachant son chapelet el le faisant (jlisser entre les barreaux de la grille.

Tenez, mon enfant !

CHRISTINE

Merci, merci mille fois, manière... ce rosaire ne me quittera jamais... Hélas! vous n'avez rien de moi, vous?

SOEUR DE LA MISÉRICORDE

J'ai votre image; elle ne s'est pas effacée de mon cœur durant tant d'années d'expiation et de repentir. Il y a douze ans que je ne vous ai vue, mon enfant; mais je vous ai toujours devant les yeux... telle que je vous embrassai pour la dernière fois, toute petite, innocente et belle comme un ange du ciel !

CHRISTINE, avec désespoir.

Ma mère! ma mère; je ne vous verrai donc jamais ! je mourrai donc sans vous avoir vue! SOEUR DE LA MISÉRICORDE, froissanl le rideau et à part.

Ah! si j'osais !.. si j'osais !

CHRISTINE, avec larmes.

Ne pas se souvenir des traits de sa mère ! ne pas la voir au moins dans sa pensée... Oh! c'est affreux !

SOEUR DE LA MISÉRICORDE, à part.

Sa douleur me tue; mon Dieu, mon Dieu, double mon courage.

CHRISTINE, d'un ton suppliant et avec des sanglots.

Ma mère, vous voir un instant ! ou je meurs!

SOEUR DE LA MISÉRICORDE

Je n'y résiste plus; Christine! {Arrachant le rideau.) Voilà ta mère!...

Sœur Madeleine et sœur Marie se sont soudain levées et recouvertes de leurs voiles.

SOEUR MADEUEINE, entraînant sœur Marie.

O profanation... profanation !

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