‹ Magasin théâtralChapitre 582 sur 1711 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

MAZARIN, 3ÎAULÉ0N.

MACLÉON , à part.

C'est lui!-..

MAZARIN

Approchez. C'est vous qui avez tiré lépée aux environs d'une résidence royale et contrevenu aux édits de sa majesté contre le duel?

MAULEON.

C'est moi, monseigneur!

MAZARIN

C'est vous qui avez blessé mon neveu Philippe de Mancini ?

MA€LÉON

C'est moi. J'ignorais que mon adversaire fût votre neveu , monseigneur. Je n'ai vu qu'un homme qui voulait faire violence à une femme... J'aurais connu M. de Mancini, que j'aurais agi de même.

La loi est inexorable, vous le savez... Avezvous réfléchi aux périls de votre position!... je sais que Philippe de Mancini est comme vous en état de rébellion aux ordres du roi... mais il est blessé, et la loi se laisse quelquefois fléchir pour le vaincu.

MAULÉON, souriant.

Surtout, quand le vaincu est le neveu de monseigneur Mazarin.

MAZARIN

Demain, vous comparaîtrez devant le grand prévôt... vous savez que ses jugemens sont sans appel et qu'ils s'exécutent sans délai... Que pourrez-vous dire pour votre défense? En supposant que vos juges soient disposés à se laisser fléchir, qui prouvera que vous avez agi en loyal adversaire, que ce duel sans témoins n'a pas été un assassinat?

MACLÉON.

Qui le prouvera? une déclaration de mon adversaire, qu'il a de lui-même fait adresser à mes juges.

MAZARIN

Et que direz-vous devant le tribunal ' Comment expliquerez-vous ce duel avec un homme que vous n'aviez jamais connu... [L'cjcaminani. ^ Et pour une jeune fille?

MACLEON.

Que je ne connais pas non plus, monseigneur, je vous le jure ici sur l'honneur,., ce que je dirai devant mes juges, la vérité, et rien de plus... monseigneur.il y a d'étranges rapprochemens!... Cette maison où m'avaient attire les cris d'une femme fut de tout temps vouée; à la séduction et à la honte... Là une autre femme avait longtemps souffert, tenant un enfant dans ses bras... là, long- temps après, une jeune fille se débattait encore sous léireinte et dans les bras d'un ravisseur... n'est-ce pas, monseigneur, qu'il y a des lieux prédestinés?

MAZ VRIN , à part.

Quel est donc cet homme? ( Haut. ) "Vous avez refusé de faire connaître votre nom?

MAULÉON

J'ai dit qu'il ne serait connu que de vous.

MAZARIN

Êtes-vous prêt à tenir votre parole?

MAULÉON

Sans doute , monseigneur î

LE CFIATEAU DE SAINT-GERMAIN

MAZARIN

Qui êtes-vous donc ?

MArLÉON.

Je suis le comle de Mauléon !

SIAZARIN, à pari, avec trouble.

Mauléon ! ( Hatit. ) 11 y a contre vous un arrêt de proscription... Vous aviez pris parti pour les princes contre le roi, vous ne pouviez rentrer en France.

MADLÉON.

Aussi, monseigneur, ne voulais-je confier qu'à vous le motif secret de mon retour.

MAZARITî.

Parlez, monsieur, je vous écoute.

MArLÉON.

Une pauvre fille, nommée Christine de Lara, n'a plus dans le monde que moi pour appui... proscrit, errant à l'étranger, je ne l'avais pas vue depuis dix ans; ses lettres, où je voyais grandiretse développer son intelligence, m'eiprimaientl'amour d'une fille pour son père... La pauvre enfant me peignait aussi son désespoir... car elle était seule dans le monde, et le cloître s'était pour jamais fermé sur sa mère! Elle n'avait ni nom, ni famille; car ce nom de Lara n'était qu'un mensonge, et c'est là tout ce que lui avait légué son père!... Que pouvais-je lui donner? moi... de l'or, rien de plus! Tout-à-coup, une crainte immense vint me saisir : si j'allais mourir, et laisser cette pauvre enfant sans nom, sans fortune, sans avenir ! Alors, l'idée me vint de rentrer en France malgré tous les dangers que je pouvais courir, de me confier à votre générosité, monseigneur, et de vous dire: «Suspendez pendant huit jours seulement, l'arrêt qui m'a proscrit; il s'agit de donner un nom à une pauvre enfant et de l'enrichir !... Laissez-moi huit jours ici, monseigneur, et supprimez de mon arrêt de proscription cette clause cruelle qui me défend d'aliéner mes biens et d'en disposer à mon gré... Monseigneur, vous aurais-je dit, il y a un temps pour le pardon et la clémence, je ne vous demande qu'une grâce, laissez-moi adopter Christine pour mon enfant, et lui faire donation de tous mes biens! Quelle soit après moi riche et heureuse ! et qu'elle se nomme Christine de Mauléon !... Voilà ce que je voulais obtenir de vous, monseigneur, et voilà pourquoi je rentrais en France.»

MAZARiN, é)ini, se remet.

Continuez, monsieur!

MAULÉON

Arrivé à Paris, ma première pensée fut d'aller vous trouver sur-le-champ, monseigneur, au château de Saint-Germain... Je traversais à cheval la forêt, il faisait nuit. Arrivé devant cette petite maison du Pecq dont je vous ai parlé, je sentis mon cœur se briser, et je fus arrêté par une force irrésistible; tout-à-coup des cris frappent mon oreille... c'était la voix d'une jeune fille qui semblait se débattre contre la violence... Au secours, criait-elle... laissez-moi 1... je m'élance vers une fenêtre d'où partaient ces cris... La fenêtre cède à

mes efforts... Une jeune fille toute éperdue se précipite vers moi comme vers un sauveur envoyé du ciel!... Je tire l'épée pour la défendre... A cette vue, elle tombe sans mouvement, vous savez le reste, monseigneur. Arrêté presque aussitôt parles gardes de la prévôté, j'appris que l'homme que j'avais trouvé attentant à l'honneur d'une femme, dans cette maison de si funeste souvenir, était le neveu de monseigneur le cardinal Mazarin.

MAZARIN dans le plus grand trouble.

Que voulez-vous de moi maintenant, monsieur?

UADtSON.

Le vœu que j'avais formé comme proscrit , je viens vous l'exprimer, monseigneur, avec plus d'instance encore, à la veille d'une condamnation capitale.. {Prcseniaut un poriefeuille à Mazarin.) Dans ce portefeuille çst un acte d'adoption par lequel je reconnais Christine de Lara pour ma fille, et je lui lègue tous mes biens... ne vous refusez pas, monseigneur, à exécuter cette volonté dernière, à assurer le sort d'une malheureuse orpheline... et maintenant, monseigneur, encore une grâce.

HAZARIIC.

Parlez !

MAULÉON remettant une lettre à Mazarin.

Cette lettre est adressée à M"" Christine de Lara... Je l'instruis du malheur qui m'a frappé... veuillez la lui faire parvenir, et si elle vient à Saint-Germain , monseigneur, laissezmoi la consolation de l'embrasser avant de

mourir...

MAZARIN , prenant la lettre.

Celte lettre , monsieur, lui sera remise...

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