SCÈNE IX
. JEAN-BAPTISTE, D'ORVII.UKRS.
d'orvilliers. bonjour, .lean-Bapiisie; salut, heureux futur...
je\n-baptisti-. Mon frère de laii... je l'avais oublié...
d'orvilliers. Ah ça.je t'apporte mon cadeau de noce; mais il me sera impossible de rester.
jean-baptiste. Ah! vous ne restez pas?
d'orvilliers. Non; mais crois bien qu'il ne fallait rien moins que la grave circonstance de ce jour pour que je ne fusse pas tout à toi. .. mais tu me vois aujourd'hui entre deux mariages... le tien, auquel je suis désolé de manquer, et un autre, où ma présence est tout à fait indispensable. .. le mien.
jean-baptiste. Comment! vous allez vous marier?
d'orvilliers. Dans deux heures... à ma maison de Marly. .. Vois donc la sympathie... deux frères qui font leurs noces le même jour... cela doit me porter bonheur, et à toi aussi.
jean-baptiste. Faut l'espérer... Mais je n'en reviens pas.. . vous qui disiez tant de mal du mariage...
d'orvilliers. C'est que je n'avais pas encore rencontré celle qui devait me réconcilier avec ce qu'il y a de bon... de pur et de sacré dans ce monde... Ma belle Henriette d'Entragues!... juge à quel point je l'aime... pour être digne de la posséder, j'ai rompu avec mes liaisons d'autrefois, j'ai répudié mes erreurs de jeunesse ; enfin, je ne rougis pas de l'avouer, l'amour vrai m'a ramené à la vertu, je suis un sage maintenant.
jean-baptiste. Eh bien , je vous en félicite; vous avez bien fait d'en arriver là... parce que, dans votre rang... on va souvent si loin, si loin, qu'au bout de ce que vous appelez vos folies de jeunesse il y a tant de malheur pour les autres , qu'il doit y avoir des remords pour le coupable. . . oui , des remords, ça ne peut pas être autrement, puisqu'il peut y avoir un crime.
d'orvilliers. Un crime?... tu prends les choses bien au tragique... il s'agit d'aventures galantes... parfois un peu audacieuses, d'accord , mais voilà tout.
jean-baptiste. Voilà tout? vous le croyez... parce que vous autres... vous ne vous informez pas... parce que vous oubliez...
d'orvilliers. Et quoi donc , s'il vous plaît?
jean-baptiste. Je ne parle pas pour vous, monsieur le vicomte... mais les autres... les grands seigneurs, vos pareils... pour gagner un pari... pour satisfaire un caprice... ils enlèvent une fille innocente et pure... qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils n'ont pas même séduite... puis ils la renvoient flétrie... et voilà une maison ruinée... un père qui meurt de désespoir... un enfant qui ne demandait pas à naître , et que l'on condamne à l'infamie comme sa mère... Enfui, si un honnête homme , qui a foi dans la pureté de la victime, se présente pour réparer le crime du
scélérat (jui se cache... eh bien, on ne le lui permettra pas... la ville toute entière se révoltera contre lui... on le maudira, on lui jettera des pierres !
d'orvilliers. Pareil malheur est-il donc arrivé à quelqu'un qui t'intéresse?
jean-baptiste. Moi... je ne dis pas ça... mais c'est dans les choses possibles... ça s'est vu même...
d'orvilliers. Bon ! tu supposes... eh bien , je te conseille de faire de la morale... cela te va bien... après ce que tu as fait toimême . . je sais tout , mon gaillard.
jean-baptiste. Que voulez-vous dire?
d'orvilliers. On m'a parlé d'un enfant, monsieur le séducteur... d'un enfant à vous.
Jean-Baptiste , avec effort. Oui... c'est vrai. . . à moi !
d'orvilliers. Et tu as l'audace de nous reprocher nos folles équipées... Il est vrai que je t'ai donné le conseil de te faire aimer... mais tu l'as trop bien suivi, à ce que je vois... Allons, allons, Jean-Baptiste, ne t'avise plus de prêcher les autres, et, conviens-en, tu as encore été plus mauvais sujet que moi.
jean-baptiste*. Oh ! silence , je vous en prie... J'entends Catherine... elle vient ici.
d'orvilliers. Ta future... Tu vas me présenter.
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