‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1025 sur 1577 · WALTON, JAMES, WILFRID · texte numérisé non relu

WALTON, JAMES, WILFRID

Tous deux ont un aspect effrayant.

WALTOX.

Entrez.

WILFRID

C'est ici?

JAMES

Elle n'est pas mal, ta cassine

WILFRID

Oui, c'est gentil. Je suis fâché seulement que tu te sois fait marchand. Mademoiselle Lucy de Kilbrin n'était pas faite pour un boutiquier.

JAMES

C'te bêtise ! Si le boutiquier a des espèces, ça ne vaut-il pas mieux qu'un chevalier comme toi, gueux et voleur maladroit?

WILFRID, d'un ton de maître.

James !

JAMES

Allons, tais-toi; le maître de la maison veut parler.

WALTON

Que me voulez-vous ? qui vous amène ici ?

JAMBS.

C'est juste, faut lui dire... Parle, Wilfrid.

WILFRID

Nous avons suivi ton exemple, mon cher beaufrère, nous avons rompu notre ban. Bref, nous sommes libres; mais sans argent et sans domi-

NEWftVTE.

cile ; il serait difficile d'en trouver sur notre physique. Par bonheur, en battant le pavé, nous sommes passés dans Pall-Mall, nous t'avons aperçu dans cette boutique, nous avons appris que tu en étais le bourgeois, et ça nous a fait plaisir, parce que nous savons bien que tu n'abandonneras pas des amis dans la débine.

JAMES

Voilà !

WALTOX.

Pourquoi êtes-vous venus jusqu'ici? Il fallait envoyer; j'aurais été vous trouver.

JAMES

Où?... dans la rue? c'était là notre hôtel ; nous sommes bien mieux ici.

Il s'assied.

WALTOX.

Je tremble qu'on ne vous ait vus entrer.

WILFRID

Au fait, il nous faut de l'argent ; tu en as, donnes-en.

WALTOX.

Je suis prêt à faire pour vous tout ce que je pourrai... mais mes moyens sont bornés... Vous n'espérez pas sans doute rester chez moi dans l'oisiveté?

JAMES

Oh ! non ; nous allons nous orienter, et puis nous nous mettrons à la besogne.

WALTOX.

Est-ce donc pour cela que vous avez brisé vos fers, et vous inspirent-ils si peu de craintes que vous cherchiez sitôt à les reprendre? Croyez-moi, faites-vous oublier, en vous livrant à quelque travail honnête qui assure votre existence.

JAMES

Pas mal, le sermon, pas mal ! mais, vois-tu, comme dit c' t' autre, nous avons plus besoin d'argent que d'avis.

WILFRID

Et puis tu nous parles d'un état, d'un métier, ça ne nous convient pas, ça. Toi, à la bonne heure, tu as été élevé pour le travail; mais moi...

JAMES

C'est juste, ça dépend des habitudes. Moi, qui étais laquais, je ne sais rien faire ; et lui, qui était mon maître, il n'en sait pas plus.

W ALTON

Songez-y, l'on doit être sur vos traces. Si vous recommencez votre honteux métier, vous serez bientôt découverts ; et moi-même, moi, qui, depuis trois ans, ai su échapper à toutes les recherches, vous me perdez avec vous, vous ruinez cet établissement qui me met à même de vous être utile.

Eh bien ! tu viendras voler avec nous. W ALTON , à part.

Les misérables ! ( Haut. ) J'espère que, réfléchissant mieux à vos intérêts, vous changerez d'avis. Dans tous les cas, je ne puis vous garder

WILFRID

Comment! tu nous refuses?

WALTOX.

Ecoutez-moi : voici quarante shellings...

James , les prenant.

Ce n'est pas trop.

WALTOX.

Je vais vous donner des vêtemens.

WILFRID

Ça ne fera pas mal; notre négligé n'est pas trop décent. On nous prendrait difficilement pour des dandys.

WALTOX.

Enfin, je vais vous louer une chambre garnie dans le voisinage.

WILFRID

A la bonne heure ! voiià parler, ça !

WALTOX.

J'irai vous voir, m'informer de vos besoins ; mais j'exige que vous vous absteniez de paraître

Eh bien! c'est dit; on s'en abstiendra.

JAMES

Oui, l'on s'en abstiendra, puisque, ça déplaît à mylord.

wilfrid, qui regarde au fond.

Eh! mais... Regarde donc, Walton.

WALTOX.

Ne prononce jamais ce nom ; on m'appelle Jacquemin.

WILFRID

Walton ou Jacquemin, regarde.

WALTON

Ciel! un constable! Malheureux! vous m'avez perdu !

JAMES

Diable! ce serait vexant de retourner si vite en cage.

WALTOX.

Rentrez dans cette chambre, elle donne sur l'allée. Si vous entendez, à la conversation, qu'il y ait le moindre danger, fuyez... Ah ! prenez ces habits, ils serviront à vous déguiser. ( Ils entrent dans la chambre.) Pour moi, j'aime mieuv être pris ici que de me sauver en pareille compagnie On frappe, ouvrons.

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