SCENE I
LANDRY , seul , calculant.
Douze marcs d'or!... cela fait, si je compte bien, six cent dix-huit livres tournois... Si le capitaine tient sa parole et me compte cette somme en échange de cette petite boîte de fer dont je ne donnerais pas six sous parisis , je pourrai suivre son conseil et devenir honnête homme... Cependant il faudra faire quelque chose... que ferai-je?... Ma foi! avec mon argent je lèverai une compafjnie; j'en prendrai le commandement ; je me mettrai au service de quehjue grand seigneur ; j'empocherai ma solde tout entière, et je ferai vivre mes hommes sur les manants. Vive-Dieu ! c'est un état où ni le vin, ni les femmes ne manquent ; puis, s'il passe quelque voyageur un peu trop chargé d'or ou de marchandises, comme le royaume des cieux est sur-tout pour les pauvres , on leur en facilite l'entrée. Sang-Dieu ! voilà , si je ne me trompe, une honnête et joyeuse vie; et, pourvu qu'on accomplisse fidèlement ses devoirs de chrétien , qu'on rosse de temps en temps quelque Bohême, qu'on écorche quelque juif, le salut m'y paraît une chose aussi facile que d'avaler ce verre de vin... Ah ! voici le capitaine.