SCÈNE PREMIÈRE
SATAN, RIC-A-RAC, son barbier.
SATAN, achevant de se faire coiffer. Ah ça ! perruquier du diable , cette coiffure avance-t-elle ?
ric-a-rac. Encore un petit coup de démêloir, et votre seigneurie sera charmante.
Satan. Fais -moi ma raie, surtout... Je tiens beaucoup à ma raie... Aie, aïe, aïe, tu me tires les cheveux.
rioa-rac. Ecoutezdonc, seigneur; quand la queue du diable est emmêlée...
SATAN. Ce n'est pas une raison pour tirer le diable par la queue.
ric-a-rac. Un peu de patience, donc !
SATAN. Assez de coiffure... mon journal... il doit être arrivé, mais ce vieux scélérat de Cerbère, mon chien de portier, le lit toujours avant moi...
ric-a-rac. Votre journal? à quoi bon, quand vous avez auprès de vous votre gazette...
SATAN. Eh bien! parle-moi de l.i terre; qu'y fait-on ?...
ric-a-rac. Ça ne marche pas trop mal.
Voici le relevé diabolique de la semaine : ( lisant une liste ) 8,000 guet-apens, 53,875 vols, 362,517 conversations criminelles et demi...
satan. Comment et demi...
ric-a-rac. Oui, la dernière ayant été interrompue par le retour maladroit d'un époux qui montait sa garde...
Satan. C'est égal, tu me trompes... Le damné ne donne presque pas. Mes chaudières restent vides... mes broches ne tournent plus, c'est moi seul que l'on fait tourner ; tiens, par exemple :
Air. : Vaudeville de Madame Favard.
Deux damnés, venus de la terre, De par mon ordre, hier au soir , Devaient bouillir dans la même chaudière ; Mais lorsque je vins pour les voir Ils avaient su , pour se tirer d'affaire , De leur local tourner le robinet, Et , dan< le fond de la chaudière , Ils faisaient un cent de piquet.
El ce n'est pas tout... Vois, vois ce que m'annonce le Moniteur de l'enfer : des âmes sauvées, des maris heureux, des femmes fi-
dèles. On a couronné trois cents rosières dans un seul jour.
ric-a-rac. Des rosières, ça ne prouve rien; et les transactions, et les protections, et les capitulations; je connais cent jeunes filles qui se sont damnées pour être couronnées rosières.
Satan. Tu auras beau dire, l'espèce humaine s'améliore! partout des actes d'humanité, de dévouement , des noyés que l'on sauve.. .
ric-a-rac. Moyennant une prime de vingtcinq francs.
SATAN. Des écoles que l'on ouvre.
ric-a-rac. Autant de lecteurs pour les mauvais livres.
satan. Le gaz qui éclaire...
ric-a-rac. Oui éclaire les filous.
satan. Des omnibus à stalles...
ric-a-rac. Où l'on ne peut se hasarder sans l'étude des circonférences.
satan. C'est égal, il est évident pour moi
que le siècle marche au progrès si je n'y
prends garde, la vertu redescendra sur la terre. Je veux à l'instant même m'assurer de la fidélité des émissaires que j'emploie. (Il saisit une petite sonnette <jui se trouve sur la table, il l'agite; on entend le bruit d'une grosse cloche. Appelant.) Astaroth?
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