WILFRID, WALTON
WILFRID
Dis donc, ce pauvre Aubrey, avec sa probité, soc honneur, il n'est encore que commis.
WALTON
Oui, mais il jouit de l'estime, de la considération...
WILFRID
On fait une jolie figure avec ça, quand on n'a pas un shelling ; va demander à nos fashionables.
La vue de cet homme, ses discours, m'ont mis au désespoir.
WILFRID
Il m'a fait de la peine ! Je ne suis pourtant pas fâché d'avoir retrouvé un ancien ami. Ici, la société est très-mêlée ; on se rouille, on perd les belles manières, et si l'on n'avait de temps en temps quelques visites, on finirait par prendre un mauvais ton, par n'être plus présentable dans un club décent ou admissible au Wauxhall.
WALTON
Et c'est là tout ce qu'a produit sur toi le souvenir de ton existence passée? Tant de malheurs dont tu es cause, la mort de ta tante, le déshonneur de ta sœur, laissée en proie au chagrin et à la misère, mon supplice et ma douleur, tout cela te trouve sans regret et sans pitié ? Dupe que j'étais de croire que son amitié pour moi le faisait agir, qu'il voulait assurer le bonheur de Lucy en servant notre amour ! l'égoïste ne songeait qu'à satisfaire sa cupidité. L'amitié, l'amour sont des sentimens trop généreux pour être connus d'un cœur flétri par les vices les plus bas.
WILFRID
De quoi te plains-tu? Tu es à Newgate, c'est vrai; mais j'y suis aussi.
WALTON
Tu es à ta place, misérable! Tes habitudes infâmes devaient t'amener sur ces bancs ; mais moi ! moi, jusque alors honnête, sans tes funestes conseils, je serais libre, tranquille, heureux...
Libre, tranquille, heureux! Laisse donc ! Qu'estce que le monde pour un pauvre diable sans fortune et sans nom? une véritable galère. Obligé de travailler sans relâche, exposé au mépris du premier fat titré ou enrichi, foulé aux pieds, avili, il doit encore dévorer en silence son humiliation !... Dieu me damne! à Newgate, du moins, il n'y a pas d'objet de comparaison.
WALTON
Oui, tel est le langage de tes pareils : ambitieux sans talens, avides sans courage, ils calomnient le monde pour excuser leurs fautes envers lui. Mais je te connais, à présent, je sais apprécier tes mensonges. Va, le bonheur est pour toutes les conditions. Dans la nôtre, la modération, le travail, une probité persévérante, tôt ou tard le procurent. Moi aussi, j'y avais droit ! Dans un temps qui a renversé tant de préjugés, je pouvais à force de vertus conquérir un rang et des richesses ; je pouvais même espérer de mériter Lucy... ton souffle empoisonné a tout détruit; j'ai préféré la tromper lâchement.
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WlIli.II).
Ah! si lu V«| faire du ShaLspeare, je n'ensuis
plus, moi; le tragique n'est pas mon genre,