‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1132 sur 1577 · ÉDITH, CLARY, DOMINUS, GEORGES · texte numérisé non relu

ÉDITH, CLARY, DOMINUS, GEORGES

édith, ouvrant à Georges.

Georges, mon fils, viens, viens !

GEORGES

Qu'avez-vous, ma mère?

EDITH

En effet, ma joie doit te surprendre, tu ne peux te l'expliquer. Sache donc qu'il existait un secret que je t'aurais caché toujours sans l'événement qui me permet de te le confier enfin.

GEORGES

Quel secret, ma mère ?

EDITH

Ecoute. Le nom que tu portes n'est pas celui de ton père...

GEORGES

Que dites-vous?

EDITH

C'est celui de mon père à moi. Mon mari s'appelait David Buttler.

CLARY et GEORGES.

Buttler!...

GEORGES

Attendez, ma mère. Dans mon enfance un vieux soldat du roi, oh ! je m'en souviens, prononça ce nom devant moi; il le citait comme celui d'un des plus glorieux martyrs de la cause royale. Et nous sommes ses enfans ?

EDITH

Oui, mon fils.

GEORGES

Et pourquoi avez-vous quitté son nom?

EDITH

Cela se rattache à un événement terrible, épouvantable.

GEORGES

Parlez, oh! parlez!

EDITH

Tu m'as demandé souvent, tu dois te le rappeler, comment était mort ton père?

GEORGES

Oui.

EDITH

Et tu as dû remarquer que, chaque fois que tu me le demandais, je détournais la tête et ne répondais point à tes questions?

GEORGES

Oui, ma mère!

Edith, à Georges.

Tu dois te le rappeler aussi, satisfaite d'abord de te voir accueillir Harper malheureux, j'éprouvai bientôt une vive répugnance lorsque tu t'obstinas à prendre des leçons d'armes; tu sais quels tendres reproches je t'ai faits et combien j'étais épouvantée.

GEORGES

Oui, ma mère !

ÉDITn.

Et tout cela n'a donc éveillé en toi aucun soupçon?

GEORGES

Aucun... jusqu'à présent; mais... [la regardant fixement ) où voulez-vous en venir?

EDITH

Il y a quinze ans, c'était près de Southampton,

des soldats de Cromwell venaient de se rendre maîtres de notre ferme après une longue et vigoureuse résistance; tout-à-coup, Wilkins, notre parent, à qui nous t'avions confié, accourt près de moi, te tenant dans ses Itras! il me trouve agenouillée devant dem cadavres; je te pris par la main et je te fis mettre à genoux aussi devant ces deux cadavres; l'un était le comte de Carlisle, l'autre ton père!..

Oui, ma mère, je me le rappelle; et je me rappelle aussi que moi, pauvre enfant, je vous demandai en pleurant qui avait tué mon père, et vous dites qu'il avait succombé en combattant.

EDITH

Et je te mentais... ton père venait d'être assassiné.

CLARY

Ah!...

GEORGES

Assassiné, dites-vous?

é"dith.

Oui, assassiné avec le comte de Carlisle qu'il voulait sauver.

CLARY

Le comte de Carlisle, notre bienfaiteur?

EDITH

Oui, notre bienfaiteur! Un mois après, j'avais quitté secrètement Southampton avec Dominus, ma Gary et toi , afin d'échapper aux poursuites du meurtrier de ton père; ce fut alors que je vins à Londres, et que, fidèle à la promesse solennelle que j'avais faite à David, j'échangeai le nom de Buttler contre celui de Wilson.

GEORGES

Mais cet homme qui a tué mon père, savezvous son nom?

EDITH

Il s'appelle Christian.

Christian!... Oh! c'est bien, ma mère, soyez tranquille, je tuerai cet homme.

ÏDITH.

Le tuer, dis-tu?

CLARY

Il m'épouvante.

EDITH

Comment! tune comprends pas que si je t'ai révélé cet horrible secret, et appris le nom de cet homme, c'est que je pouvais le faire sans exposer tes jours! tu ne comprends donc pas que c'est parce qu'il est mort?

GEORGES

Mort!

EDITH

Tiens, lis!...

georces, lisant.

« Le complot forme à Plimouth a échoué; les » républicains ont été mis en fuite; parmi les morts » on cite le colonel Johnson et le capitaine. . .(à voix » basse.) Christian.» [Rendant le journal à sa mère.) Ainsi, mon père ne sera pas vengé!... Oh!

pourquoi ne m'avoir pas appris ce terrible secret, ma mère?

EDITH

Parce que depuis quinze ans il m'a fallu dévorer en silence mon désespoir ! parce que depuis quinze ans la crainte de te perdre me poursuivait sans relâche... et que, maintenant, je pourrai au moins pleurer quand tu me parleras de ton père, sans que j'aie à redouter d'être séparée de toi !

GEORGES

Mais ce n'était pas aujourd'hui qu'il fallait me dévoiler ce secret... Oh ! mon pauvre père, mort! mort sans vengeance!

EDITH

Tu vois bien que j'ai eu raison de me taire; sans cette précaution, aujourd'hui peut-être n'aurais-jc plus de fils... (Prenant la main de Georges. ) Allons, mon Georges, du courage, j'en ai eu tant autrefois !

Georges, sourdement.

Mon pauvre père !

EDITH

Allez, mes enfans; va, mon Georges, laisse-moi seule avec Nicholson, il faut que je lui parle en particulier, un instant; et d'ailleurs des soins importans vont bientôt m'appeler au dehors. Ta main, mon fils. [Lui serrant la main.) Aime toujours Gary comme un bon frère. [Prenant la main de Clary. ) Et toi, ma Claiy... [appuyant sur les mots) aime. Georges comme le doit une bonne sœur... A bientôt, mes enfans...

CLARY

Surtout ne sois pas long-temps dehors.

EDITH

Non, ma fille.

Mort sans vengeance !

Gary rentre; Georges fait un mouvement comme pour la suivre , et tout-à-coup il s'en éloigne ; l'un disparaît à droite, l'autre à gauche.

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