‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1022 sur 1577 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes , AUBREY.

aubrey, du fond.

Bonjour, mes amis!

WALTON

Bonjour, monsieur Aubrey.

LUCY

Venez à mon secours, monsieur.

AUBREY

Est-ce qu'il y aurait de la brouille dans le ménage?

LUCY

Oh! non : quand on s'aime bien, on est toujours d'accord.

AUBREY

Le commerce ne va-t-il pas?

WALTOX.

Chaque jour notre clientelle augmente.

AUBREY

Eh bien! qu'est-ce donc qui vous tourmente?

WALTOX.

Le souvenir d'une faute...

aubbey, gravement.

Mon ami, vous la rappeler pour vous encourager à persévérer dans la bonne voie, pour être plus indulgent envers les autres, et plus sévère envers vous-même, c'estbien... mais vous en faire un sujet de chagrin perpétuel, c'est une faiblesse... Allez dans le monde, et demandez: «Qui de vous n'a pas éprouvé une tentation fatale? n'a pas chancelé sur la route de l'honneur?» S'ils sont vrais, presque tous avoueront qu'un jour, un instant, sans un événement, sans la voix d'un ami, ils auraient succombé!... Loin de vous affliger d'être tombé, réjouissez-vous d'avoir eu la force de remonter si haut! Quels torts n'effacerait pas une conduite aussi honorable que la vôtre depuis trois ans?

WALTOX.

Ah ! monsieur, c'est à vous que je dois d'avoir pu sortir de l'abîme où j'étais.

aubrey.

Ma foi, quand je vous ai retrouvé à Londres, sans ressources, réduit au désespoir, avec cette pauvre petite femme, qui aimait mieux partager votre misère que d'implorer la pitié de ses orgueilleux païens, j'ai été touché de votre sort ! Que diable 1 je vous aimais tous deux, moi; j'avais été témoin de votre mariage, et quoiqu'il m'en eût coûté quelques dentelles, ce souvenir-là vivait dans mon cœur... Vous aviez été faible plutôt que coupable ; d'**1 eurSj tdus heureux que les

misérables qui vous avaient entraîné, vous aviez échappé au châtiment que je leur ai vu subir sans honte et sans repentir... Tout était encore réparable, et j'aurais refusé de vous servir, de vous sauver quand je le pouvais ! j'aurais été un méchant.

LUCY

Et vous l'avez fait avez tant de noblesse!

AUBREY

Le beau mérite ! Les choses se sont arrangées tout naturellement : un de mes amis, Français d'origine, mais d'une famille expatriée depuis la révocation de l'édit de Nantes, venait de mourir entre mes bras; il n'avait point de parens; ses papiers étaient à ma disposition, je vous les ai donnés ; et le proscrit Walton est devenu le négociant Jacquemin.

WALTOX.

Vous ne parlez pas de l'argent que vous m'avez prêté sans aucune garantie.

aubrey, avec un peu d'impatience.

Ne fallait-il pas que vous pussiez vivre? Un fonds de marchand tailleur se trouvait à vendre... Achetez ça, vous ai-je dit. Vous ne savez pas l'état? 'uu; aurez de bons ouvriers... Voici douze cents livres sterling... Vous avez suivi mes conseils, accepté mon argent, et aujourd'hui vous prospérez. J'ai cru à votre probité, moi! vous voyez bien que je n'ai pas eu tort, puisqu'au bout de trois ans vous m'avez remboursé ma somme, intérêt et capital, jusqu'au dernier shelling ; car c'est aujourd'hui la dernière échéance, n'est-ce pas?

LUCY

Oui, monsieur Aubrey.

aubrey.

Ça ne vous gêne pas?

WALTON

Votre argent est tout prêt.

AUBBEY.

Tant mieux! tant mieux! l'ordre est la première vertu d'un négociant; c'est la sauve-garde de la probité!... Mais c'est assez parler d'affaires... Je vous dirai une nouvelle : j'ai acheté une maison de campagne.

LUCY

Ah!

AUBREY

Dame! je suis riche; vous m'avez porté bonheur, tout m'a réussi ; je m'arrondis tous les jours. Je veux que vous veniez demain dîner à llichmond. pour voir mon acquisition... C'est dit, mistress Jacquemin?

LUCY

Volontiers.

AUBREY

Moi, je pars ce soir, après mes affaires, pour préparer votre réception.

WALTOX.

Des apprêts pour nous ! J'espère que vous ne ferez pas de cérémonie.

AUBRBY.

Pour vous! je vous aune bien trop pour cela, acquemin! mon argent, que j'aille a la Bourse.

Cent livres sterling. Voilà votre somme : quatre-vingts livres en billets, le reste en argent.

AUBREY

Je ne prends que les billets; je viendrai chercher le reste ce soir, en partant. Sans adieu... Au revoir, mistress.

Il sort.

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