‹ Magasin théâtralChapitre 961 sur 1711 · MARTHA, FLAVY, MARIE · texte numérisé non relu

MARTHA, FLAVY, MARIE

FLAVY , entrant par la grille; à un gentilhomme

qui le suit.

Qu'on me prévienne aussitôt que le conseil sera

assemblé. {Â part.) La vicomtesse est ici! {Se ra-

douctisant à l'aspect de Marie.) Ah! Marie! {A

Martha.) Laissez-nous! {Martha entre dans la salle à droite.) Eh bien, belle Marie, le séjour de ce manoir commence-t-il à vous être agréable ?

Agréable? tout y est si triste, si mystérieux!

FLAVY

Aussi n'y resterez-vous pas long-temps, et je viens pour vous dire qu'aujourd'hui même peutêtre...

MARIE

Aujourd'hui?

FLAVY

L'armée anglaise nous menace; je vous ai choisi une retraite charmante, où vous serez à l'abri de tout danger; vous partirez ce soir.

MARIE

Oh ! monseigneur, faites-moi reconduire à l'abbaye de Sainte-Thérèse. C'est à vos pieds que j'implore cette grâce; je n'en demande pas d'autre, je ne demande pas que vos regards s'arrêtent sur moi avec bonté, comme ce matin, je ne demande pas que vos paroles soient caressantes. Car, je ne sais pourquoi, tout cela me fait peur maintenant. FLAVY, souriatit, avec dépit.

Mon amitié vous fait peur ! que ferait donc la haine.

MARIE

Excusez ma franchise, je ne sais pas mentir, moi. La haine me chasserait d'auprès de vous, et l'amitié m'y retient; et voilà pourquoi j'aurais moins peur de la haine que de l'amitié. FLAVY, s'animant.

Oui, oui, je reconnais là les conseils d'une femme, jalouse des tendres sentimens que vous m'avez inspirés.

Si vos sentimens étaient honorables, je n'eusse point rencontré, ici, chez les uns, des sourires qui m'outragent, et chez les autres, une expression de pitié qui m'épouvante, et qui tous deux m'annoncent un malheur.

FLAVY

Bannissez toute crainte, belle Marie, plus tard vous me rendrez justice.

MARIE

Il n'est pour vous, monseigneur, qu'un DDoyeo

de tous faire aimer et respecter de moi; c'est d'ordonner qu'à l'instant je sois ramenée à l'abbaye de Sainte-Thérèse.

FLAVY

Je ne le puis; elle est peut-être en ce moment au pouvoir des Anglais.

MARIE, énergique.

Eh bien! monseigneur, je n'ai plus rien à vous dire que ceci, car l'émotion que j'éprouve ne me permet pas de rester plus long-temps en votre présence : si vos sentimens pour moi peuvent être avoués, je prie Dieu de vous y maintenir; si au contraire, ils sontindignes de vous et de moi, je le prie de vous en faire changer. Vous êtes brave et renommé, vous pouvez être mon appui, mon protecteur, mon père; vous pouvez être aussi mon plus cruel persécuteur. Je répondrai à l'amitié par l'amitié, au respect paternel par le respect filial; mais à l'injure et à l'outrage, monseigneur, je ne saurais y répondre que par la haine et le mépris.

Elle entre à droite.

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