BURIDAN, GAULTIER
ECRIDAN, souriant.
Je croyais que vous connaissiez mon nouveau titre et mon nouveau nom, messire Gaultier? je me trompais , ce me semb'e ; depuis ce matin on menommeLyonnetde Bournonvilie , 1 1 l'on m'appelle premier ministre.
GAULTIEU.
Peu m'importe de quel nom on vous nomme, peu m'importe quel litre est le vôtre, vous êtes un homme qu'un autre homme vient sommer de tenir sa promesse : êtes-vous en mesure de la remplir?
BUniDAÎ.
Je vous ai promis de vous taire connaître le meurtrier de votre frère.
GAULTIER
Ce n'est pas cela : vous m'avez promis autre chose.
Je vous ai promis de vous dire comment En- {juerrand de Marigny est passé en un jour du palais du Louvre au gibet de Montfaucon.
GAULTIER
Ce n'est point cela : qu'il soit coupable ou non, c'est un débat entre ses juges et Dieu ; vous m'avez promis autre chose.
BURIDAN
Est-ce de vous apprendre comment l'homme arrêté par vou* hier est aujourd'hui premier ministre ?
GAULTIER
Non, non : que ses moyens lui viennent de Dieu ou de Satan , peu m'importe ; il y a dans tout cela des secrets terribles que je ne veux pas approfondir : mon frère est mort , Dieu le vecgera ; Marigny est mort, Dieu le jugera... Ce n'est pas cela; vous m'avez promis autre chose.
BUKIDAM.
Expliquez-vous.
GAULTIER
Vous m'avez promis de me faire voir Marguerite.
BUR1DA!(
Ainsi votre amour pour cette femme étouffe tout autre sentiment!... L'amitié fraternelle n'est plus qu'un mot , les intrigues sanglantes de la cour ne sont plus qu'un jeu... Oh ! vous êtes bien insensé !
Vous m'avez promis de me faire voir Marguerite.
kl TOtl Bt aiSL.l
BU m DAM.
Avcz-vous besoin de moi pour cela ? INe pouvez-vous entrer par la porte secrète de l'alcôve, ou tremMcz-vous que, cette nuit comme l'autre, Maiguerite ne rentre pas au Louvre ?
GAULTIER , anéanti.
Qui t'a dit cela?
BURIHAS.
Celui avec lequel Marguerite a passé la
nuit.
GAULTIER
Blasphème !... Mais c'est toi qui es fou , Buridan.
BURIDAN
Calme-toi , enfant ; et ne tourmente pas ton épée dans le fourreau... C'est une femme belle et passionnée que Marguerite, n'est-ce pasl * Que t'a-t-elle dit quand tu lui as demandé d'où lui venait cette blessure à la joue ?
Mon Dieu ! mon Dieu î prenez pitié de moi!
BURIDAS.
Sans doute elle t'a écrit ?
GAULTIER
Que t'importe ?
BURinAN.
C'est d'un style magique et ardent qu'elle peint la passion , n'est-ce pas ?
GAULTIER
Tes yeux damnes n'ont jamais vu, je l'espère, l'écriture sacrée de la reine?
BURIDAN, ouvrant la boîte de fer.
La reconnais-tu?... Lis : Ta Margueritebien* aimée.
GAULTIER
C'est un prestige! c'est un enfer!
BURIDAN
N'est-ce pas , quand on est pi es ti'elle , quanh elle vous parle d'amour, n'est-ce pas qu'il e>t doux de passer la main dans ses longs cheveux qu'elle laisse si voluptueusement flotter, d'en couper une tresse comme celle-ci ?
( Il lui montre une tresse de cheveux enfermée dans la boîte. )
GAULTIER
C'est son écriture!... la couleur de ses cheveux!... Dis-moi que tu lui as volé celte lettre ; dis-moi que tu lui as coupé ces cheveux par surprise.
Tu le lui demanderas à elle-même : je t'ai promis de te la faire voir.
GAULTIER
A l'instant ! à l'instant !
BURIUAH.
Mais peut-être n'est- elle pas encore au rendez-vous.
GAULTIER
Un rei'dez-vous !... Qui a un rcndei-vou*
li»,
LA TOUR DE MES LE
avec eîle ?... Nomme-moi celui-là... Oh ! j'ai «îoif de son sang et de sa vie !
BCRIDAN.
In-^rat! el si celui-là t'y cédait sa place ?
GAULTIEII.
A moi?
BVRIDAS,
Si, soit lassitude pour lui, soit compassion pour toi , il ne veut plus de cette femme ; s'il te !a cède ; s'il te la rend ; s'il te la donne? CAULTlEfl, tiiantson poignard.
Ah ! malédiction !...
BURinAÎ*.
Jeune homme !...
GAULTIER
O mon Dieu !... pitié !...
BDRIDAN.
Il est huit heures et demie; Marguerite attend : Gaultier, la feras-tu attendre?
GAULTIER
Où est-elle ? ofi est-elle?
BUniDAK.
A la tour de Nesle !