‹ Magasin théâtralChapitre 91 sur 1711 · LA COMTESSE, LONGLE-EPÉE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LONGLE-EPÉE

LONGUE-ÉPÉE. Vous serez sauvée, madame... Un de vos amis vous attend pour vous conduire... une barque est prête au rivage... partez.

LA COMTESSE. Yous voudriez pouvoir dire au sénat : La comtesse a trouvé la mort en cherchant à fuir... n'est-ce pas?

LONGUE-ÉPÉE. Andronic vous a condamnée, madame... ce palais est ime prison mortelle... hâtez-vous d'en sortir.

LA COMTESSE. Andronic veut que ma mort passe pour une justice et non pour un assassinat... mais on m'assassinera!

LONGUE-ÉPÉE. La mort est dans ces murs !

LA COMTESSE. Qu'elle vienne donc]! . . .

je ne veux par marcher au-devant d'elle. . . Non, tu ne réussiras pas, toi , qu'un premier ciiine a fait ministre, et qui veut qu'im second t'élève encore... Hier, tu as livré un enfant à des meurtriers, et maintenant tu veux livrer une femme!

LO\GUE-ÉPÉE , cherchant ci lui prendre les mains. Oh!... ne m'accablez pas, madame... et venez...

LA COMTESSE, le repoussant. Jamais!

LONGUE-ÉPÉE , avec précipitation. Hier, le prince Alexis venait pour épouser votre nièce Agnès, que j'aime, moi, madame; c'est mon amour qui vous a perdue , et c'est un autre amour qui vient vous sauver à celte heure.

LA COMTESSE. Et quel amour ?

LONGUE-ÉPÉE. Un amour aussi grand que le monde... Oh! venez... venez...

ÎNJais que dire!... que faire!... Oh!... je suis sincère, et je jure. . .

LA COMTESSE. Juror!... et sur quoi? ta religion!., tu n'en as pas ; ta loyauté!... tu as trahi.

LONGUE-ÉPÉE. Je vous jure sur la tête de ma mère !

L.A COMTESSE. Ta mêle!... tu n'en as pas non plus. {Longue-Epée reste interdit.) Si tu en avais une , malheureux , elle te maudirait !...

LO.\GUE-ÉPÉE,/j/cz//a«/.J'ai retrouvé ma mère, madame, et ma mère m'a maudit!...

Oui., je vous ai parlé d'un laboureur qui m'appelait l'enfant du rivage... ce pêcheur, madame, m'avait arraché des eaux du Bosphore, où m'avaient jeté des assassins, qui, pendant le sommeil de ma mère, m'avaient secrètement arraché de ses bras !... oui, madame, de ses bras, dans ce palais...

dans ce palais, madame, où ma mère avait été reléguée par son impérial époux.

LA COMTESSE. Grand Dieu !...

LO\GUE-ÉPÉK. Mais regardez-moi , madame , ne retrouvez-vous pas dans mes trails ceux de votre époux ou de votre jeune enfant ?... Oli!... dites ! une mère doit rcconndtre son enfant, car en vous regardant, moi, je reconnais ma mère.

LA. COMTESSE. Toi! mon fils! toi!...

Oui ces traits... {Aoec précipitation.)

Ah !... mon enfant avait au bras un signe que l'âge ne peut avoir effacé.

LONGLJE-ÉPÉE, jetant sa toge et découvrant son bras. Ce signe... je l'ai , ma mère, voyez... voyez donc!

LA COMTESSE. Ce signe... ces traits...

ers larmes... Ohl... mon enfant... mon enfant !..

Elle se précipite dans ses bras.

L0NG13E-ÉPÉE , pleurant. Ma mère , ma mère!... (^Chancelant.') Oh \ je ne savais pas que le baiser d'une mère puisse faire pleurer ainsi. l^Ai'ec raidissement.) J'ai retrouvé ma mère! {S^ éloignant tristement.) Et ma mère... m'a maudit I

LA COMTESSE. Non î. . . Je medisais toutà-l'heure , en parlant de malédiction

mais c'est le tigre... c'est Andronic qui s'est emparé de sa jeune ame et qui l'a

perdue ce n'est pas... le crime le

crime...

LOXGUE-i- FÉE. Ma mère ! vous ne pouvez me trouver une excuse

LA COMTESSE. Une excuse... si je puis... si... je.. Ah!... tu n'étais pas chrétien, tu n'avais pas reçu le baptême, qui conduit dans la voie du Seigneur — tu n'avais aucune lumière pour éclairer ta vie. .. tu

marchais seul isolé... tu n'étais pas

chrétien, mon enfant... mais tu le deviendras.

LONGUE-ÉPÉE. Oh!... oui!... Je veux adorer votre Dieu., ma mère

LA COMTESSE. Oui!... le baptême eflacera tes fautes passées... et quand Dieu t'aura reçu dans sa grande famille... alors seulement tes actions seront comptées, et ta mère aura le droit de maudire... Mais à présent toute malédiction tombe, il ne peut y avoir dans le cœur que de l'espoir, que de l'amour. . . (^Après une pause. )Y ois. . . Andronic a juré ma mort... Eh bien! je ne le crains plus... j'ai mon fils près de moi... et mon fils... défendra sa mère.

LO\GUE-ÉPÉE. Qu'ils viennent donc vous arracher de mes bras, ces hommes qui versent tant de sang!.. [Ai'ec rage.) Qu'ds viennent!... {Acec amour.) Oh! je vous sauverai... ma mère... je vous sau-

verai! (Entendant des pas.) Qui vient?... Ah! Michel...

aeQPOocooooaoooQeQaocaooooooooaoosQOBOc aoo

Les MÊMES, MICHEL, puis LE CAPI- TAINE.

MICHEL. En vain je vous attendais.

Dieu veuille que vous n'ayez pas laissé passer l'heure!.. Je viens d'apercevoir des hommes qui se dirigent vers ce palais...

LONGUE-ÉPÉE. Partez, ma mère, si c'était le tyran !..,

MICHEL. Venez, comtesse.

LA COMTESSE. Et si les gardes nous voient ?

LONGUE-ÉPÉE. Tout est prévu... partez...

LA COMTESSE. Mais toi, viens aussi...

LONGUE-ÉPÉE. J'aime Agnès, ma mère, elle n'est pas libre encore. , .

LA COMTESSE. On t'accusera.

LONGUE -ÉPÉE. Vous me délivrerez, fuyez.

LA COMTESSE. Un dernier baiser!

MICHEL, se mettant entre les deux. Ce dernier baiser pourrait vous coûter la vie. Il entraîne la comtesse.

LOIVGUE-ÉPÉE , refermant la porte sur ^«ic. Dieu de ma mère — conduis-la....

Et moi... moi... je n'ai que mon poignard... Si c'était Andronic... {Appelant.) Capitaine!... {Au capitaine qui paraît. ) Une épée î

LE CAPITAINE. Voici la mienne.

LONGUE-ÉPÉE. Merci!... Quels sont ces hommes qui viennent ici?

LE CAPITAINE. Plusievus sénateurs et le patriarche Nicétas demandent à voir la comtesse.

LONGUE-ÉPÉE. Nicétas!... Qu'ils s'adressent d'abord au premier ministre...

Allez... \e\t& SiHenAs. {{Le capitaine sort.) Oui, je dois les tromper... et m'exposer à leur indignation... il faut que l'horrible nouvelle soit répandue par les défenseurs mêmes de ma mère. . . Nicétas |seul doit avoir le secret... (// ramasse su toge et se drape.) k mon aide aussi la ruse et le mensonge, ce sont ici les armes qui blessent et qui tuent !

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