SCÈNE IX
WALTON, LUCY
WALTON
Moi, juré!... Lucy, tu l'as entendu?
LUCY
Mon ami, calme-toi.
WALTON
Il faut que tu connaisses enfin le fatal secret qui m'oppresse; il faut que tu saches...
LUCY
Silence, mon ami, silence!
Tu vas me maudire, me détester...
LUCT.
Je t'en supplie!...
WALTON
Si tu l'ordonnes, je te fuirai ; mais je n'aurai pas à mereprocher de te tromper plus long-temps. (Il se jette à ses pieds.) Chère Lucy!...
luct, lui mettant la main sur la bouche.
Tais-toi! tais-toi! je sais tout, oui, tout ! et ta Lucie t'aime toujours; tes fautes ou tes malheurs n'ont jamais altéré sa tendresse.
WALTON
Tu avais appris?...
LUCY
Avant que tune vinsses me rejoindre à Londres.
WALTON
Et tu n'as pas repoussé l'homme flétri?.
LUCT.
Je t'aimais, le ciel avait béni notre union, j'étais ton épouse ! partager ton sort quel qu'il fût était mon devoir et mon bonheur.
WALTON
Tant de générosité m'accable! Me suivre sans reproches, sans murmurer, moi qui t'avais entraînée dans l'abime! Et aujourd'hui que vas-tu devenir? car ces maux auxquels nous croyons avoir échappé, ils ne sont pas finis. Ces efforts pour effacer ma conduite passée ne me seront pas comptés. Ce repos que j'ambitionnais m'est refusé; je vais voir de nouveau mon existence menacée partout et toujours jusqu'à ce que j'aie repris ces fers honteux que j'ai brisés avec tant de joie.
LUCT.
Ah! mon ami, est-il possible que de si grands malheurs nous attendent?
WALTON
Et pourtant je veui être honnête homme, je le veux du fond de mon cœur. Depuis trois ans. toutes les actions, toutes les pensées de ma vie sont là pour l'attester, et je ne le puis, je ne le pourrai jamais !
LUCT.
Mais non ; tu t'eiagères le danger.
WALTON
Ecoute. Mon secret ne m'appartient plus.
LUCT.
Serais-tu découvert?
WALTON
J'ai entendu retentir à mon oreille cette langue horrible des prisons que je m'étais efforcé d'oublier. J'ai revu des compagnons de mon supplice, ceux à qui nous devons déjà tous nos malheurs.
LUCT.
Wilfrid?
WALTON
Et son valet James... ils sont ici... échappés de Newgate... En échange des fers qu'ils y ont laissés, ils ont rapporté tous les vices dont on se fait gloire dans ce hideux séjour. Maintenant, ma liberté, ma fortune, mon crédit, l'estime du monde, tout ce que j'ai amassé avec tant d'efforts, leur appartient : je suis à eux corps et biens. Si je les vois, ils m'entraînent dans leur ruine ; si je les fuis, ils me trahissent.
LUCY
Peut-être, mon ami, trouveras-tu moyen de les éloigner... Us n'ont, sans doute, pas été vus... Je leur parlerai, moi.
WALTON
T' exposer à leurs regards effrontés, peut-être à | leurs outrages ! Non, je ne le souffrirai pas.
LUCY
Wilfrid est mon frère.
WALTON
Est-il donc encore quelque nom, quelque sentiment sacré pour lui?
LUCY
Ma voix, je l'espère, aura plus d'empire que la
NEWGATE
tienne. Laisse-moi tenter cette démarche... (Wala ton paraît résister) je t'en prie !
walton, après un moment d'hésitation.
Eh bien! donc, vois-les. Ils sont là.
lucy, avec effroi.
Dans cette chambre?
WALTON
J'ai promis de louer un logement pour eux ; je vais ici près, dans la rue voisine. Pendant ce temps, tâche de leur persuader de quitter Londres ; s'ils y consentent, aucun sacrifice ne me coûtera.
LUCT.
Sois tranquille ; j'emploierai tout , larmes , prières..,
WALTON
, Puisses-tu réussir!
Il sort.
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