SCÈNE II
Les Mûmes, CLARY.
Clary, pâle et agitée se précipite en scène.
CLARY
Ma mère !
EDITH
Mon enfant! {Elles tombent dans les bras l'une de l'autre et demeurent tin moment enlacées; Edith tient toujours Clary dans ses bras, l'œil ardemment pré sur elle, et s éloigne d'elle du haut du corps seulement pour mieux l'examiner.) Eh bien, mou enfant! (Terrifiée.) Que tu es pâle ! ( Souriant avec amertume. ) Oh ! je devine tout, je devais m'y attendre.
clary, détournant la tête.
Ma mère !
r'iHTii, l'interrompant.
Oh! non, non, ne parle pas! si un malheur nouveau m'accable, si toute espérance est enfin perdue, ne m'apprêhùt rtfeb encoret..» tu Voit
Oh! par pitié pour nous deux, ma mire, armetoi de courage... il faut que tu saches... EDITH, iinterrompatit.
Mais je sais tout, te dis-je, (ruelle enfant! je sais tout! Est-ce que, depuis quinze ans que tu ne n'as pas quittée un seul moment, je n'ai pas appris a lire sur ton visage, dans tes regards, dans ta voix... à deviner tes plus secrètes penséest... Tiens, vois!... tu es allée chez le roi, seule, forte de tes droits de nohle comtesse, de fille adoplive des Buttler... du souvenir du comte David... forte de ton amour...
clary, troublée.
Oh ! ma mère !
EDITH
Forte enfin, ma Clary, du danger qui le menace, tu as osé pénétrer jusqu'au pied du trône, tu t'es jetée aux genoux de Charles. Ce roi pour qui ton père et celui de mon fils sont morts, a préféré aux bénédictions d'une mère, aux tiennes, les cruels et lâches conseils de ses compagnons de débauche ; et pour faire oublier son indigne faiblesse à son peuple et au parlement, il va leur jeter la tête de mon enfant... clary, les yeux baignés de larmes, tombant dans les bras d'Edith.
Oh! ma mère!
Moment de situation. Sur l'un des côtés de la scène sont Clary et Edith , Edith assise et Clary à ses pieds , l'entourant de ses bras et la tête penchée sur les genoux de sa mère adoptive ; de l'autre côté, Dominus et Dickson, sur un plan plus haut, témoignent leur douleur.
dominus, effrayé.
Uîfstress... ma cousine, que dites-vous?... parler ainsi du roi?...
Dickson, à Dominus.
Ah ! le même coup qui frappera Georges les frappera aussi toutes deux.
dominus, à Dickson.
Tu es bien sûr que personne, excepté nous, n'a pu l'entendre?
DICKSON
Et quand Charles lui-même...
dominus, bas, vivement.
Veux-tu bien te taire !
On entend à l'extrême lointain le tocsin , puis des clameurs et des voix confuses.
Edith.
Quels sons lugubres !
dominus.
C'est le tocsin de la Tour de Londres!...
DICKSON
Le signal des exécutions à mort.
Clary et Edith frémissent.
Ah! j'entends leurs clameurs.
DICKSON
Attendez, mistress, je cours m' in former.
11 sort en courant.
DOMINUS
Je Yais aussi vous rapporter des nouvelles...
mais au nom de votre salut commun, cousine, et vous, in v Lui v comtesse, de le prudence; à cet égard, je vous réponds de la miei
Il sort. Clary s'élance à la f<-n':tre.
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SCÈMi III.
CLAKY, EDITH.
Edith, essayant de se lever et retombant sur son
siege.
Ces cris confus semblent partir de L'autre
de la Tamise.
clary, à la fenêtre.
Que vois-je? de nombreux soldats réunis au pied de la Tour de Londres.
Edith, la rejoignant.
Un prisonnier sans doute qu'on y amène.
CLARY
Attends... oui, la porte s'ouvre... une foule immense inonde les avenues et se penche pour mieuxregarder... Non, ce ne sont pas des prisonniers qu'on conduit à la Tour, mais des prisonniers enchaînés qu'on en fait sortir, ma mère!
EDITH
Qu'on en fait sortir, dis-tu?
CLARY
Mais qu'ont-ils donc à se presser ainsi les uns sur les autres? Ah!... des malheureux qu'on attache à la claie.
Edith, à la fenêtre et regardant.
Un épais brouillard pèse sur mes paupières!... Clary, toi dont les yeux ne se sont pas usés comme les miens durant l'obscurité des nuits, dans le désespoir et les larmes, réponds, réponds-moi... Georges est-il parmi eux?
clary, comptant.
Un, deux, trois, quatre... Je ne reconnais jusqu'à présent ni sa taille, ni sa démarche... Un cinquième!...
édith.
Qu'as-tu?
Elle se penche pour tâcher mieux voir, Clary la repousse.
CLARY
Restez là... restez là, ma mère... Un vaste manteau l'entoure.
EDITH
Bleu?
clary, sourdement.
Bleu; son chapeau rabattu sur les yeux...
Est surmonté de deux plumes noires?
clary, qu'on entend à peine.
L« deux plumes noires...
Edith, à demi-voix.
Je me sens défaillir.
CLARY
Le bourreau a jeté bas le chapeau du condamné... {Poussant un cri de joie.) Ah!... ce n'est pas lui, ce n'est pas Georges!... Edith , joignant les muins et tombant à genoux.
0 mon Dieu! soyez béni! Mais j'étais folle de me désespérer ainsi ! Lord Dudley n'a-t-il pas pris
EDITH
pitié des larmes d'une mère? il est grand et généreux, et pour te mériter rien ne doit lui sembler impossible.
Elle presse Clary dans ses bras.
clary, la voix mouillée de larmes.
Lord Dudley sauvera Georges, ma mère... et moi... et moi...
Elle ne peut achever et tombe sur le sein d'Edith. Edith, lui prodiguant les plus tendres caresses. Ah! oui, je comprends toute l'étendue de ta douleur et j'admire ton courage.
clary, sanglottant.
Georges!... Georges!
Du bruit se fait entendre, Dominus et Dickson accourent.
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Les Mêmes, DICKSON, DOMINUS.
domines, accourant.
Cousine...
DICKSON
Mistress!...
dominus , l'interrompant.
J'étais sorti, comme vous le savez, afin de m'informor de la cause du tumulte, et j'accours avec Dickson pour vous l'apprendre.
EDITH
Je sais... je sais...
DOMINUS
Quoi!... yous savez...
CLARY
Oui, achevez !
dominus, respirant à peine.
J'étouffe !
DICKSON
Tout-à-coup nous avons entendu de nouvelles clameurs.
dominus, reprenant.
Puis j'ai aperçu "de nouveaux groupes ; je me suis approché, et j'ai vu, suivi d'aldermen et de constables, le grand shériff du comté.
DICKSON
Et tenez ! le voilà qui se dirige de ce côté.
Et que vient-il faire?
clary, à part.
Est-ce un malheur qui nous menace, mon Dieu! {Rejoignant Edith.) Venez, ma mère; ne restons pas ici, au milieu de ces vociférations qui me glacent d'effroi; venez !
EDITH
Non, laisse-moi, je veux demeurer.
CLARY
Ma mère, je t'en supplie.
éditu, qui est allée contre la fenêtre. Le shériff s'arrête devant cette maison; il est entré! Ah! je comprends, mon fils est condamné, et, selon l'usage, on vient...
clary, l'interrompant.
Ma mère, au nom du ciel...
EDITH
Je ne partirai pas, te dis-je.
clary, à Edith
Oh! je t'en supplie. {Le shériff et sa suite paraissent au fond. Clary s'écrie à part.) 11 est trop tard.
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SCÈTNE V.
Les Mêmes , LE SHÉRIFF, Aldermen, Constables, Trompettes, Soldats, Peuple, etc. ; puis GEORGES.
Les portes s'ouvrent , le grand Shériff et ses assesseurs entrent en scène, précédés de la foule et suivis de Gardes. Pendant ce grand mouvement du fond, Edith a dit à part, à l'avant-scène, à elle-même :
ÉHITH.
Mon Dieu, donne-moi du courage !
LE shériff, s'avançant au milieu de la scène, lit d'une voix solennelle l'arrêt suivant :
« Au nom de sa majesté Charles II du nom, » roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, au nom » du parlement impérial, faisons savoir à tous ici » présens, que, par arrêt de la chambre étoilée, en » date de ce jour, Georges Buttler, dit Georges » Wilson, reconnu coupable de complots contre la » personne du roi et le salut de l'Etat, est, confor- » mément aux lois de ce royaume, condamné à la » peine des félons et des traîtres.»
Edith et Clary tombent dans les bras l'une de l'autre, en laissant un moment éclater leur désespoir ; Dominus et Dickson s'empressent autour d'elles.
UN HUISSIER
Silence !
LE SHÉRIFF
« En conséquence, Georges Buttler sera conduit » à Tyburn pour y subir sa peine ; ses biens » seront confisqués, sa maison démolie et rasée.» dominus , faisant un pas.
Mais permettez donc...
LE SHÉRIFF
« Et sa famille bannie à jamais des trois
» royaumes.»
En ce moment la porte perdue de la bibliothèque s'entr'ouvre ; Georges parait, et à l'aspect de tout ce monde, il referme vivement la porte ; mais sa mère l'a vu, elle pousse un cri en regardant fixement la porte; puis elle tombe évanouie dans les bras de Clary.
clary, lu» prodiguant ses soins.
0 ciel! ma mère!
DOMINUS
Cousine!...
Le Shériff qui attribue naturellement l'évanouissement d'Edith aux terribles détails de l'arrêt, a continué sa lecture.
LE SHÉRIFF
« Il sera traîné sur la claie jusqu'au lieu de » l'exécution pour y mourir de la main du bour- » reau, et que Dieu ait pitié de son Ame. I.e pre- » sent arrêt recevra son exécution dans les vingt-
n quatre heures.» (A ses assesseurs.) Notre triste devoir est rempli, messieurs!... partons. Un Officier entre préi ipitammenl une lettre à la main.
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