‹ Magasin théâtralChapitre 871 sur 1711 · LA DUCHESSE DE MONTSOREL, M''-^ DE VAUDREY · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, M''-^ DE VAUDREY

LA DUCHESSB.

Il ne vous est donc pas plus possible qu'à moi de dormir?

m"8 de vaudrey.

Louise! mon enfant, si je reviens, c'est pour dissiper un rêve dont le réveil sera funeste. Je regarde comme un devoir de vous arracher à des pensées folles. Plus j'ai réHéchi à ce que vous m'avez dit, plus vousavez excité ma compassion. Je dois vous dire une cruelle vérité: le duc a certainement jeté Fernand dans une situation si précaire, qu'il lui est impossible de se retrouver dans le monde où vous êtes. Le jeune homme que vous avez vu n'est point votre fils.

LA DUCHESSE

Ah ! vous ne connaissez pas Fernand! Moi, je le connais: en quelque lieu qu'il soit, sa vie agite ma vie. Je l'ai vu mille fois...

m"« DE VAUDREY.

En rêve !

LA DUCHESSE

Fernand a dans les veines le sang des Montsorel et des Vaudrey. La place qu'il aurait tenue de sa naissance, il a su la conquérir; partout où il se trouve, on la lui cède. S'il a commencé par être soldat, il est aujourd'huicolonel. Mon fils est fier, il est beau, on l'aime ! Je suis sûre, moi, qu'il est aimé Ne me dites pas non, ma tante, Fernand existe ; autrement, le duc aurait manqué à sa loi de gentilhomme, et il met à un trop haut prix les vertus de sa race pour les démentir.

m"« DE VAUDREY.

L'honneuret la vengeancedu mari ne lui étaientils pas plus ehersque la loyauiédugenlilhommeT

LA DUCHESSE

Ah ! vous me glacez.

M"e OK VAUDREV.

Louise, vous le savez, l'orgueil de leur race est héréditaire chez les Montsorel comme l'esprit chez les Morlemart.

LA DUCHESSE

Je ne le sais que trop! Le doute sur la légitimité de son enfant l'a rendu fou.

m"^ de vacdrey.

Non. Le duc a le cœur ardent et la tète froide: en ce qui touche les sentimens par lesquels ils vivent, les hommes de cette trempe vont vite dans lexécution de ce qu'ils ont conçu.

LA DUCHESSE

Mais, ma tante, vous savez pourtant à quel prix il m'a vendu la vie de Fernand? ne l'ai-je pas assez chèrement payée pour n'avoir aucune crainte sur ses jours? Persister à soutenir que je n'étais pas coupable, c'étaitle vouer aune mortcertaine: j'ai livré mon honneur pour sauver mon fils. Toutes les mères en eussent fait autant! Vous gardiez ici mes biens, j'étais seule en pays étranger, en proie à la faiblesse, à la fièvre, sans conseils, j'ai perdu la tête; car, depuis, je me suis dit qu'il n'aurait pas exécuté ses menaces. En faisant un pareil sacrifice, je savais que Fernand serait pauvre et abandonné, sans nom, dans un pays inconnu; mais je savais, aussi qu'il vivrait, et qu'un jour je le retrouverais, dussé-jc pour cela remuer le monde entier! J'étais si joyeuse en rentrant, que j'ai oublié de vous donner l'acte de naissance deFernand, quel'ambassadriced'Espagne m'a enfin obtenu: portez-le sur vous jusqu'à ce qu'il soit entre les mains de notre directeur.

M"e DE VAUDREV.

Le duc doit savoir déjà les démarchesquevous avez faites, et malheur à votre filsl Depuis son retour il s'est mis à travailler, il travaille encore.

LA DUCHESSE

Si je secoue l'opprobre dont il a essayé de me couvrir, si je renonce à pleurer dans le silence, ne croyez pasquerien puisse mefaire plier. Jenesuis plus en Espagne ni en Angleterre, livrée à un diplomate rusé comme un tigre, qui, pendant toutel'émigration, a guetté mes regards, mes gestes, mes paroles et mon silence, qui lisait ma pensée jusque dans les derniers replis de mon cœur; qui m'entourait de son invisible espionnage comme d'un réseau de fer ; qui avait fait de chacun de mes domestiques un geôlier incorruptible, et qui me tenait prisonnière dans la plus horrible de toutes les prisons, unemaison ouverte ! Je suis en France, je vous ai retrouvée, j'ai ma charge à la cour, j'y puis parler: je saurai ce qu'estdevenu le vicomte de Langeac, je prouverai que depuis le lO août il ne nous a pas été possible de nous voir, je dirai au roi le crime commis par un père sur l'héritier de deux grandes maisons. Je suis femme, je suis duchesse deMontsorel, je suis mère ! nous sommes riches, nous avons un vertueux prêtre pour conseil et le bon droit pour nous, et si j'ai demandé l'acte de naissance de mon fils...

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