SCENE V
D'ORVILLIERS, puis JEAN-BAPTISTE.
d'orvilliers, gui a laissé entrer les autr(s et est resté sur le seuil de la porte. (A lui-même.) Avant de suivre les autres... veillons à ce que la marquise ne s'éloigne pas... elle s'est dirigée de ce côté, je crois... maintenant , en prenant bien mes mesures...
(// se dispose à sortir et se heurte à Jean- Baptiste, qui entre la tête baissée et marchant à grands pas.) Sacrebleu! faites donc attention!...
jEAN-BAWiSTE,«ans regarder d'Orvilliers.
Je vous ai offensé... tant pieux! je ne vous
* D'Entragues, de Marans, d'Orvilliers, l'Officier.
JE \X-BAPTTSTE.
en demande pas pardon... battons-nous...
tuez-moi... came rendra service.
d'oryilliers. Insol... (S'arrêtant etregardant Jeun-Baptiste. ) Comment ! c'est loi, Jean-Baptiste?
Jean-Baptiste. Mon frère de lait ! je ne m'attendais guère à la rencontre.
d'orVielïers. Pardieu, mon cher! il est heureux qu'un autre ne me soit pas tombé sous la main... je l'aurais fait repentir de sa maladresse.
jean-baptisïe. Et moi, je regrette de ne pas être tombé sous la main d'un autre... car ça me faisait une bonne occasion pour m attirer le malheur que je cherche.
d'orvtlllrs. Qu'as-tu donc?., ta mine est toute bouleversée, mon pauvre garçon!...
Jean-Baptiste. iSe faites pas attention... je suis content... très-content... de vous voir encore une fois. . . comme ça doit être la dernière.
d'oryilliers. Ah ça, voyons... regardemoi donc un peu, Jean-Baptiste... De quel air sombre tu me dis tout cela !... est-ce que ce sont encore tes amours qui te troublent l'esprit?
jean-baptiste. Dites mon amour, monsieur le vicomte... quand on en a un comme celui-là dans la iête, il n'y a pas de place pour d'autres. . .
D'OKVILLERS. Je gage que tu n'as pas suivi mes conseils... que tu ne t'es pas encore déclaré.
JEAN-BAPTISTE. Si fait... le jour même... à sou père, et il m'a mis à la porte.
d'oryilliers. Le nigaud !. . . il aime la fille et il va le dire au père... Au surplus, est-ce qu'un grand garçon comme toi, plein de force et d'avenir, perdrait courage?
jean-baptiste. Du courage! oh! non, j'en aurai, juste au'ant qu'il en faut pour mourir.
d'oryilliers. Mourir pour une femme!...
Mais ça ne se fait plus, mon cher...
JEAN-iîaptiste. Puisqu'on va la marier à un autre; je J'ai appris hier.:, aussitôt j'ai demandé x\n dernier rendez-vous à inam'zelle ( laiherine. .. et voilà pourquoi vous me voyez ici.
D'or.ur.i.iF.RS. In rendez-vous!... cl te l'a-t-elle accordé ?
, jean-baptiste. Je n'en sais rien encore, puisque ce n'est que ce matin que je suis arrivé de Paris, et que je lui ai fait parvenir une petite lettre... J'attendrai sa réponse ici... sans oser \ compter... Si je n'en recevais pas... eh bien! le pont du Pecq n'est pas loin... l'eau coulera aussi bien ce soir que ce malin... et bonsoir.
d'oryilliers. Et moi, mordieu, jfe te le défends au nom de la vieille mère qui fui notre nourrice... je le défends d'avoir de ces "dïVs la, enteods -'u? Bi tu veux àbsohirtv ni
oublier la perfide, la fuir... eh bien, engageloi, fais-toi soldai... au moins si tu es tué, ce sera dans les règles.
jean-baptiste. Soldat!... merci, je n'ai pas la taille... j'aime mieux en finir tout de suite; d'ailleurs, pourquoi aller chercher le feu si loin, quand l'eau est si près? (Regardant vers la droite.) Mon Dieu! je ne me trompe pas, c'est le père Dumont qui vient de ce côté... Je ne veux pas qu'il me rencontre avant que je n'aie revu mam'zelle Catherine.
d'oryilliers. Eh bien , entre ici... le meilleur remède contre l'eau, c'est le vin, et lu en boiras avec moi, mordieu!
jean-baptiste. Soit. .. (A part.) Pendant ce temps-là elle viendra peut-être.
d'orvili.if.rs.
Ain: Le beau Lyras aimait Théorise.
Oui, trinquons une fois encore
Au nom de la sainte amitié.
Que le chagrin <jui te dévore
Par ce moyen soit oublié.
Mais si ta peine est pourtant trop amère,
Si lu ne veux écouter ma prière,
A ton projet tu reviendras,
Et l'eau ne te manquera pas.
Alors compte sur la rivière;
Ami, bien sur... en pareil cas...
Car c'est le seul dans la misère
Qui nous tende toujours ses bras.
// emmène dans le cabaret Jean-Bai.it iste, qui n'y entre qu'après avoir jeté ut) coup li'n'il tin côté où il a aperçu Dumont.
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Dl MONT, LIBOIS, GBINCHE[T\.
dumont, en entrant par la droite. Maudit enfant! elle me fera damner. ..
LIBOIS, nn panier an bras. Jiravo ! voilà une salle à manger qui me chausse .. je l'adopte pour toute notre bande...
GRINCHEUX, pin hini aussi un melon et une galette. Halte... front... Prisli ! un dîner sur l'herbe... à l'ombre de ces grands chênes... c'est «a qui sera chouette!.. . je vasl'y me faire une bosse !
licgis. Ça fait que Lu en auras deu\... Monsieur Grincheux... tu veux donc ressembler à polichinelle ?...
ciUNClli.t \. Mon Dieu, vous ne seriez peutêtre pas fâché d'en avoir trois..; vous seriez de force à les remplir...
LIBOIS. \ table, je ne dis pas... et pour commencer , déploie ici le drapeau de la DOUStifaille. (Il étend une serviette sur le gazon.) Qu'en dites-vous, père Dumoni ?..
m\in\ i \llez an diable '
libois, pendant que Grincheux met le couvert. Sans reproche, cousin, voilà trois foisquevous nous en voyez au même endroit., ça devient monotone. *'. C'en fête... prenez
donc une ligure de circonstance... on se change anjouid'hui... je me .suis fait beau... faites-vous aimable. . .
dumont. J'ai de l'humeur, ça ne regarde personne; d'ailleurs, ce n'est pas à toi que j'en veux; c'est à ma fille... cette sotte de Catherine, cpii s'est obstinée a rester à la maison.
GRINCHEUX, allant et venant. Le lait est que ce n'est pas naturel... y a une anguille sous roche... bien sur, y a une anguille...
i.irois. Dame ! cette enfant, si ça l'ennuie de s'amuser... Vous savez que depuis quelque temps elle n'est pas trop folâtre, la petite consine... elle geint assez.
dlmont. Gela va finir, je vas la marier... et puisqu'elle a refusé le fils du procureur, j'ai arrangé une rencontre pour aujourd'hui, entre cette mijaurée et .Nicolas Bernard, le riche marchand de bestiaux. . .
GRINCHEUX. Ah! oni, un gros parti, celui-là.
LIBOIS. On peut même dire un gras parti. . . à cause de sa marchandise!... En voilà un homme qui a bien la figure de son état... quand on le regarde, on se dit tout de suite : Ce particulier-là doit vendre quelque chose aux charcutiers!...
DUMONT, à lui-même. Quelle sotte figure je vais faire devant mon futur gendre!... Que dira-t-il en ne voyant pas Catherine à cette fête?
libois. Je le devine : comme c'est un homme d'esprit, le marchand de... n'importe quoi... il dira : Tiens ! je ne vois pas Catherine... c'est peut-être parce qu'elle n'est pas venue... Il est très-futé, le gaillard.
grincheux, regardant à droite. Tiens!
qu'est-ce qui vient donc là-bas?
LlROiS.*Eh! mais, au fait... Regardez donc cousin, là, au bout d' vot' nez... Qu'est-ce qu'on aperçoit, donnant le bras à mon épouse?
DUMONT. Catherine!... à la bonne heure, je lui sais gré de son obéissance, mais elle m'expliquera la cause de ce caprice.
LIBOLS, criant.*' Oh! oh! eh! par ici, les autres... par ici.
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