CHARLES, HENRIETTE, L'HOMME MASQUÉ
l'étranger, la serrant dans ses bras.
Henriette !
chari.es, s'avançant, à part. L'homme masqué. . .
l'étranger. Tu m'as reconnu malgré mon masque ?
Henriette. Ne suis-je pas habituée à vous reconnaître ainsi ?
l'étranger. Tu m'es rendue... C'est que j'ai tant prié Dieu.... c'est que j'ai passé toutes mes nuits à lui demander ton retour et la fin de tes douleurs.
HENRIETTE. Et c'est à moi que le ciel a donné la récompense , puisque je puis vous aimer encore...
Charles. Que dit-elle?
l'étranger, ôtant son masque. Laissemoi embrasser ton front, que la souffrance passée vient d'embellir encore.
HENRIETTE, l'embrassant. Toujours trop bon.
Charles. Malheur!...
Il s'avance.
Henriette. Et quand partons-nous?
l'étranger. Quand tu voudras.
HENRIETTE. De suite.
l'étranger. Que je remette ce masque.
Charles, lui arrêtant le bras comme il va se masquer. Vous l'aurez remis trop tard. (/{erulant effrayé.) Grand Dieu!
L'ÉTRANGER. Ne nie nomme pas!
HENRIETTE. Charles!
L'étranger. Vous m'avez outragé, monsieur! (;1 Henriette. ) Eloignez-vous, Ôenriette.
HENRIETTE, hésitant. "Mais mon... ami...
L'ÉTRANGER. Allez!... je aoiis appellerai...
il le faut, Henriette... je le veux!
m \i;ii:ttk. J'obéis... [Âpart.] Charles ici!
Elle se retourne près de la porte et entre à l'abbaye sur un geste impératif de son protecteur.
scè.ne xiii.
JACQU-S IV, CHARLES.
CHARLES, s'iifjenouitlant. Sire, j'attends mon châtiment !
JACQUES, lîeleve/.-vons monsieur , et répondez-moi !... (Charles se relève. ) Quel sentiment vous a donc l'ait insulter non pas un roi, mais un homme?
CHARLES. Celui qu'il serait inutile de vouloir vous cacher, la jalousie.
.1 vcques. La jalousie!...
chaules. Mantenant , sire, condamnez!...
Tous les coups des hommes ne seront rien auprès de celui dont le malheur m'a frappé ! Ceitc femme, cause de l'injure que je vous ai faite, je l'aimais plus que la vie... plus que la gloire... et c'est la déception, mon roi, qui m'a rendu coupable ; mais vous êtes vengé,1 car j'ai reçu le coup mortel, en voyant se ternir tout à coup sous la honte et sous l'odieux mensonge l'idole blanche et radieuse que j'avais divinisée.
Jacques, après un mouvement. Ainsi tu aimais Henriette?
CHARLES. Oui, pauvre fou !
JACQUES. Mais Henriette t'aiine-t-elle?
CHARLES. Elle!... plus fausse encore que belle!... pleurait de ma tristesse ou s'ellbllait de ma joie!...
JACQUES. Qu'espérais-tu donc?
CHARLES. La faire ma femme un jour...
JACQiT.s. Et qui te l'a donc révélée coupable?
chaules. Tout ! maintenant que le bandeau se déchire, sa vie, son opulence, son
mystère...
Jacques. Mais si tu étais dans l'erreur?
CHARLES. Sire... j'ai mérité votre colère, ne parlons plus de Henriette... punissez... je crains votre pardon...
Jacques. Mais, enfant, tu te trompes.
CHARLES. Je ne me trompe pas, sire... je sais ce qu'Henriette est pour vous.
jacques. Elle est ma protégée!
Charles. Puis, autre chose encore.
Jacques. Quoi donc?
CHARLES. Vous êtes le roi.
JACQUES. Qu'importe; dis...
Charles. Jamais!...
JACQUES. Je le \eu\!... qu'esl-ellc?
chaules. Votre maîtresse, sire!
JACQUES. Tu mens!... elle' est ma fille!
cil \KI.ES. Henriette?...
J VCQUES. Silence !
chaules. Henriette est pure!... obîsire.. {Tombant à genoux.) Pardon... pitié!...
JACQUES, le relevant. Et si je m'entoure de tant de mystère, c'est que sa naissance se rapporte a une époque qui me défend de l'a-
vouer... El tu nesaispasqni fut sa mère?....
Charles. Jet le devine, sire... et je sais que
Henriette n'es! pas responsable eu crime de
Catherine Patrick.
j \cqi ES, avec douleur. Catherine!... (Lui tendant la main.) Tu as un noble ro-ur, ami... L'âge vient pour Henriette où l'âme souffre alors qu'on l'isole; je dois lui trouver pour époux un jeune homme discret, hardi, généreux, digne d'elle, et peut-cire pourrastu le devenir un jour.
CHARLES. Sire... tout mon sang coulerait pour sécher une de ses larmes.
JACQUES. Maintenant, retourne au palais:
je ue veux pas que tu la revoies ici, tu pourrais commettre quelque imprudence.
chaules. Oui, sire... car la joie me donne le délire. Je pars!
Il va «tu côté du la/.aret.
jacques, l'arrêtant. Ce n'est pas là le chemin... par ici!...
CHARLES. Oui... mais...
jacques, le conduisant. Quoi?
CHARLES. Soyez béni !
JACQUES. Je serai béni.
CHARLES. Si nous saviez...
JACQUES, le poussant. Je sais tout... vat'en !
Charles. Dieu vous protège !
Il sort par le fond.
JACQUES. Merci...
Il le suit des yeut.
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