‹ Magasin théâtralChapitre 689 sur 1711 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MARGUERITE, BEITY, GEORGES.

Ah ! te voilà enfin !

GEORGES

Oui, enfin, ma mère... Betty, sortez.

BETTY, à part.

Il va se passer ici quelque chose d'e'trange.

(Elle sort.) GEORGES.

Milady, a-t-on exécuté mes ordres?

MARGUERITE

Oui , mon fils.

GEORGES, montrant la chambre à droite, au fond. Tout est prêt là ?

MARGUERITE

Tout.

GEORGES , montrant la chambre à gauche.

Et là?

MARGUERITE

Tout.

GEORGES

Bien.

(II dépose son épée.)

MARGUERITE

Georges , à présent que j'ai accompli aveu- ;;léaient tous tes ordres, me permettras-tu de le demander la raison de ces choses?

Oui , ma mi re.

MARGl'IîniTE.

Fourtiuoi ce billet que tu m'as fait écrire à lord Campbell.

GEORGES

Pour l'attirer seul ici, pour le tenir entre mes mains et le forcer de faire la seule chose (pie je veuille lui demander.

MARGUERITE

Quelle est- (Ile ?

eys

GEORGES

Oh! une chose bizarre assurément... une chose monstrueuse et intolérable en toute circonstance, mais nécessaire et juste dans celleci... Je veux que lortl Campbell épouse lad y Marguerite Glenarvon.

MARGUERITE

Moi , Georges !

GEORGES

Vous , ma mère !

MARGUERITE

Georges , je ne puis te croire.

Par la tête de mon père, qui est mort, je vous jure que cela est vrai.

MARGUERITE

Mais, Georges, tu n'y penses pas!... moi, lady Glenarvon , épouser lord Campbell !... moi, épouser l'ennemi de notre famille !... moi , épouser l'assassin de mon époux et de mon fils!... moi, épouser Campbell !... Non, non! par le ciel , non !... c'est là une chose odieuse et infâme que je ne puis pas faire et que je ne ferai pas.

GEORGES

Ma mère...

MARGUERITE

Non , te dis je !... quand même je pourrais à ce prix faire revivre les deux autres; non, quand on devrait pour cela te tuer sous mes yeux... non, non!... mille fois non !...

GEORGES

Vous voulez donc, ma mère, qu'après le malheur vienne l'infamie?... Vous voulez donc que ce qui reste des Glenarvon porte un nom déshonoré ?... Vous voulez donc que lord Campbell puisse dire : Lord Glenarvon, c'est un bâtard, peut-être, et lady Glenarvon est à coup sur ma maîtresse.

MARGUERITE

Ciel!...

GEORGES

Car il a le droit de le dire et il le dira , ma mère. — Il dira : Cette lady Glenarvon , si fière et si dédaigneuse, lady Glenarvon, la noble et la puritaine, c'est ma maîtresse!... — Et, si quelqu'un doute, il appellera ses valets en témoignage , et ils répondront : C'est vrai !... c'est sa maîtresse !

MARGUERITE

Mais c'est qu'il a raison , mon Dieu !

GEORGES

Oui , j'ai raison ; et j'ai raison encore quand je vous dis d'épouser cet homme; car, sans cela, d y aura sur nous tant de honte que nous courberons la tête plus bas que des courtisans ; que chacun s'é<jartera à notre approche, comme à l'approche des pestiférés ; que l'air sera à l'enlour de nous plein de moqueries et d'injures ; et (jue, quand nous nous picsenterons morts au

ciel, mon père détournera de nous sa face et dira : « Je ne vous connais pas ! »

MARGUERITE

Mais que faire ?

GEORGES

Et , prenez-y garde ma mère, il laisse, mort, sa réputation vivante; et il ne faut pas que nui y vienne porter des mains sacrilèges. — Sa tête a pu tomber, son honneur doit rester debout! — Et, si un homme a eu la puissance de lui dresser un échafaud , il faut veiller à ce que personne, personne ne puisse cracher sur sa tombe.

MARGCERITE.

Georges !

GEORGES

Car nul ne doit avoir le droit de mépriser la veuve du comte Glenarvon; et, si vous me refusez, tout le monde aura ce droit, ma mère.

MARGUERITE

Mais, Georges, c'est une chose bien odieuse que ce mariage.

GEORGES

Odieuse, mais nécessaire; il le faut, il le faut , je vous le dis.

MARGUïnilTE.

Allier le nom des Glenarvon à celui des Campbell !

GEORGES

Eh bien, ce ne sera pas vous qui commencerez.

MARGUERITE

Comment ?

GEORGES

Harry Glenarvon avait rendu mère CJary Campbell , et Georges Glenarvon vient d'épouser Clary Campbell , parceque cela était juste ; or loid Campbell a déshonoré iady Marguerite Glenarvon, et il épousera Iady Marguerite Glenarvon , parceque cela est juste.

MARGUERITE

Mais je ne pourrai pas vivre un jour avec cet homme.

GEORGES

Aussi vous n'y viviez pas une heure , je vous jure.

Nous partirons?

GEORGES

Oui , vous partirez, ma mère. — La bénédiction du prêtre une fois donnée , vous quitterez à l'instant l'Angleterre, emportant avec vous la seule chose qui désormais nous intéresse, l'honneur de notre famille. — Et vous ne serez jamais pour moi la femme de lord «Campbell , mais la veuve de lord Glenarvon, ma mère chérie et vénérée.

MARGUERITE

Georges !

GEORGES

Allons , ma mère , vous me le promettez ; cela

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