‹ Magasin théâtralChapitre 865 sur 1711 · M"« DE VAUDREY · texte numérisé non relu

M"« DE VAUDREY

Après vingt-deux années de larmes, sur quel événement peut se fonder cette espérance?

LA DUCHESSE

C'est plus qu'une espérance I Après la réception du roi, je suis allée chez l'ambassadeur d'Espagne, qui devait nous présenter Tune à l'autre, madame de Christoval et moi : j'ai vu, là, un jeune homme qui me ressemble, qui a ma voix! Comprenez-vous? Si je suis rentrée si tard, c'est que j'étais clouée dans ce salon, je n'en ai pu sortir que quand il est parti.

itt"'^ DK VAUDREY.

Et sur ce faible indice, vous vous exaltez ainsi!

LA DUCHESSE

Pour une mère, une révélation n'est-elle pas le plus grand des témoignages? A son aspect, il m'a passé comme une flamme devant les yeux, ses regards ont ranimé ma vie, et je me suis sentie heureuse. Enfin, s'il n'était pas mon fils, ce serait une passion insensée!

m"' DB VAUDREY.

Vous vous serez perdue!

LA DUCHESSE

Oui, peut-être! On a dû nous observer: une force irrésistible m'entraînait, je ne voyais que lui, je voulais qu'il me parlât, et il m'a parlé, et j'ai su son âge : ila vingt-trois ans, l'âge de Fernand !

M"e DE VAUDREY,

Mais le duc était là?

LA DUCHESSE

Ai-je pu songer à mon mari? J'écoutais ce jeune homme, qui parlait à Inès. Je crois qu'ils s'aiment.

m"'' DE VAUDREY.

Inès, la prétendue de votre fils le marquis? Et pensez-vous que le duc n'ait pas été frappé de cet accueil fait à un rival de son fils?

LA DUCHESSE

Vous avez raison, et j'aperçois maintenant à quels dangers Fernand est exposé. Mais je ne veux pas vous retenir davantage, je vous parlerai*

deluijusqu'au jour.Vous le verrez. Je lui ai dit de venir à l'heure où monsieur de Montsorel va chez le roi, et nous le questionnerons sur son enfance.

M"e DE VAUDREY.

Vous ne pourrez dormir, calmez-vous, de grâce. Et d'abord renvoyons Félicité, qui n'est pas accoutumée à veiller.

Elle sonne.

FÉLICITÉ, enlranl.

Monsieur le duc rentre avec monsieur le marquis.

La duchesse.

Je vous ai déjà dit, Félicité, de ne jamais m'instruire de ce qui se passe chez monsieur. Allez.

M"<^ de VAUDREY.

Je n'ose vous enlever une illusion qui vous donne tant de bonheur; mais quand je mesure la hauteur à laquelle vous vous élevez, je crains une chute horrible : en tombant de trop haut, l'âme se brise aussi bien que le corps, et laissez-moi vous le dire, je tremble pour vous.

LA DUCHESSE

Vous craignez mon désespoir, et moi, je crains ma joie.

BjHe Dg VAUDREY, regardant la Duchesse sortir.

Si elle se trompe, elle peut devenir folle. LA DUCHESSE, revenant.

Ma tante, Fernand se nomme RaouldeFrescas.

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