SCENE II
STELLA, VENETTI.
VENETïi, entrant par la droite, et allant regarder par la porte du fond.
Ah çà !... ah çâ, mais...
Ciel!
VENETTI.
On ne déjeune donc pas dans cette sainte maison?
Il va à la porte de gauche»
STELLA, l'examinant.
Je ne me trompe pas, j'ai déjà vu cet homme, c'est lui qui accompagne le marquis de Fieramonte chaque fois qu'il vient ici.
VENETTI, l'apercevant.
Ah! enfin, voici quelqu'un, une pensionnaire... Eh ! mais c'est la signera Stella ; attention , tenons-nous sur nos gardes.
STELLA, à part.
Que vient-il faire? les craintes de ma mère vont-elles donc se réaliser?
VENETTI, à part.
N'oublions pas qu'il m^est expressément défendu de rien dire devant elle qui puisse lui faire soupçonner le secret que monseigneur s'est réservé
réservé de lui apprendre lui-même. Pardon, signora, j'aurais désiré savoir, la matinée avance, et j'ai l'habitude chez mon maître...
STELLA
Le marquis de Fieramonte?
vENETTi, à part.
Ilein ! elle me reconnaît. {Haut.) Oui, je suis son majordome.
STELLA
Et il TOUS envoie... vous venez...
VENETTI.
Non, je suis venu hier, c'est-à-dire, on m'a transporté dans cette pièce {il montre la droite) destinée à recevoir les pèlerins, les pauvres voyageurs ou les êtres qui souffrent et réclament des soins pressans, ( chancelant ) et vous voyez en moi...
STELLA, avançant un siège.
Vous souffrez?
VENETTI, s'asseyant.
Beaucoup, là, j'éprouve un grand vide, une profonde faiblesse dans la région de l'estomac : ce '•'est pas étonnant, depuis hier je n'ai pris qu'un Dain, un bain froid et de l'eau, une grande quantité d'eau, et je sens que s'il me fallait attendre une heure encore le déjeuner...
Vous oubliez, signer, que c'est aujourd'hui vigile et jeûne.
YENETTi, se levant.
Et jeûne... {se laissant retomber) et jeûne 1
STELLA
Sans doute, la veille de Noël !
VENETTI, avec découragement.
Ah! c'est juste 1 cela m'avait échappé. Pourtant hier dans le fleuve, j'en faisais la réflexion, oui, je me disais tout en... {il fait le geste de se débattre dans l'eau en frissonnant) ah ! ahl nous devons être bien près de Noël.
STELLA, à part.
Ah! si j'osais l'interroger, peut-être connaît-il les projets.
VENETTI.
Et vous croyez que pour un pauvre malade on ne pourrait pas enfreindre la règle... oh! seulement d'une ou deux tranches de jambon?
STELLA
Je ne ne sais; mais il sera bientôt midi...
VENETTI.
Bientôt! ah! vous me consolez, signora, et sien attendant j'avais seulement un peu de cette liqueur, de ce cordial si souverain dont quelques gouttes ont suffi pour me ranimer hier...
STELLA
Attendez, le flacon doit être placé dans la salle des secours, je le connais; désirez-vous...
Ah t signora, tant de bonté...
STELLA
AtUKdez, attendez.
Elle entre à droite,
VENETTI.
C'est un ange , douce, belle, charitable comme sa mère, et je ne conçois pas la rigueur de M. le marquis; après ça il a sans doute quelques projets ; avec son immense fortune, son ambition, je soupçonne même que son voyage à Bologne où il est encore...
On aperçoit Mate'o, Juliani et quelques religieuses qui traversent le jardin.
MATÉo, en dehors, en costume de Van-Brock. Je m'estimerais trop heureux, signora...
Il disparaît.
VENETTI, qui a tressailli, prêtant l'oreille avec effroi.
Ah, mon Dieu! cette voix! j'ai cru entendre... {Il regarde autour de lui.) Non, personne, ce sont les ouïes qui me tintent d'inanition.
STELLA, accourant.
Tenez, tenez.
Elle lui donne un petit flacon.
VENETTI.
Oh ! merci ! oh ! merci I {il le débouche etenprend quelques gouttes) oh! merci!
Cela vous donnera peut-être assez de forces pour retourner auprès de votre maître... (at;ec intention, en l'observant) qui doit être fort inquiet.
VENETTI.
Oh! non, M. le marquis ignore mon sinistre, il est absent.
STELLA, de même.
Absent... pour... long-temps?
VENETTI, qui buvait.
Hem! hem! ça dépend. ( A lui-même. ) Je lui trouve un arrière-goût de vespétro.
STELLA
Comment peut-il se séparer d'un serviteur qui lui est attaché depuis tant d'années... dix ans, je crois?
VENETTI.
Oh 1 il y a bien plus long-temps que cela.
STELLA
Bien plus!. . alors vous avez connu la signora Angola?
VENETTI, étonné.
La signora Angela I
STELLA
Oui, sa fille.
VENETTI, effrayé, mettant le flacon dans sa poche.
Sa... Qui vous a dit?... ce n'est pas moi, toujours.
Non, non, je le sais. Ahl signor, vous l'avez connue, vous avez connu ma mère?
\Eïi%Tîi, plus effrayé, se levant.
Sa mère ! .. . Quoi I vous savez. .. elle sait qu'elle "1 a... Vous savez que vous avez en une mère? mais commeut, commeuti par qui?
MATÉO, OU LES DEUX FLORENTINS
STELLA
Ahl de grâce, signor, parlez-m'en, parlez-moi de ma mère I
VBNETTi, s'éloîgnant.
Moi ! le ciel m'en préserve! c'est déjà trop de vous entendre, je me compromets horriblement I STELLA, l'arrêtant.
Signor, écoutez-moi; que pouvez-vous craindre? Cédez à mes prières... hélas! ce sera la première fois...
VENETTI.
Impossible, signora.
STELLA
Eh bien 1 de lui, du moins... de mon père?
vESETTi, se laissant retomber.
Ah 1 mon Dieu !
STELLA
De sir Reynolds.
Je suis perdu ! tout est perdu, et monseigneur qui croira... Signora, je vous en prie, avouez-le, vous étiez présente hier quand on m"a amené ici, n'est-ce pas? j'aurai eu le délire, le transport, j'aurai dit des absurdités j oh ! je me connais, c'est mon habitude dans ces cas-là ; mais croyez-moi, la. vérité est que vous n'avez jamais eu...
STELLA
Encore une fois, rassurez-vous, ce que je sais je l'ai appris par un autre que vous.
VENETTI.
Un autre! {Â part.) 0 ciel! ce scélérat de Matéo serait-il déjà parvenu... {Haut. ) Ce secret, signora, vous l'avez su...
STELLA
Par ma mère elle-même.
VENETTI, regardant autour de lui avec épouvante.
Votre mère, c'est votre mère qui vous a dit... (Se tâtant et se frottant les yeux.) Ah çàl... mais voyons donc, voyons donc, c'est la suite de mon accident, j'ai le cauchemar.
STELLA
Non. (A elle-même.) Mais cette lettre qu'une amie sûre et dévouée lui avait promis, à son lit de mort, de me remettre secrètement...
VENETTI, respirant.
Ah! à la bonne heure, aussi je me disais : Que diable, je ne suis pas né d'hier, et il n'est pas possible que votre mère... du moins, ça me paraissait bien invraisemblable... (Apart.) Etmonseigneur qui ne se doute de rien...
STELLA
Eh bien I refuserez-vous encore ?
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