ACTE PREMIER
( PROLOG JJE.
Le théâtre représente la chambre principale de la Ferme de David Buttlér , fermier de Lord Williams , comte de Carlisle Ameublement simple et rustique, mais indiquant l'aisance; gà et là , instrumens aratoires. Au fond, à droite du spectateur, une alcôve fermée par des rideaux. Portes latérales; au fond, la porte d'entrée donnant sur une cour, jardin. Au loin, vaste paysage.
SCÈNE PREMIÈRE. rcPas au malin- Dickson, assis sur UO cm al» au , tient
en main un énorme mon eau de pain et de fromage.
DICKSON, Garçons hf. iehmf., puis DOMINUS Dorainus entre précipitera rtt.
NICHOLSON. DoaiNUS,
Au lever du rideau, les paysans achèvent de prendre leur Allons, paresseux, iTavez-VOOS pas bientôt fini
M \(.\MN I II ÉATRAL.
de déjeuner? C'est l'heure de retourner aus champs. Grâce à Dieu, depuis la dernière rietoire de Cromwell, l'Angleterre respire enfin, et l'on n'a pas a craindre, connue il y a quelques mois à peine, de recevoir un coup de mousquet de la part d'un noble cavalier en conduisant la charrue. DICKSON , {ut bourrant un coup dans les côtes en feignant de manger ; à part.
Chien de visage à deux face*!
DOM1NI s.
Aïe!... Si tu prenais garde a tes coudes et à nies cotes, Dickson? Kt que disais-tu?
Mckson.
Moi ? rien !... Je pensais seulement que lorsque Charles, notre souverain, était dans ces environs, près l'.xeter, entouré de sa brave noblesse; lorsque lord Williams Edgerton, comte de Carlisle, armait pour sa cause tous ses vassaux, et que notre brave patron David Buttler nous conduisait, moi vingtième, à Worcester, où nous devions, si le diable ne s'en était pas mêlé, échigner à tout jamais les élus des saints que Lucifer confonde...
DOMINOS, regardant de tous côtés avec crainte.
Veux-tu bien te taire?
DICKSON
Je pensais qu'il y avait ici un neveu de notre patron, un savant de première classe, un futur recteur qui parlait un tout autre langage; il disait que l'Angleterre avait lâchement abandonné le roi martyr.
DOMINUS
Paix! te dis-je...
DICKSON
Il disait que tout vrai fils de la vieille Angleterre devait se faire assommer pour la cause de Charles Stuart, maintenant en fuite {levant son chapeau) et dont Dieu conserve les jours. Vive Charles II !
TOUS
Vive Charles II !
DOMINUS
Les malheureux nous feront pendre.
DICKSON
Il disait...
DOMINUS
Il disait... il disait... et moi, je vous dis ce que la sagesse et le soin de votre conservation devraient vous inspirer à tous dans la circonstance où nous sommes... et même à mon cousin David; Bespect aux puissances !... hommage au sabre victorieux ! Est-ce à moi pauvre diable à avoir une opinion quand mime ? Ai-je l'air d'un Samson à lutter contre les Philistins, quand même je trouverais ici sous ma main vingt mâchoires... Suffit; non, mon premier devoir est de ne pas aller compromettre par un enthousiasme hors de saison le bon David Buttler, la digne Edith ma cousine, ces excellens parens à qui je dois le peu que je sais. Hélas ! ils sont bien assez compromis, et je «lois tout faire pour assurer leur repos! Ce n'est pas en hurlant, vive Charles II, et à bas Cromvell.que nous pourrons changer la face des choses.
ei rétorquer les trente mille argument armés de mousquets, que le protecteur est toujours prêt à
VOUS jeter À la tète; ainsi donc, ami de la paix par caractère et par raison, je dis... {prenant malgré lui le ton d'un prédicateur) mes frères, que nous devons avoir sans cesse présens au cœur et à la pensée ces mots du prophète : De viris sanguhteis salva me! Ce qui veut dire : laissez Charles 1! décote, et chantez, s'il le faut, les vertus du protecteur, tant qu'il sera debout, car... {On entend une cloche.) Car, voici décidément l'heure de retourner au travail.
DICKSON, s'animaJit.
Oui, c'est l'heure d'aller au travail ; mais je le dirai toujours, maudite soit la parole qui nous enseignerait à respecter et à aimer les meurtriers de nos frères, ceux qui ont tué ton père a toi, James; ton fils unique à toi, John Tiller; mon frère à moi, mon pauvre Caleb! maudite soit la* • main qui s'armerait pour les lâches oppresseurs du comte de Carlisle, de sa famille, de ses vassaux; maudit soit le travail qui viendrait gorger des biens de la terre les ennemis de la vraie et bonne religion de nos pères!...
DOMINOS
Sous ce rapport, bien ; mais pour tout le reste, vos paroles, Dickson, sont d'un insensé. Dickson, d'une voi.r forte.
Et moi, je vous dis qu'un véritable Anglais doit parler ainsi.
LES PAYSANS
Oui, oui , Dickson a raison.
DOMINOS, criant.
C'est un fou, il déraisonne. {Murmures, bruit.) Silence, vous dis-je, encore une fois, silence! David Buttler ouvre le rideau de l'alcôve et parait; son visage est triste et sévère.
WAWVXWWV
Les Mêmes, BUTTLEB.
DAVID
Pourquoi ces cris, ces vociférations? Pomezvous si peu respecter la douleur d'une mère ? Le rideau est resté entr'ouvert, et l'on aperçoit dans l'alcôve Edith.
DICKSON
La pauvre petite ne va donc pas mieux, maître?
DAVID
Plus d'espoir! Dieu me l'a donnée, il me la reprend, que son saint nom soit béni. [Silence.) Hélas! malheureux père! Mais c'est ici un temps tic luttes et d'épreuves... Séchons nos larmes, et n'oublions pas quel est mon devoir. {Allant auderant d'Edith qui parait.) Appuie-toi sur mon bras, femme, et repose-toi un moment là ; tant de nuits passées auprès de ta fille ont dû te fatiguer.
Edith , à mi-voix.
Ma pauvre fiile !
Edith s'assied sur le siège que lui présente Dickson. Les paysans s'éloignent en silence.
EDITH
DAVID, à Domiuus.
bominus, tiens-toi prêt à m'accompagner à Southarapton, chez le juge de paix du canton.
EDITH
David, ne t'éioigne pas, de grâce! songe que je suis seule, ma Jenny est malade, mon Georges est absent..,, et j'en rends grâce au ciel; confié par nous à Wilkins, notre parent, il échappera peutêtre à la terrible maladie de sa sœur.
Sois tranquille, ma bonne Edith, je ne ferai qu'une courte absence.
DOMIXUS.
Songez, mon bon cousin, que c'est sur vous seul que repose l'espoir de votre femme, le mien, celui enfin de tous les braves gens qui vous aiment; et hélas! tant de dangers nous entourent !
DAVID
Poltron1.... Tu viendras avec moi chez le juge de paix, te dis-je. {A Edith.) Une heure d'absence tout au plus. Ce sont des affaires de famille. [A Dominus.) Il s'agit de tes intérêts.
EDITH
Des affaires de famille !
domixus , avec feu.
De mes intérêts !
DAVID
Oui... le protecteur, cet ange que le ciel n'a prêté, je l'espère, qu'un moment à l'Angleterre pour assurer le règne des saints, a jugé à propos de récompenser ceux des damnés têtes rondes qu'on a surnommés ses côtes de fer avec les biens de ses pauvres sujets; et depuis huit jours une ordonnance de Cromweli a donné ta petite ferme de Southampton a...
domints, vivement.
A qui ?... Quel est lemécréant assez abandonné du ciel pour consentir à se parer des dépouilles de l'orphelin?
Un homme qui tient peu à l'opinion qu'il te donnera de lui ! un homme qui me hait, femme, depuis le jour où tu m'acceptas pour mari et depuis le jour surtout...
F.DITH.
Christian! oh! ne prononce plus ce non!
DAVID
Oui, Christian! l'ancien collègue de son roi... c'est-à-dire de son illustre patron Cromwcll, fabricant d'ale et de bière comme lui, et dont le caractère fougueux, ardent, fanatique, résiste à Cromweli lui-même, qui n'oserait lui confier un commandement, et qoî, jusqu'à ce jour, l'a relégué dans le grade obscur de brigadier, avec la surveillance de Ce canton ; mais qui en revanche le comble i'es biens de ce monde, ce que l'a\ide Christian préfère sans doute aux grades dans l'armée.
DOXINUS.
Me dépouiller de nia ferme! odieux Cromweli 1 '■xëcrable Christian !
Dickson , riant.
Ah! ah! vous pensez donc maintenant un peu moins de bien de mylord protecteur et des élus de la cinquième monarchie ?
dominos, imitant le rire de Dickson.
Hi! hi! hi! nigaud ! je voudrais bien qu'il t'armât à toi, stupide prolétaire...
DAVID
Allons, cousin, un peu de philosophie! tout espoir n'est pas perdu ; prépare-toi à me suivre.
DOMIXIS.
Mon manteau, mon chapeau à prendre... Dans un instant je suis à vous. ÇA part, en sortant. Ah! malheureux! j'en serai bientôt réduit à apprendre a lire aux petits enfaus !
Il sort.
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