‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1064 sur 1577 · DICKSON, RALPH · texte numérisé non relu

DICKSON, RALPH

Au lever du rideau, Ralph est couché sur une pierre à droite. Au premier rlan, il porte le costume des Ensevelisseurs. Dickson, assez richement vêtu, entre par le fond.

DICKSON, entre sans voir Ralph. Oui, voici bien l'ancienne abbaye de !)urham, que l'on a transformée, ainsi que les couvents, en asile de secours pour les pestiférés... Comme tout change ! ce pays avec ses ruines sur le bord de la mer, était, il y a peu de jours encore, le rendez-vous des amants et des curieux. Tout

à coup une maladie contagieuse se déclare à Edimbourg. On publie aussitôt une ordonnance qui oblige à conduire ici tout malade atteint de la peste. L'abbaye et les couvents déserts s'emplissent... le chant des oiseaux est remplacé par le son de la cloche des morts... on fait un cimetière d'un pré couvert de fleurs, et au lieu de trouver ici des visages heureux et gais... on y trouve.., (apercevant Ralph qui se lève, après un mouvement depeur) des ensevelisseurs.

livi.fH, s' approchant. Mais, n'est-ce pas Dickson?

Dickson. Il méconnaît... (L'examinant.) Eh ! c'est Ralph devenu ensevelisseur.

LA SŒUR DU MULETIER

RALPH. Tu le vois.

Dickson, à part. Il en a assez tué jadis... il est juste qu'il en enterre maintenant.

ralph. J'espère que ce n'est pas la maladie qui t'amène ici?

Dickson. Non , je crains de l'y gagner.

ralph. Dieu t'en préserve... quoiqu'elle ait perdu presque toute son intensité.

DICKSON. Vraiment?

ralph. Oui, depuis quatre jours, peu de malades y sont morts. Et que viens-tu donc y faire ?

DICKSON. Je précède le duc Robert , qui doit assister ici à la messe pour le salut des malades et le repos des morts.

ralph. Le duc Robert ne craint donc pas la contagion ?

Dickson. Toujours audacieux et téméraire, il se conforme à ses obligations... et pourtant, depuis qu'il a reçu cette blessure, il y a dixhuit ans , alors qu'il alla prendre ta défense, l'orage, la nuit, l'épouvantent quelquefois.... et j'ai souffert souvent en restant auprès de lui, dont les fréquents souvenirs m'ont empêché d'oublier le tondeur de laine et la Catherine Patrick, dont j'ai toujours devant les yeux le visage énergique... et fatal... Cette femme m'apparaît bien souvent dans mes rêves.

ralph. Moi, je n'ai rien oublié, mais je n'en souffre plus.

DICKSON. Et qu'as-tu fait pour cela ?

ralph. Comme après avoir suri écu à toutes mes blessures , Dieu permit que je fusse aussi sauvé de la peste , j'ai changé de conduite, et je me suis repenti... Faites comme moi.

Dickson. Nous ne le pouvons pas, nous autres, qui avons la puissance et voulons la fortune; nous n'avons ni le temps de prier, ni le droit d'être sincère; ainsi le premier ministre qui va venir ici prier pour le salut des malades, souhaitera bien ardemment dans le fond de son cœur la mort d'une jeune fille que la maladie a fait conduire ici...

RALPH. Et pourquoi?

Dickson. Parce qu'elle est aimée de Charles... (à voix basse) l'enfant du niuleiier.

ralph, bas. Celui que nous enlevâmes de l'hôtellerie?

DICKSON. Oui.

ralph. Pourquoi le ministre a-t-il donc reconnu publiquement ce jeune homme pour son (ils?

nh'.KSON. Parce que depuis dix ans (pie le commerce llciiril chez nous, tous les trésors de l'Ecosse sonl passés dans les mains des marchands, et le premier ministre rui né lui ;i don né son nom, afin de pouvoir le marier à la fille d'un de nos plus riches négociants.

ralph. Et refaire ainsi sa fortune.

Dickson. Naturellement, et cet amour de Charles dérange tous ses projets.

ralph. Je comprends ; et vous n'avez pas encore la preuve de la mort du muletier?

DICKSON. Pas plus que celle de la mort de Catherine, qui n'a été exécutée que par contumace. . . mais depuis dix-huit ans !

ralph, apercevant quatre Sœurs qui traversent la scène, et se dirigent vers l'entrée du lazaret. Découvre-toi , Dickson ; voici des sœurs d'Irlande.

ralph. Que Dieu soit avec vous, mes sœurs...

Catherine, qui est une des sœurs. Dieu vous préserve et vous console, mes frères.

Las sœurs entrent dans le lazaret.

Dickson. Quelles sont cesfemmes?

ralph. Ce sont de pieuses femmes, qui, sous le nom de sœurs d'Irlande, se sont dévouées pour soigner leurs frères d'Ecosse , et dont le zèle nous a été d'un bien grand secours.

Dickson. Ce sont peut-être comme toi, Ralph, des créatures repentantes.

ralph. Peut-être.

Dickson. Adieu ; je vais voir si j'apercevrai sur la route la voiture de mon maître.

On voit paraître au fond la foule d'Ensevelisseurs qui semblent animés.

DICKSON. Les tristes compagnons !

ralph. Ils viennent de brider les habits des infortunés que la peste a fait mourir... Dieu te garde , Dickson , de passer par leurs mains... Ton habit doré leur ferait envie.

DICKSON, effray è. Peut-on gagner la route sans passer auprès d'eux?

ralph. Oui, par-ici.

DICKSON , se sauvant à f/auche. J'aime autant ce chemin-là ; bonne chance.

ralph. Merci.

Il va s'asseoir sur la pierre au premier plan, à droite.

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