‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1053 sur 1577 · THOMAS, CATHERINE · texte numérisé non relu

THOMAS, CATHERINE

fHOMAS. Catherine!

LA SOEL'R DU MULETIER

Catherine*. Mon frère ici!

THOMAS. Je viens de coucher John, et j'allais, inqniel... Mais qu'as-tu donc, sœur? la pâleur m'épouvante... qu'est-il donc arrivé?

Catherine. Un malheur, frère ï

THOMAS, arec terreur. Quoiîce herceau vide?

Catherine, vivement. Non, ma fdle existe.

thomas. Dieu soit loué!... où est-elle?

Catherine. A la ville.

thomas. La crainte que j'ai eu d'apprendre un si grand malheur me rend fort contre tous ceux que tu pourras me dire... Parle, sœur.

Catherine. Thomas, j'ai perdu la confiance et l'affection de Henry.

THOMAS. Que me dis-tu là?

CATHERINE. Depuis quelques jours, il agit toujours sous l'influence d'une fièvre qu'il cherche à me cacher en vain. . . il s'entoure de mystère, écrit secrètement, sort au milieu de la nuit...

THOMAS. Et votre fille ?

Catherine. Sous le prétexte qu'elle était exposée à un air trop vif, dans cette maison que lui-même a choisie dans la campagne, il l'a emportée à la ville pour la confier à de savants médecins,et m'a empêchée delà suivre.

thomas. Et tu ne sais où il va quand il sort ?

Catherine. Ce matin, ne pouvant plus rester dans cette incertitude , je l'ai suivi secrètement, et je l'ai vu s'arrêter au milieu de la route, monter sur un cheval qui l'attendait et qui bientôt l'emporta vers la ville.

thomas. Tu sais bien, toi, qui as vu comme moi l'enfance de Henry, ton frère de lait, que tous nos souvenirs d'alors nous autorisent à le croire fils naturel d'un noble ; peut-être a-t-il appris maintenant...

Catherine, l'interrompant. Ne serait-ce pas une joie qu'il s'empresserait de nous faire partager ?

thomas. C'est vrai. Mais enfin tout cela révèle qu'une secrète pensée l'absorbe, mais ne prouve pas une trahison, car lu n'as rien découvert ?

Catherine. Cette nuil, pendant qu'il dormait, j'ai fouillé dans son escarcelle, et j'en ai retiré cette boîte qu'il me cachait.

Elle montre une petite boite sculptée.

THOMAS. Que contient-elle?

Catherine. Oh! si j'avais pu l'ouvrir! Mais elle est fermée par une invisible serrure.

thomas. Que peut-elle contenir?

CATHERINE. Un gage d'amour !

THOMAS. Non pas, ce serait infâme.

Catherine. Cela est, j'en suis sûre.

thomas. Non, sœur; el cette boîte secrète (ilpasscà lalable et cherche à l'ouvrir avec son poignard) je l'ouvrirai, moi.... dussé-jc la briser... Ne serait-ce que pour détruire le soupçon qui le déchire le cœur, et qui offense Catherine, Thomas.

ton époux. La boîte s ouvre: il la re fer nie précipitamment.) JGrand Dieu!

CATHERINE. Qu'est-CC donc?

THOMAS, à par t. Qu'ai-je fait?

Catherine , voulant prendre la boîte.

Donne !

thomas, l'arrêtant. Écoute, avant que tu n'ouvres cette boîte. . . . reçois ici le serment que te fait ton frère, de punir si tu l'ordonnes, de consoler s'il le peut, de se taire s'il le faut, et de pardonner si tu le veux.

Catherine. Merci, frère. (Elle passe à la table, ouvre la boîte, en sort un médaillon.) Un médaillon!... [après l'avoir examiné) des cheveux!.... (prenant une lettre.) une lettre!... [Elle l'ouvre.) Henriette!... le même nom que notre fille !

THOMAS. Henry... est coupable. . . à cpioi bon t'en convaincre encore par la lecture de cette lettre ?

CATHERINE. Laisse-moi. . . (Lisant.) « Ta » longue absence, ami, me force à t'écrire et » à te parler encore de ma souffrance... Je ne » t'accuse pas , puisque le mariage était im- » possible entre nous... » (Parlant.) Impossible entre eux !

THOMAS. Sans doute à cause de leur religion, puisque la loi défend ou annule tout mariage contracté entre protestants el catholiques.

Catherine. C'est sans doute cela. (Elle continue.) « Et tu viendras, n'est-ce pas, » m'apporter un nouveau courage, à moi qui » dois vivre pour notre enfant... » (A Thomas.) Pour notre enfant! (Elle lit.) « Qui » commence à murmurer déjà le nom » de Henry. . . dans ses prières ! »

THOMAS. Que dis-tu, Catherine ?

CATHERINE, laissant tomber la lettre dises mains et tombant assise, avec déchirement. Dieu vengeur, su is-je assez malheureuse!

THOMAS, qui vient de ramasser la lettre , lisant avec agitation. « A moi qui dois » vivre pour notre enfant... qui commence à » murmurer déjà le nom dellenn dans m^ » prières ; à loi mon âme el ma pensée. » Henriette. » — Ainsi , Henry nous a toujours trompés! Quand après la mort de sa mère, il\int désolé pleurer dans nos bras, son affection n'était qu'un piège, et quand, il y a dv\ix ans, il le conduisait ;i l'autel... il commettait sans peur cette double infamie, de désoler sa maîtresse el trahir son épouse... N'ordonnes-tu pas à ion frère de punir?

CATHERINE. Attends... je l'aime trop pour le croire si coupable.

THOMAS. Je ne puis te blâmer... car je doute encore.

Catherine. Si nous étions dans l'erreur. . .

fHOMAS. Mais cette lettre!...

i.\ i m iiim . lin le questionnant..

rROMAS , f 'interrompent. Non... s'il a toujours menti, il mentirai! encore... mai» il faut cependant bien s'assurer. Il doil me croire

ii celle heure loin d'ici ; j'irai jusqu'à la \ ille , où je saurai le joindre, l'épier, et je reviendrai te trouver à la (in du jour... Mais j'y songe... la présence de John ici... révélerait mon arrivée.

CATHERINE. Pauvre enfant... les tourments me le faisaient oublier... Ne pouvant le laisser ici, où vas-tu le conduire?

THOMAS. Tu te chargeras de le porter toimême à l'hôtellerie des Muletiers, où, tu le sais, on aura bien soin de lui... moi je vais partir. (// ouvre la porte et s'arrête.) Mais quels sont ces hommes?

CATHERINE, regardant par la fenêtre.

Ce sont des tondeurs de laine, qui sont déjà venus hier demander si tu étais de retour; ils veulent, disent-ils, te confier un important chargement..

Thomas. Recevons-les, Catherine, et...

pas un mot, pas une larme.

CATHERINE. Sois tranquille; nos chagrins ne seront connus que de nous seuls.

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