‹ Magasin théâtralChapitre 746 sur 1711 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Le théâtre représente une cour d'auhcrge formant terrasse au hari de la mer ; à droite , un pavillon ; a gauche , une maison à deux portes, allant jusqu'au parapet ; au fond, la pleine mer. Au bord de la terrasse, un parapet sur lequel on arrive par trois marches qui le prolongent ; au bout du pavillon a droite, un arbuste ; entre le pavillon et le parapet une allée qui conduit dans la cour d'entrée. On est censé voir du parapet , à droite , un navire et le port et 'a gauche des rochers. .' '

JÉRONIMO, puis VE^'ETTI.

lÉRONiMO, il est occupé à raccommoder un filet

suspendu à l'arbuste du pavillon; on entend

frapper en dehors.

Hein! cette fois je ne me trompe pas , on a frappé. {Alacoiiitohtmde.) Marinetla, ouvrez donc, on frappe; quelque voyageur sans doute: il est cependant plutôt l'heure de se mettre en route ^ue de rentrer au gîte.

VENETTI, couvert d'un grand manteau tous lequel il cache un paquet.

Vous êtes l'hôtelier?

lÉRONIUO.

Pour vous servir.

VENETTI.

Vous vous appelez Jéronimo?

JÉRONIMO

Oui, signor.

MATEO, OU LES DEUX FLORENTINS

VESETTI.

VOUS l'attendez ce matin ?

JÉROXIUO.

vENETTi, déconcerté. ne... hum!... c'est diÊférent, j'avais

TEKETTI.

Bien... Vous avc^ à Florence une nièce nommée Michelâ?

JÉRONIUO.

En efi'et.

Très-bien

Moi, non.

Ahl vous supposé...

JÉRONIMO

Mais pourquoi?

VENETTI. *

Je vais vous le dire. {Avec précaution.) Signor Jéronimo, peut-on compter sur votre silence?

JÉROSIMO.

Toujours, quand on...

VENETTi, fouillant dans sa poche.

Quand on vous le demande.

JÉRONIMO

C'est cela.

VENETTl.

Et qu'on vous le paie. (Mouvement de Jéronimo.) Oh! je suis dans une auberge.

JÉRONIMO

Les loyers sont si chers, le fisc si exigeant, l'impôt si...

VENETTi, lui montrant une bourse.

Cette bourse contient cent ducats, (mouvement de Jéronimo) et si vous me promettez...

JÉRONIMO

Ah ! signor, je ne suis qu'un pauvre hôtelier; mais je professe la plus grande délicatese.

VENETTI.

Et le le désintéressement le plus... ( Il lui met la bourse dans la main) touchant.

JÉRONIMO

Il s'agit donc?

VENETTI.

Cette nuit, deux ravisseurs, aidés par votre nièce Michela, ont enlevé la fille unique du marquis de Fieramonte, mon maître.

JÉRONIMO

Il serait possible! quoi, Michela!

VENETTI.

Dès que la fuite de la signera a été connue, je me suis élancé sur un cheval, et quel cheval ! je ne suis pas né d'hier, et jamais je n'ai... enfin, c'est au point que je suis... vous concevez dans quel état? De Florence à Livourne, en cinq heures, lorsqu'on n'a pas l'habitude...

JÉRONIMO

C'est vrai.

VENETTI, à part.

Depuis trois jours, ce Matéo me fait faire une foule d'exercices plus exorbitans les uns que...

JÉRONIMO

Ainsi vous avez parcouru soixante milles...

VENETTI.

Ventre à terre, c'est-à-dire, pas moi, la bêie.

JÉRONIMO

Oui, oui.

VENETTI.

Aussi je vous demande un peu si je dois être indisposé ; mais ça m'est égal , pourvu que je réussisse, et que je me venge enfin de ce scélérat.

JÉRONIMO

Enfin?

VENETTI.

Enfin, j'ai rejoint les fugitifs à quelques lieues d'ici, un peu avant le jour, au moment où iis changeaient de chevaux ; j'ai cru un instant que je me trompais; car les deux ravisseurs et la signera étaient déguisés.

JÉRON'IMO.

Déguisés !

VENETTI.

Oui; mais j'ai reconnu Michela.

JÉRONIMO

Encore une fois, comment ma nièce se trouvet-elle mêlée...?

VENETTI.

Ah! comment! voilà bien ce qui me confond moi-même : protéger la fuite de la signora avec ce Juliani qu'elle devrait détester maintenant; mais ces femmes ont des tètes et des cœurs... en vérité, ça n'a pas le sens commun. Bref, j'ai galopé derechef, et je suis arrivé avant eux à Livourne, où ils viennent s'embarquer : or, je suppose que Michela amènera ses compagnons chea vous ; la position de votre auberge située hors de la ville, au bord de la mer , favoriserait leurs projets.

JÉRONIMO

En effet, la mer bat au pied de cette terrasse.

VENETTI, regardant le fond avec inquiétude.

Oui, oui, je l'entends... je... ( se- levant sur la pointe des pieds ) elle me parait même assez en train de...

JÉRONIMO

Oui, elle est fort agitée.

VENETTI, s' éloignant de la mer.

Vous avez choisi là un emplacement bien dangereux; uepouviez-vouspas en trouver...

JÉRONIMO

Un meilleur? vous êtes difficile... une vue, une perspective superbe...

VENETTI, « part.

Oui, belle perspective 1

JÉRONIMO, allant au fond.

Tenez, d'ici on aperçoit une partie de la ville, les quais, l'entrée du port, la rade; si vous désirez monter sur ce parapet?

VENETTI.

Merci, non, plus tard; je suis venu icipourdécouvrir les fugitifs.

JÉRONIMO

Et les arrêter ?

VENETTI.

Moi! et comment, je suis seul. (Avec mystère.) Non, mais je compte rester ici en observation, pour entraver leurs desseins et retarder leur dé-

part jusqu'à l'arrivée de monseigneur qui a dû se mettre en route avec des ordres.

JÉnONIMO.

Très-bien; mais si les autres vous aperçoiToat, vous reconnaissent?

VENETTi, avec cffroî.

S'ils me... (Regardant autour de lui.) Ne dites donc pas de ces choses-là; au surplus... (mon^rr»!? lepaquet) je viens de prendre mes mesures; procurez-moi seulement une chambre, un cabinet, d'où je puisse tout voir, tout entendre.

JÉRONIMO, ouvrant une porte ù gauche.

Je pense que d'ici...

VENETTI.

Parfait! je vais prendre à mon tour l'enveloppe de ces astucieux ravisseurs, puis empruntant leurs manières, leur ton, leur langage...

JÉRONIMO

Je comprends.

VENETTI.

Que voulez-vous! ça répugne à mon caractère; mais si la brebis veut vivre parmi les loups, il faut bien qu'elle fasse comme eux.

JÉRONIMO

C'est juste.

VENETTI, allant pour sortir.

Surtout pas un mot à votre nièce, car alors... {Regardant le fond.) Je suis bien fâché que vous demeuriez... après ça, je sens que le désirdeme venger me donne un courage... et Matéo serait là...

MICHELA, en dehors.

Dans la cour.

VENETTI, s'arrêtant effrayé.

Écoutez.

MICHELA

Sur la terrasse I {Elle entre.) Bien, bien.

VENETTI.

Michelal Eh! vite!

11 se précipite dans la maison, première porte à g.iuclie.

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