‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1037 sur 1577 · MARLOW, UN WATCHMAN · texte numérisé non relu

MARLOW, UN WATCHMAN

Marlow est couché à terre , la tête appuyée sur son mannequin , sous la fenêtre de la taverne. Il dort.

un watchman paraît au bout de la rue de droite

et crie :

Il est huit heures !

Le Watchmann continue sa ronde et disparaît. Le cri se

répète au loin.

marlow, s'éveillant.

Maudits watchmen!... Quel beau rêve je faisais! J'étais pourtant propriétaire de cette maison... assis sur un bon sofa, devant moi un souper délicieux. Ah! et au lieu de ça... Maudits watchmen ! La hotte, le crochet, le pavé ! Qu'a-t-il fait plus que moi, ce monsieur Aubrey, pour avoir ce que je rêve? Il a marché, marché, marché... et puis il a vendu, il a acheté, c'est-àdire qu'il a volé tout doucement, bien peu à la fois ; tandis que moi, hardi coureur, hardi spéculateur... Ah! baste ! arrive qui plante! j'aurai mon tour. Courage, Marlow ! un mot seulement à la caisse du voisin, et puis, voile au vent ! En attendant, voilà la journée des autres qui finit, et la mienne qui commence. Comme il est tranquille, ce quartier de Cheapside ! Voilà les ouvriers des chantiers et du port qui vont souper à la taverne. [Des ouvriers traversent la rue pour se rendre à la taverne.) Ces malins-là vont me gêner dans mon opération. Je ferai peut-être bien, pendant qu'ils vontbouffarder, de pousser une re- • onnaissance jusqu'à Saint-Paul, ou au pont de Soutliwarck... Non, toute réflexion faite, il vaut mieux rester là. On ouvre la grande porte. Le cabriolet de monsieur Aubrey s'avance. ( On voit la porte cochère s'ouvrir. — La Ule du cheval paraît dans la rue. — Le jockey s'accupe d'ajuster le harnais.) Il va partir, observons et ne bougeons pas. Qui est-ce qui vient encore? Ah! c'est la pe-

tite couturière de là-haut. ( Une jeune fille entre chez la mercière, et en sort, peu après, pour passer dans l'allée. ) Pourvu que son particulier vienne de bonne heure ; qu'il n'aille pas faire comme hier, arriver après minuit. (L'allumeur paraît et allume les réverbères.) Ronsoir, compère ; paies-tu le gin aujourd'hui? Eh bien! t'es bien fier, Becà-Mèches ! Depuis le gaz, tu n' crains plus que les taches d'huile gâtent ton beau frac. Est-il moulé, ce coco-là! dirait-on pas l'Apollon du Réverbère? C'est dommage qu'il ait le torse dans la jambe. (L'allumeur s'éloigne.) Dis donc, hé! tu ne peux plus faire d'économies pour ta salade. Ne me parlez pas de ces lumignons : ça n'est que d'hier, et ça méprise la hotte. On ne sait donc pas d'où ça vient, un chiffon, et où ça va? on ne sait donc pas ce que c'est qu'un chiffonnier ? A présent que tout le monde s'affiche, un coup d' crochet déchire une réputation. Et la littérature donc, les spectacles !... A propos, je n'ai pas fait ma recette aujourd'hui. (Il s'approche des affiches. ) Pas de représentation à bénéfice... C'est dommage, j'aime ça, moi, des affiches d'une longueur... C'est de la marchandise avantageuse. ( II déchire. ) Eh ! allez donc, allez-y donc tous ensemble, comme dit la chanson du chiffonnier.

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