SCENE VIII
SAINT CHARLES, LA DUCHESSR DE MOiNTSOREL, M^'e DE VAUDREY.
Saint-Cliarles s'efface pour laisser passer les deux femmes, il reste en haut de la soène, pendant qu'elles la descendent.
«""^ DE VAtJDREY.
Vous êtes bien abattue?
LA DUCHESSE DE MOKTSOREL, Se laissant aller dans un fuuienil.
Morte! plus d'espoir! vous aviez raison.
SAINT-CHARLES, s'avançani.
Madame la duchesse.
LA DUCHESSE DE MONTSORKL
Ah! j'avais oublié! Monsieur, il m'est impossible de vous accorder le moment d'audience que vous m'aviez demandé. Demain... plus tard.
Mli'î DE VAUDREY, à Saint- Charles.
Ma nièce, monsieur, est hors d'état de vous entendre.
SAINT-CHARI.ES.
Demain, mesdames il ne serait plus temps ! la vie de votre lils, le marquis de Montsorel, qui se bat demain avec monsieur de Frescas, est menacée.
LA DUCHESSE DE HONTSOREL
Mais ce duel est une horrible chose!
M"e DE VAUDREY, bas à la Ducliesse.
Vous oubliez déjà que Raoul vous est étranger. LA DUCHESSE DE MONTSOREL, d Saiui-Cliarles. Monsieur, monhis saura faire son devoir.
SAiNT-CUARLES.
Viendrais-je, mesdames, nous instruire de ce qui se cache tou;Ours a une mère , s'il ne s'agissait que d'un duel? votre fils sera tué sans combat. Son adversaire a pour valets des spadassins, des misérables auxquels il sert d'enseigne.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Et quelle preuve en avez-vous ?
SAINT-CHARLES
l'n soi-disant intendant de monsieur de Frescas m'a offert des sommes énormes pour tremper dans la conspiration ourdie contre la famille deChristoval. Pour me tirer de ce repaire, j'ai feint d'accepter; mais au moment où j'allais prévenir l'autorité, dans la rue, deux hommes mont jeté par terre en courant, et si rudement, que j'ai perdu connaissance; ils m'ont fait prendre a mon insu un violent narcotique, m'ont mis en voiture, et à mon réveil jetais dans la plus mauvaise compagnie. En présence de ce nouveau péril, j'ai retrouvé mon sang-froid, je me suis tiré de ma prison, etmesuis mis a la piste de ces hardis coquins.
m"^ de VAUDREY.
Vous venez ici pour monsieur de Montsorel, à ce que nous a dit Joseph ?
SAINT-CHaRLES.
Oui, madame.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Et qui donc êles-vous, monsieur?
SAIiSTCnARLES.
Un homme de conliance dont monsieur le duc se défie, et je reçois des appointemens pour éclaircir les choses mystérieuses.
m"« ue VAUDREY, à la Duchesse.
Oh ! Louise !
LA DUCHESSE DE MONTSOREL, regardant fixement Saini-Churles.
Et qui vous a donné l'audace de me parler, monsieur?
SAINT-CHARLES
Votre danger, madame. On me paie pour être votre ennemi Ayez aulantde discrétion que moi, daignez meprou\er que votre protection sera plus efficace que les promesses un peu creuses de monsieur le duc, et je puis vous donner la victoire. Mais le temps pre>se, le duc va venir, et s il nous trouvait ensemble, le succès serait étrangement compromis.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL, â M^^' de Vaudrey.
Ah ! quelle nouvelle espérance ! {A Saint- Charles.) Et qu'alliez-vous donc faire chez monsieur de Frescas ?
SAINT-COARLKS.
Ce que je fais en ce moment auprès de vous, madame.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Ainsi, vous vous taisez.
SAINT-CHARLES
Madame la duchesse ne me répond pas : le duc a ma parole, et il est tout-puissant.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Et moi, monsieur, je suis immensément riche ; mais n'espérez pas m'abuser. [Elle seléve.^ Je ne serai point la dupe de monsieur de Monlsorel, je reconnais toute sa finesse dans cet entretien secret que vous me demandez ; je vais compléter, monsieur, vos doeumens. {Avec finesse.) Monsieur de Frescas n'est pas un misérable, ses domestiques ne sont pas des assassins, et il appartient à une famille aussi riche que noble, et il épouse la princesse d'Arjos.
SaINT-CHARLES.
Oui, madame, un envoyé du Mexique aproduit des lettres de monsieur de Christoval, des actes extraordinairement authentiques. Vous avez mandé un .'ecrétaire de la légation d'Espagne qui les a reconnus, les cachets, les timbres, les légalisations... ah 1 tout est parfait.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Oui, monsieur, ces actes sont irrécusables.
SAINT-CHARLES
Vous aviez donc un bien grand intérêt, madame, à ce qu'ils fussent faux ?
LA DUCHESSE DE MONTSOREL, à .l/"e de Vaudrey.
Ohl jamais pareille torture n'a brisé le cœur d'aucune mère.
SAINT-CHARLES, à part.
De quel côté passer ? à la femme ou au mari.
LA DUCUESSE DE MONTSOREL.
Monsieur, la somme que vous me demanderez est à vous si vous pouvez me prouver que monsieur Raoul de Frescas...
SAINT-CHARLES
Est un misérable?
LA DUCHESSE DE MO:<TSOREL
Non, mais un enfant...
SAINT-CHARLES
Le vôtre, n'est-ce pas ?
LA DUCHESSE DE MONTSOREL, s'Oubliant.
Eh bien, oui! Soyez mon sauveur, et je vous protégerai toujours, moi. [A M"« de Yaudrey.) Eh! qu'ai-jedonc dit? {A Saint-Charles.) Où. Qii Raoul î
SAINT-CH.VRLES.
Disparu! Et cet intendant qui a fait faire ces actes, rue Oblin, et qui sans doute a joué le personnage de l'envoyé du Mexique, est un de nos plus rusés scélérats. [La Duchesse (ait un mouvement.) Oli ! rassurez-vous, il est trop habile pour verser du sang; mais il est aussi redoutable que
j ceux qui le prodiguent ! et cet homme est son gardien.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Ah! votre fortune contre sa vie.
SAINT-CHARLES
Je suis à vous, madame. [A part.) Je saurai tout, et je pourrai choisir.
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