SCENE IX
FRÉDAGE, ARVIDE.
ARVIDE.
J'allais entrer au palais pour t'y chercher... Mais qu'as-tu donc ?
CHRISTOPHE LE SUEDOIS
FREDAGE.
Arvide!... que t'ai-je promis pour ta part? et que m'as-tu demandé ?
ARVIDE.
Pour ma part de la bonne capture?
FRÉDAGE.
Oui.
ABTIDE.
Des florins tant qu'il y en aura... et tu m'as dit qu'il y en aurait toujours.
FRÉDAGE.
Et si demain j'avais tout perdu?
ARVIDE.
Et comment?
FRÉDAGE.
Arvide ! de tous les déportés massacrés, il en reste un qui est maintenant à Stockholm, et qui n'a qu'un mot à dire pour prouver que j'ai menti.
ARVIDE
Je le sais bien... je l'ai vu.
Toi aussi!... Tu l'as bien vu?
ARVIDE.
Comme je te vols... car il m'a parlé ici... à cette même place.
FRÉDAGE.
Il t'a parlé?.. . Que t'a-t-il dit?
ARVIDE.
En peu de mots... qu'il veut se venger de toi, te faire trancher la tète et m'enrichir.
FRÉDAGE.
Et tu as refusé?
ARVIDE.
Moi, je ne sais pas trahir un frère... j'ai de la vertu dans mon métier, et j'ai rapidement compris ce que tu dois comprendre...
FRÉDAGE.
Quoi donc?
ARVIDE.
Qu'il faut absolument qu'il soit mort avant demain... et je lui ai préparé un piège...
FRÉDAGE.
Lequel?
ARVIDE.
Je lui ai donné cette nuit rendez-vous dans la maison isolée que j'habite à l'extrémité du faubourg du Nord, et j'accourais pour te dire qu'il va bientôt se livrer en insensé, et qu'il faut se hâter pour arriver avant lui... Viens!... FRÉDAGE , l'arrêtant.
Mais on s'étonnera de mon absence au palais.
ARVIDE.
Tu la justifieras plus tard.
FRÉDAGE.
Je crois qu'il vaut mieux que je rentre au palais... oui... pour distraire... pour occuper toutes les pensées.
ARVIDE.
Non pas... Nous devons tout partager, frère... et je ne veux pas me charger de la besogne, tandis que toi tu seras au bal... Et d'ailleurs ce n'est pas au palais qu'il faut veiller... car Severin a,
d'après tes ordres, si bien animé tous les citoyens, que pour te fêler cette nuit toute la ville est en éveil... et à deux, en pareil cas... tandis que l'un agit, l'autre doit veiller pour la sûreté commune... Viens... je frapperai... tu veilleras... dépêchons.
FRÉDAGE.
Mais demain l'on retrouvera son cadavre...
ARVIDE.
Etl'on ne cherchera pas son assassin... N'était-il pas proscrit ?
FRÉDAGE.
Il est hors la loi.
Sa mort ne peut nous inquiéter... mais sesrévélations nous perdraient... Tu hésites encore I... Mais tu veux donc attendre que demain cet homme soit rencontré par le régent?
FRÉDAGE.
Non.
ARVIDE.
Qu'est-ce donc alors? la peur! Tu es bien brave avec le bras des autres... Allons, allons... je ne veux pas m'arrêter eu si bon chemin.
FRÉDAGE , s'animant.
Ni moi non plus, Arvide... et si tu le veux, je frapperai...
ARVIDE.
Non pas... j'ai meilleure confiance en moi.
FRÉDAGE.
Où est ta maison?
ARVIDE.
Par ici.
FRÉDAGE.
Conduis-moi.
ARVIDE.
Non, par cette rue.
FRÉDAGE.
Laquelle?
Celle-ci.
FRÉDAGE.
Elle est bien noire !
ARVIDE.
Tant mieux.
Il reiîtraîne ; tous deux montent, en causant avec agitation, la rue de droite ; au même instant Cbristoplie, André, Marguerite paraissent dans la rue de gauclie, et Chrisloplie, leur de'signant du doigt le palais, les amène sur la place. Les deux autres ont disparu. Marguerite s'appuie sur le bras de son père; elle est presque de'faillante.
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